Les tuniques rouges ont battu le pavé algérois hier et tenté de manifester devant le siège de la présidence de la République avant d’être empêchées par le cordon de sécurité de la police. A l’origine de cette marche-événement, un ras-le-bol social dans le corps des pompiers et un appel à l’amélioration de leurs salaires et conditions socioprofessionnelles.

Par Feriel Nourine
Les agents de la Protection civile ne décolèrent pas. Après les sit-in de protestation, organisés les 18 et 25 avril dernier, pour remettre sur table leurs revendications socioprofessionnelles non satisfaites par la tutelle, les pompiers sont revenus à la charge, hier. Ils ont tenté d’organiser une marche vers la présidence de la République dans l’espoir de transmettre leurs préoccupations à la plus haute autorité du pays et d’arracher, enfin, ce qu’ils considèrent être «plus des droits que des revendications».
Venus de plusieurs wilayas, les contestataires étaient des centaines à se donner rendez-vous dans la capitale pour exprimer à nouveau leurs revendications socioprofessionnelles. Lieu du rendez-vous, la Maison du peuple, siège de la Centrale syndicale, où ils se sont regroupés en cette matinée du premier dimanche de mai, avant d’entamer leur montée vers El Mouradia. Mais ils ne tarderont pas à se heurter à un impressionnant dispositif anti-émeute, déployé quelque 400 mètres plus loin, un plus haut que l’hôpital Mustapha-Bacha.
A défaut de muguet pour ce lendemain de fête des travailleurs, les soldats du feu auront droit à un accueil dosé au gaz lacrymogènes, sans pour autant que la saveur intenable de l’offrande n’arrive à avoir raison du calme des jeûneurs. Bien au contraire, ces derniers ripostent par des «applaudissements», alors que certains n’oublient pas leur mission et prêtent assistance à des citoyens pris par l’aérosol étouffant.
«Silmiiya silmiya, matalibna chariya» (pacifique, pacifique, nos revendication sont légitimes) ou encore «silmiya himaya madania» sont aussi entonnés en slogans qui témoignent du caractère pacifique du mouvement d’hier. Mieux encore, les pompiers opteront même pour un changement de destination en allant vers le Paradou (Hydra), où sera improvisé un rassemblement devant le siège de la Direction générale de la Protection civile. Sur place, ils continueront à revendiquer l’amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles. L’occasion, une nouvelle fois, pour eux de s’en prendre à leur syndicat, dont ils disent dénier toute représentativité. «Naqaba dialkoum, jamais tmetalna» (votre syndicat ne nous représente jamais), «dégage naqaba», ont-ils alors scandé, menaçant de ne pas quitter les lieux et ne pas reprendre leur travail si leur collègue Merouane Bouhamidi, interpellé tôt le matin, n’est pas remis en liberté.
Le mouvement de protestation organisé hier par les pompiers était, en fait, attendu, puisque lors de leur sit-in du 25 avril, ils avaient prévenu qu’«en cas de non-satisfaction de nos revendications, nous comptons organiser une grève, suivie d’une marche à Alger et d’un rassemblement devant le siège de la Direction générale de la Protection civile». Leur direction a, certes, réagi, mais apparemment sans aller droit vers les revendications frappées du sceau de la priorité en cette période de détérioration inquiétante du pouvoir d’achat des Algériens. Celles-ci portent sur «l’octroi de la prime de contagion», au vu des «dangers et des diverses maladies infectieuses» auxquels est exposée la corporation dans l’accomplissement de ses missions, «le versement de la prime Covid-19 promise par le Président de la République», «l’ajustement des heures de travail supplémentaires», ainsi que «la mise en place d’un système de promotion en passant par le concours professionnel, tel que défini dans les statuts».
Or, dans son communiqué, rendu public le 26 avril dernier, la Direction générale de la Protection civile (DGPC) a affirmé que toutes les revendications exprimées par les agents «ont été examinées au niveau central et soulevées aux autorités concernées». Il s’agit cependant des revendications qui «entrent dans le cadre du statut particulier des agents de la Protection civile», a précisé la même source, soulignant qu’«elles seront abordées et réglées dès la révision du statut particulier de ce corps». Il est également affirmé que «toutes les catégories des fonctionnaires relevant du secteur seront associées dans l’enrichissement du projet de révision du statut particulier du corps et ce pour répondre à toutes les revendications exprimées».
Autrement dit, les agents de la Protection civile ont été invités par la DGPC à faire encore preuve de patience, alors qu’eux, ils inscrivent leur montée au créneau et l’essentiel de leurs revendication dans le cadre d’une situation socioprofessionnelle devenue intenable et qui interpelle un traitement d’urgence, estiment-ils. D’où le retour à la protestation dans la rue hier.