Les syndicats autonomes de la Fonction publique ont décidé de surseoir à toute action de protestation jusqu’à la rentrée sociale. Il a été décidé, également, de remettre une lettre au président de la République afin de lui demander d’avancer les délais de mise en œuvre de l’augmentation salariale, prévue en janvier 2023, à septembre 2022.

PAR MILINA KOUACI
Les syndicats de la fonction publique se sont réunis lundi à Alger pour évaluer le mouvement de grève de deux jours qu’ils avaient observé les 26 et 27 avril dernier et débattre des derniers développements dans le domaine syndical et de la situation sociale des travailleurs.
Les syndicats estiment que le débrayage des deux jours a été «réussi» sur tous les plans. «Bien que le taux de suivi diffère d’une wilaya à une autre, beaucoup de travailleurs ont adhéré à notre débrayage. Et c’est la première fois que les pouvoirs publics ne déclarent pas notre grève illégale», se targue Boualem Amoura, coordinateur de la Confédération des syndicats algériens (CSA). Il rappelle également que le président de la République a désavoué son ministre du Travail qui, la veille, s’est attaqué à la CSA, menacé les syndicats et déclaré illégale la grève que nous avions annoncée. «Contrairement à au ministre du Travail, Abdelmadjid Tebboune a reconnu, à travers ses déclarations, la légitimité de nos revendications et l’insuffisance des augmentations salariales induites par la révision du point indiciaire, lorsqu’il a annoncé, le 23 avril, des augmentations salariales dès janvier prochain», explique Boualem Amoura.
Partant de ce constat, les syndicats de la Fonction publique ont décidé de surseoir à toute action de protestation jusqu’à la rentrée sociale. «On ne rentre pas en conflit avec les pouvoirs publics lorsqu’ils nous répondent favorablement», poursuit notre interlocuteur, en allusion à la hausse des salaires annoncée pour janvier 2023. Les syndicats de la Fonction publique estiment dans un autre contexte qu’observer des actions dans le secteur de l’Education, qui représente 50% de l’effectif de la Fonction publique, n’est pas rationnel dans un contexte où les élèves sont en période d’examen et les examens officiels que nous ne boycotterons pas auront lieu dans quelques semaines», précise Boualem Amoura.
Ces organisations syndicales comptent, cependant, saisir le président de la République par lettre au cours du mois de juin pour lui demander d’avancer les délais de mise en oeuvre de la prochaine augmentation salariale à septembre et faire part du malaise social qui prévaut chez les travailleurs en raison de la dégradation du pouvoir d’achat.
Le président de la République avait, en effet, réitéré son engagement à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens, et assuré que l’Etat mobilisera pour cela toutes les ressources possibles. «La protection du pouvoir d’achat, la préservation des emplois et de la prise en charge sociale demeureront parmi les priorités auxquelles nous accordons un intérêt particulier et pour lesquelles nous œuvrerons à mobiliser les ressources financières possibles, notamment au profit de la classe moyenne, les catégories à revenu limité et les couches démunies», avait déclaré le Président le 23 avril. Il s’était engagé à revoir à la hausse les salaires et l’allocation chômage à partir de janvier 2023, après les résultats définitifs des recettes de l’exercice en cours.
Lundi, le Président a fait état depuis la Turquie, où il était en visite d’Etat, d’une amélioration du niveau des réserves de change et de l’enregistrement d’un excédent de la balance commerciale. «Au lieu d’attendre jusqu’à janvier pour augmenter les salaires, on demande d’avancer les délais à septembre», insiste M. Amoura.
Pour rappel, les syndicats de la Fonction publique demandent l’amélioration du pouvoir d’achat à travers le relèvement du point indiciaire, actuellement de 45 DA, à 100 DA, la création d’un Observatoire national du pouvoir d’achat, la révision du dossier des primes et l’actualisation de la prime de zone sur la base du régime de rémunération de 1989. <