La situation épidémiologique due au nouveau coronavirus (Covid-19) suscite une vive inquiétude. Les pics enregistrés quotidiennement en sont la preuve formelle. Avec un nombre ayant commencé par dépasser les 400 puis les 500 cas par jour, et maintenant les 600, conjugué au nombre de patients en réanimation qui, lui aussi, continue d’augmenter (62 cas vendredi) cette inquiétude ne fait que gagner du terrain.

L’ensemble du personnel médical en charge de cette pandémie, donc aux premières lignes dans cette lutte qui semble s’éterniser, multiplie les appels à la vigilance mais aussi les appels de détresse.
Ils utilisent tous les canaux possibles pour tenter de sensibiliser les citoyens quant à la nécessité d’observer les mesures de prévention. Leurs appels sont diffusés aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la presse ou encore à la télévision et à la radio. Ils appellent au respect des gestes barrières et insistent, surtout, sur le port du masque obligatoire et la distanciation physique.
Cette corporation a payé un lourd tribut, en termes de nombre de médecins, infirmiers et autres ayant perdu la vie, tandis que d’autres sont contaminés. On compte actuellement près de 2.600 cas infectés de Covid-19 entre médecins, infirmiers et autres personnels du corps soignant, ainsi que près de 40 décès, selon le Dr Fourar qui s’est exprimé sur le sujet en marge de la présentation du bilan quotidien vendredi dernier.
Dans ce contexte, il n’a pas manqué d’attirer l’attention qu’après cinq mois de lutte contre le nouveau coronavirus, le personnel médical est «épuisé». Mais malgré cela, il continue d’afficher «sa détermination» et «poursuit son combat», a-t-il dit, non sans noter qu’avec l’approche de l’Aïd El Kebir, il y a risque de voir plus de cas s’il n’y a pas respect des mesures de prévention, estimant que «la hausse actuelle des cas est le fruit de la reprise des activités sans un véritable respect des recommandations sanitaires».

«Le personnel soignant a peur de tomber malade»
Dr Aït Yahia, chef de service Covid à l’hôpital de Douéra a révélé que cet hôpital a enregistré «plus de 20 contaminations au Covid-19 parmi les personnels de santé», ajoutant qu’ils reçoivent «de plus en plus de malades depuis environ un mois», et qu’«il y a plus de cas compliqués, des malades lourds qui nécessitent de soins intensifs nécessitant de l’oxygène». Elle fait également savoir que le personnel de santé est «très fatigués, mais reste néanmoins mobilisé», soulignant que «le personnel a peur de tomber malade» et profitant de l’occasion pour lancer un appel aux citoyens à la vigilance. «Si nous, personnel médical, sommes tous contaminés et tombons tous malades, qui soignera les citoyens qui viennent ?», lance Dr Aït Yahia pour faire prendre conscience du danger de voir plus de gens de la corporation touchés par le Covid-19.
Dr Mohamed Yousif, chef de service infectiologie à l’hôpital de Boufarik, va dans le même sens, soulignant que «le personnel médical travaille sans relâche depuis l’apparition des premiers cas de coronavirus, soit depuis cinq mois. Ils sont tous exténués et continuent pourtant de travailler. Ils exercent dans des conditions physiques et morales difficiles». C’est pourquoi, il en appelle à «la conscience et à la responsabilité des citoyens» et surtout au respect des gestes barrières. Dans ce cadre, le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), Dr Lyes Merabet, a souligné, lui aussi, «l’épuisement professionnel chez la corporation de la santé», ainsi que leur «état de fatigue psychologique et nerveux». Son appel est le même que celui de ses autres confrères, à avoir «une responsabilité individuelle et collective» par «le respect des mesures de prévention si l’on veut que la situation s’améliore. Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a déclaré, à ce propos, qu’on observe parmi le personnel de la santé «une fatigue beaucoup plus psychologique que physique», ajoutant qu’il s’agit d’une «lassitude» et d’une «exaspération» de devoir affronter tous les jours la même situation qui, pourtant, peut être évitée.
Le dernier décès annoncé parmi cette corporation concerne le médecin en chirurgie générale, Othmane Berouel (56 ans), praticien au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mohamed Abdelnour-Saâdana à Sétif. Il était sous traitement médical au service de réanimation au même CHU depuis deux semaines et son état s’était aggravé suite à son infection par le coronavirus, selon ses collègues. Le décès du chirurgien Othmane Berouel, originaire de la ville de Merouana dans la wilaya de Batna, est le troisième parmi le personnel du secteur de la santé de la wilaya de Sétif en une semaine.

Quid de l’application de la loi ?
L’ensemble du personnel soignant ainsi que l’ensemble des responsables sanitaires estiment que «la responsabilité citoyenne est indispensable pour réussir à franchir cette pandémie avec le moins de dégâts possibles». Mais au-delà de l’inconscience et de l’insouciance de ceux qui ne respectent pas les gestes barrières, il est utile de relever que «l’application strict de la loi» – comme recommandée aussi bien par le corps médical que par le Premier ministre ou encore le Comité scientifiques de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus et les citoyens soucieux de préserver leur santé et celle de leurs proches – n’est pas vraiment palpable sur le terrain. La fermeté prônée en matière de respect de la loi est quelque peu délaissée au profit d’un certain laisser-aller, notamment dans les marchés de fruits et légumes, dans certains transports publics, où on assiste tous les jours à des scènes désolantes tant le respect des mesures barrière fait défaut. Tout récemment, les plages sont, à leur tour, prises d’assaut par les baigneurs et la situation risque de se compliquer davantage avec l’arrivée de l’Aïd El Adha, cela d’autant qu’on commence déjà à assister aux combats de moutons ! «Les Lois existent. Elles sont faites pour être respectées», a déclaré à maintes reprises le Premier ministre ainsi que d’autres responsables du secteur sanitaire. n