Par AZIZ LATRECHE ET LEÏLA ZAÏMI
La situation se corse entre le ministère de l’Education nationale et les enseignants grévistes du cycle primaire, qui persistent et signent en maintenant leur action de protestation.
La preuve. La coordination regroupant ces enseignants appelle à des sit-in aujourd’hui à l’intérieur des établissements scolaires avant l’entame des cours du jour. C’est manifestement la première riposte de la même coordination au lendemain de l’interdiction, par les forces de l’ordre, de la marche prévue par les enseignants.
Il faut d’emblée noter que cette coordination ne veut plus continuer à mener ses actions en solo et n’engageant que les enseignants du primaire, sollicitant ainsi l’apport des enseignants des cycles moyen et secondaire, avec l’objectif de donner plus d’impact à son action. C’est ce qu’elle vient en effet de signer dans un communiqué, rendu public 24 heures après l’interdiction de la marche qu’elle comptait observer en direction du palais du Gouvernement.
Pourquoi ce mode de contestation après avoir misé sur des journées de grève accompagnées par des rassemblements hebdomadaires devant le siège annexe de la tutelle ? La communication de la coordination n’explique pas ce changement dans son modus operandi, considérant qu’il s’agit d’une première réponse sous le sceau de «l’urgence» à ce qu’elle considère comme «une agression et une humiliation» subies par les enseignants «violement traités» par les forces de l’ordre. La même coordination s’est indignée du traitement réservé par les autorités publiques alors que la marche ne visait qu’à remettre une plateforme de revendications socioprofessionnelles aux services du Premier ministère.
Dans le même communiqué, la coordination a invité les enseignants à ouvrir «un débat au sein des écoles afin d’étudier et d’explorer les mécanismes adéquats pour répondre à ces graves dépassements dans les prochains jours». Dans les revendications des enseignants grévistes portent essentiellement sur la suppression des tâches qui ne relèvent pas du volet pédagogique ou à défaut bénéficier d’une compensation matérielle adéquate. Il s’agit aussi de l’application avec effet rétroactif du décret présidentiel 14-266 qui attribue l’échelon 12 aux enseignants du primaire et ce en attendant d’arriver à une «unification des classements avec les autres paliers de l’Education». Quid de la menace d’une grève de 13 jours brandie par la coordination dans le cas où la tutelle ne consentirait pas à répondre favorablement aux revendications exprimées ? Le communiqué de la coordination semble éluder le sujet n’évoquant point les projections de contestation d’un mouvement qui en est à son quatrième mois.

Rejet de tout accompagnement des syndicats
Par ailleurs, entre la Coordination des enseignants grévistes du cycle primaire et les organisations syndicales du secteur, c’est le temps de la méfiance. Une attitude qu’assume visiblement le nouveau venu de l’action syndicale dans le secteur de l’Education nationale, qui fait part, sans ambages, de son rejet de tout accompagnement ou de signes de solidarité de la part des syndicats activant dans le secteur depuis de longues années.
C’est ce que nous avons compris auprès du secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE), Kouider Nadjib Yahyaoui, qui tient à préciser que les revendications de la coordination en ce moment ne sont pas inédites. Et de relever que son syndicat comme d’autres était le premier à demander la réforme de l’école primaire et le règlement de la situation socioprofessionnelle des enseignants de ce palier. «Les membres de la coordination qui sont actuellement dans la rue rejettent tout soutien de la part des organisations syndicales les plus connues dans le secteur», a-t-il déclaré à Reporters. Ce qui traduit, on ne peut plus clairement, une méfiance réciproque entre les deux parties. Avant d’enchaîner que «cette coordination demande l’application de l’article 266-14, tout en oubliant que c’était un acquis des syndicats du secteur».
Pour M. Yahyaoui, ce sont les syndicats qui étaient là depuis plusieurs années qui ont fait l’essentiel du travail qui est celui de la mise en place de la loi qui ne demande à présent que son application. Concernant les revendications de cette coordination, notre interlocuteur dit qu’elles sont bel et bien légitimes. M. Yahyaoui a fait part, par la même occasion, d’une réunion qui regroupera la tutelle et les syndicats de l’Education et qui aura lieu le 27 du mois en cours. «Les revendications des enseignants du cycle primaire seront à la tête de notre liste de revendications», a-t-il indiqué. «Nous croyons que la réforme de l’école primaire est la base de tout type de réforme dans le système éducatif», a conclu le même responsable.