Le procès en appel de l’affaire Ali Haddad s’est poursuivi hier à la Cour d’Alger (Ruisseau) avec les auditions des deux anciens ministres des Transports et des Travaux publics Amar Ghoul et Boudjemaa Talai. Les questions du juge, posées en ce troisième jour d’audience, avaient notamment pour objectif de montrer les éventuels «liens d’intérêt» dont aurait bénéficié l’homme d’affaires, ex-président du FCE, Ali Haddad. Son groupe de construction ETRHB avait, en effet, raflé certains des principaux contrats et marchés publics, notamment au travers de la règle du «gré à gré simple».
En effet, procès ou une bonne partie des «scandales» de ces dernières années ont été cités, notamment la réalisation des tronçons, et les «malfaçons» de l’Autoroute Est-Ouest, la gestion des concessions à l’intérieur des ports, ou encore les chantiers de construction des lignes de chemins de fer… Amar Ghoul et Boudjemaa Talai, condamnés en première instance dans cette affaire à, respectivement, 10 et 3 ans de prison ferme, en plus d’importantes amendes, ont néanmoins précisé hier que leurs actes et décisions «étaient conformes à la loi» et répondaient «aux directives du Président ou du gouvernement». Amar Ghoul dira ainsi en substance que la responsabilité d’un ministre ne peut être que limitée dans le suivi des contrats «le rôle du ministère est la supervision», les contrôles «en interne» étant la responsabilité du maître d’œuvre ou «du secteur des finances, pour le contrôle en externe», alors que Boudjemaa Talai souligne «toutes mes décisions étaient des actes de gestion ».
En ce sens, répondant aux questions du juge sur le «dossier» de la construction du tronçon de voie ferrée entre les stations Akid-Abbes et Tlemcen, un projet de 123 milliards de dinars attribué à l’ETRHB associé à l’entreprise espagnole FCC, qui connaîtra de nombreux retards et «rebondissements» avec le départ, notamment du partenaire étranger, Amar Ghoul, ancien ministre des Transports, explique qu’il avait constaté le problème dès son arrivée au ministère en septembre 2013. «Le projet avait commencé en 2009, ils avaient un problème avec les études préliminaires (…) Dès que je suis arrivé au secteur des transports, j’ai demandé la cessation du contrat», en s’appuyant notamment sur les «recommandations de l’IGF de 2009, qui avait émis des réserves sur le projet». Cependant, ajoute Amar Ghoul, «le Premier ministère m’avait demandé de ne pas cesser le contrat, mais de trouver un accord à l’amiable». Le Premier ministre Abdelmalek Sellal avait quant à lui déclaré, la veille, que la seule intervention du Premier ministère avait eu pour objectif «d’éviter un procès devant les juridictions internationales». Une action qu’aurait pu entreprendre l’entreprise FCC et que «l’Algérie aurait perdu». Sellal ajoute que son action avait à ses yeux évité d’importantes pertes au Trésor public.
Quant à «l’affaire» de la construction du pont entre Bouira et Lakhdaria, un chantier pour lequel le ministère des Finances avait «approuvé» un budget plafonné à 10 milliards de dinars, il devait s’agir d’un appel d’offres national, avant d’être transformé en projet «prioritaire» après que «le bureau d’étude Lavalin recommande l’urgence face aux risques d’éboulement et d’effondrements», explique Amar Ghoul. Cependant les soumissions concurrentes à celles Ali Haddad ont été rejetées après que ce dernier réussit à placer une offre légèrement «moins chère», un dossier où l’existence d’un délit d’initié semble être fortement envisagé par la justice, comprendra-t-on en substance. Le Tribunal s’interrogeant par ailleurs sur les raisons de l’attribution du chantier de construction de l’entrée de l’aéroport d’Alger au groupe ETRHB «sans même un appel d’offres aux entreprises de la wilaya». Un projet également placé sous l’intitulé de «l’urgence», explique l’ancien ministre : «Il s’agissait de préparer le sommet arabe de 2005.»
«Explications» ou lignes de défense des prévenus qui ont ainsi principalement porté hier sur les détails techniques mais aussi sur les considérations «légales» de l’attribution des chantiers aux entreprises d’Ali Haddad. Les réponses n’ont apparemment pas totalement éclairci les interrogations du juge. Ce dernier demandant à plusieurs reprises aux prévenus «d’aller au but». Il est également précisé que l’ancien ministre Amar Ghoul s’est défendu en expliquant que l’attribution des marché selon la règle du «gré à gré simple» était une exception, «3% seulement des plus de 5 000 projets du ministère des Travaux publics ont été donnés selon le gré à gré simple», dont 13 tronçons d’autoroute à des entreprises nationales publiques ou privées. Le même ministre, qui comparaissait «physiquement» dans la salle d’audience, faisant savoir que cette autoroute Est-Ouest «est l’une des moins chères au monde. Elle a coûté en moyenne 8 millions de dollars par kilomètre, alors que dans le monde cette moyenne est de 12 millions». n