Parti il y a une année, Abdelmadjid Merdaci est vivant dans nos cœurs. Dans notre rédaction qu’il a beaucoup soutenue à ses débuts et qu’il n’a jamais cessé de suivre et d’encourager avec cette ténacité incroyable à balayer les contretemps et à désamorcer les désaccords de perception sur le cours du pays, on garde de lui l’image forte d’une voix… Quelque chose de net et d’articulé d’où on entendait souvent, au milieu d’un rire en forme d’accent ou de souci de précision, cette phrase : «Je ne sais pas si vous savez que…». A chaque discussion entamée avec lui ou en sa présence, c’était presque un réflexe chez lui, il la lançait pour revendiquer tranquillement ce qu’il a toujours été : un homme dont la grande affaire de sa vie était le débat. Au cœur de ses discussions, de ses explications et de ses objections, si nombreuses, parfois piquantes, sûrement militantes, un objet ou un sujet : l’Algérie ! Son passé, son présent, son patrimoine musical notamment qu’il interrogeait et étudiait avec la complicité discrète de son épouse Zineb, partie peu de temps après lui, et cette énergie polyphonique à ne laisser personne indifférent, comme on le voit à travers l’hommage collectif qui lui est rendu ici par des intellectuels, des universitaires, des politiques, des amis qui l’ont connu.

mes deux étoiles

Par Mériem Merdaci*

A quelques heures du deadline de remise des contributions, ayant terminé la révision de la totalité des textes, je me mets, en face de mon écran pour me confronter à cet exercice oh combien difficile.
Ecrire à un être cher que nous avons perdu n’est guère évident, alors que dire de le faire à ses deux parents. Je me suis déjà essayé à cette épreuve pour papa quelques jours après sa disparition mais pour maman je n’ai pu le faire. Maintenant, est venu le temps d’essayer de partager mes émotions, mes souvenirs, mon attachement fusionnel à des parents exceptionnels.
Il m’est tout aussi difficile de rédiger ce texte que de lire et réviser toutes les contributions de nos amis, membres de la famille, collègues de feu mes parents. Autant de charge émotionnelle que je perçois depuis le début de la mise en place de ce «cahier-hommage», qui se verra par la suite publié sous forme d’ouvrage.
L’écriture est une thérapie et je revois encore mon père face à son micro, dans son bureau, ici à Constantine, en train de rédiger un texte d’hommage à la mémoire ou en souvenir d’un ami ou une personnalité qui venait de décéder. Je me demandais toujours d’où lui venaient cette force et ce courage pour se soumettre à un tel exercice. Maman qui venait pour lire, corriger et approuver son texte, ce qu’elle faisait régulièrement depuis des décennies pour tous ses écrits sans jamais se lasser, ni se plaindre.
C’est cette image que je garde le plus d’eux. Toujours en train de discuter sur tel ou tel aspect d’un projet en gestation, tantôt sur l’histoire de la guerre d’indépendance, tantôt sur les musiques, le sport, la politique, le dernier polard de John le Carré… Tout était sujet à débat à la maison. C’est dans ce bouillon de culture que j’ai grandi, dont je me suis imprégné. Tout cela laisse bien des traces, toutes les personnalités historiques, artistiques, intellectuelles, universitaires, sportives, politiques qui sont passés par la maison. A chaque fois, c’était des colloques improvisés, des discussions qui pouvaient durer des heures.
Chaque visiteur de la ville de Constantine, passé automatiquement chez nous parfois sans être programmé, la porte était toujours ouverte, pour les accueillir, les aider dans leurs recherches, ou juste pour un café. Maintenant, la maison est silencieuse, meublée par les souvenirs joyeux et douloureux, les centaines de livres, documents et enregistrement audio-visuel collecté au fil du temps. Un legs culturel et patrimonial à préserver et dont je dois prendre soin, une tache oh combien lourde. Tout le monde me dit que je suis la digne fille de mes parents, que j’ai à perpétuer et continuer sur leurs traces en sentant par moment, leur présence à mes côtés pour me donner la force de suivre leur chemin, si noble et si fleurissant.
Avant d’être les intellectuels que tout le monde connaît, c’était d’abord des parents aimants, prévenants, attentionnés, visionnaires. Ils aimaient à me rappeler, qu’à l’âge de deux ans, ils m’avaient laissé choisir mes propres vêtements, à la boutique de Ben Meliek -sise à la rue Rohault de Fleury à Constantine-, pour me responsabiliser, qu’ils me disaient. Ce n’est que des années plus tard que j’ai pu comprendre leur démarche. Chaque expérience vécue, chaque échec ou réussite, je me rappelle de ce fait, que mes parents, toujours à mes côtés, me laissaient faire mes choix et me soutenaient à chaque fois que ce soit pour mes études ou ma vie professionnelle.
Quand il s’est agi de monter ma maison d’édition, ils avaient tout donné, financièrement parlant ou sur le plan relationnel, ou pour lire et corriger les manuscrits que je recevais. Cette belle aventure de plus de dix ans, je l’ai vécue avec eux et grâce à eux et même si nos discussions étaient parfois «animées» on finissait par trouver un terrain d’entente. Lorsque papa devait sortir un livre chez moi, il était considéré comme un auteur et non comme mon père. Je l’appelai et lui disais «discussion auteur-éditrice», il acquiescé et on travaillait sur son manuscrit. Une fois je lui avais, même, demandé de changer un texte du «Dictionnaire des musiques citadines de Constantine» parce que la tournure était compliquée. Une anecdote qu’il aimait bien raconter.
Mes parents étaient d’un soutien indéfectible et ils étaient de toutes les aventures et les expériences bonnes comme mauvaises. Ces dernières années nous avions eu à vivre des moments difficiles et douloureux et quoi de pire que la censure pour un homme intellectuel, journaliste et auteur. Lui qui a de tout temps défendu la liberté d’expression, s’est vu à plusieurs reprises refusé de publication et de passage dans différents médias pour parler de son travail et défendre ses positions politiques. Lui qui avait été envoyé en camp disciplinaire, le célèbre «camp de Boughar», pour son service national, torturé, plutôt deux fois qu’une, dans les années soixante-dix, pour avoir cru en une Algérie meilleure, démocratique et nouvelle, se trouvait à présent mis sur le banc des accusés de non alignement aux positions prédominantes.
Il avait quand même continué à se battre, à écrire, à s’exprimer jusqu’au jour où il retrouvait avec émotion et plaisir les plateaux de la télévision, de la radio et les colonnes du journal pour parler de l’histoire de la guerre d’indépendance, pour cette Nation qu’il s’acharner à défendre de par le monde. Il avait cette fibre patriotique, nationaliste qu’il partageait avec ma mère et qu’ils m’ont transmise. Et quel meilleur combat que celui pour son pays et ses valeurs. A la veille de la commémoration de la création du GPRA, auquel il avait consacré un ouvrage incunable, la question de la mémoire se pose encore aujourd’hui. Lui qui était de tous les débats, nous manque cruellement ces jours-ci.
En rédigeant ce modeste hommage, je me rends compte qu’il y a tellement de choses à raconter, de faits à relater, de souvenirs qui se bousculent dans ma tête, qu’il m’est difficile et pénible de tout écrire sur des personnes qui ont voué leur vie à l’enseignement, la recherche, le débat des idées en toute liberté, la protection de notre patrimoine national et des traditions de notre société, la défense des couleurs et valeurs de notre Nation. Autant de combats menés ensemble avec force et conviction.
Des valeurs et principes que mes précieux parents m’avaient inculqués et que j’essaie de perpétuer. J’avais, d’ailleurs, fait à mon père, sur son lit de mort, la promesse de toujours veiller sur les membres de notre famille, d’être présente pour ses amis et proches lorsqu’ils auraient besoin de moi, de veiller sur maman et lui avec son regard avec le sourire au bout de ses yeux bleus, me faisait savoir qu’il était sûr de ce qu’il avait laissé. J’ai eu cette chance, Dieu merci, de l’accompagner, avec maman, jusqu’à son dernier souffle, de lui lire des versets du Coran, de l’embrasser et lui dire au revoir, de l’enterrer dans sa ville de cœur. Je pensais, à ce moment que c’était la chose la plus difficile que j’eu à faire. A peine sept mois plus tard, c’était maman qui partait à son tour, dans mes bras, encore une fois. Je pu lui lire des versets du Coran à elle aussi, être à ses côtés jusqu’aux derniers instants, de m’occuper de ses obsèques à Constantine aussi, de l’accompagner avec les Khouan de la Tariqa Rahmanya jusqu’à son enterrement.
Mon cœur se déchire mille et une fois mais Dieu apaise mes peines lorsque je me dis qu’ils sont partis dans un monde, que j’espère, meilleur, lorsque je lis tous ces hommages, lorsque je reçois tous les témoignages de gratitude de toutes les personnes qui nous ont transmis leurs condoléances, de toutes leurs prières, également.
Je prie Dieu pour être digne de vous deux, chers maman et papa, de trouver la paix de l’âme et la force de continuer à faire le bien comme vous le faisiez.
Au final, je tiens à remercier tous nos amis, proches, collègues et membres de la famille qui ont tenu à vous rendre hommage, à l’équipe de rédaction du journal Reporters, les différents médias que j’ai sollicité pour cet anniversaire douloureux. n

  • Mériem Merdaci, fille de Abdelmadjid Merdaci et Zeineb Benazouz

Abdelmadjid Merdaci ou la passion de l’Algérie

Par Benjamin Stora*
La première fois que j’ai rencontré Abdelmadjid, c’était en 1982 à l’université de Jussieu à Paris, à l’occasion d’un colloque sur les villes en Algérie. J’ai tout de suite été frappé, impressionné par sa vive intelligence, la sureté de ses propos, et son incroyable érudition. Il m’a proposé de venir dans notre ville, sa ville, Constantine. J’ai hésité. J’avais quitté la Cité plantée sur son Rocher vingt plus tôt, avec mes parents, en juin 1962. Je venais juste de soutenir ma thèse sur la vie de Messali Hadj, que Madjid avait lu. Je dirai tout de suite à ce propos que dans les années suivantes, je découvrirai progressivement l’extraordinaire mémoire et connaissance de Madjid, sur tout, ou presque tout : la subtile musique arabo-andalouse, la vie compliquée du nationalisme algérien, les méandres de l’histoire française et sa trajectoire coloniale, la géopolitique internationale… Il connaissait dans le moindre détail chacun des acteurs de la vie culturelle et politique, leurs itinéraires biographiques, leurs pensées tout en décortiquant leurs arrière-pensées.
Il m’a convaincu de revenir à Constantine en 1983, en me parlant avec une grande liberté de l’histoire des juifs d’Algérie, la séparation tragique par le décret Crémieux, les habitudes de vie communes, et la mémoire mutilée d’une Algérie qui construisait, en dépit de toutes les vicissitudes, son identité propre. Alors, j’ai accepté. Il m’a guidé, en compagnie de ma femme Claire, dans les ruelles de mon enfance en m’expliquant longuement à quoi correspondait chaque nom de rue, chaque recoin de cette ville à la fois austère dans sa majesté, et merveilleuse dans son éclat solaire. Il m’a emmené au cimetière juif sur les hauteurs de la ville pour voir la tombe de mon grand-père, Benjamin Stora, et celle de Cheikh Raymond. Et nous sommes allés dans son appartement du «5 juillet» où nous avons écouté pendant des heures de la musique maalouf tout en discutant avec Zeineb Benazouz, «Zizou», sa compagne de tous les combats, sa femme de tous les jours, son amie discrète, son indispensable partenaire intellectuelle. Ils étaient inséparables. Zizou est partie peu de temps après Madjid. Zizou était là, à mes côtés, au moment du décès de ma fille Cécile le 6 janvier 1992.
Madjid m’a accompagné dans un travail particulier : l’écriture de mon Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, parue en 1985. Dans l’élaboration de 600 biographies, membres de l’Etoile-Nord-Africaine et Parti du Peuple Algérien, il me racontait une histoire particulière pour chacun des militants ; les liens de parenté qui expliquaient des complicités ne pouvant se résumer seulement à des appartenances idéologiques, partidaires. Par lui, j’ai découvert comment pouvait s’établir des passerelles entre militants nationalistes appartenant à des horizons apparemment différents, et comment pouvaient se dépasser les ancrages aux «petites patries» pour construire un enracinement véritablement national. Dans sa quête de vérité, il ne perdait jamais de vue sa passion de l’Algérie unitaire. Il était là aussi au moment du retour à Constantine de ma mère en 1990 à l’occasion du tournage du documentaire «Les années algériennes». C’était un plaisir de les voir échanger en langue arabe, d’évoquer des souvenirs. Je le revois aussi au moment des années terribles de la «décennie sanglante», lorsque nous sommes allées ensemble à Jijel en 1998. Dans ces années cruelles où rôdait la mort autour des universitaires algériens, il observait avec malice le jeu des querelles byzantines des intellectuels algériens établis à l’étranger. Je pourrai ainsi continuer d’égrener les situations vécues ensemble, de colloques en rencontres, à Alger, à Sétif et à Guelma pour la commémoration des massacres du 8 mai 1945, mais aussi en France, à Paris au Forum des images, à Marseille au Mucem, ou à Grenoble encore très récemment. Pour discuter des rapports de l’historien à l’image, des écritures de récits historiques par recours aux archives orales, ou des rapports mémoriels difficiles de la France avec l’Algérie. A chaque fois, Madjid parlait avec fougue mais de manière claire et ordonnée de tous les sujets les plus brûlants, ne cherchant pas à contourner les tabous des histoires consensuelles. Il a été ainsi un des premiers à parler en Algérie des harkis comme des «paysans en armes» contre les combattants algériens de l’ALN. Il écrivait en 2016 dans El Watan : «Cette question, forcément sensible et complexe, de l’engagement d’Algériens contre le projet national, particulièrement au sein d’une paysannerie longtemps magnifiée par l’imaginaire populiste, demeure un point aveugle de la guerre d’indépendance algérienne.». Vouloir comprendre sans excuser, en expliquant les divisions internes du nationalisme algérien qui ont causé tant de torts à l’édification de la nation indépendante ; en évoquant les terribles violences structurelles du colonialisme qu’il ne confondait pas avec les acteurs français prenant la défense des Algériens. Un autre grand moment : avec mon fils Raphaël, nous sommes allés en 2004 à Khenchela, berceau de ma famille paternelle, pour un colloque sur le 1ier novembre 1954.
Son amour pour la musique maalouf, la thèse universitaire qu’il a consacré à cette musique citadine si particulière, ainsi que ses ouvrages ou nombreux articles sur cette question, ont ouvert un champ original, nouveau pour la connaissance du patrimoine culturel de l’Algérie.
Le 1ier décembre 2018, avec Zizou, Meriem, ma compagne Frédérique, nous nous sommes longuement promenés avec Madjid dans la Casbah d’Alger. Ce fût notre dernière promenade tous ensemble dans ce lieu chargé d’histoires. Après, la terrible épidémie s’est abattue sur Madjid et Zizou, partis vite, tous les deux. Nous laissant dans la sidération, le chagrin, le regret de perdre un ami, un grand frère, une sœur. Et nous les pleurons un an après, encore, avec leur fille Meriem qu’ils aimaient plus que tout. n

  • Benjamin Stora, Historien

L’Hitchcock des venelles constantinoises !

Par Sabri Boukadoum*
Voilà un an Madjid s’en est allé. Comme pour tous les êtres chers on se surprend à penser «déjà!!», tellement cette rupture brutale nous a heurté et nous parait encore si prématurée. Mais le passage du temps ne doit certainement pas nous faire céder à l’oubli.
Madjid, au-delà de sa formation et de son parcours, était de ceux qui savaient précisément décortiquer le temps et l’Histoire. Il a su apporter des éclairages inédits à des faits et épisodes devenus soudains plus compréhensibles presque simples et évidents dans leurs enchaînements. Nous avions avec son regard critique -dans le sens scientifique du terme- un instrument infaillible de prévision sociologique et politique. Il savait mettre en ordre les puzzles historiques inextricables qui devenaient si évidents grâce à une perspicacité déconcertante d’intelligence et de sincérité.
Comment ne pas évoquer son amour pour une Algérie généreuse, solidaire, ouverte, fière de ses racines et résolument inscrite dans les défis de l’avenir ? C’était un patriote invétéré sans jamais rejeter l’autre, le différent, celui qui pensait autrement ; il ne voyait ni ennemi ni adversaire, et n’utilisait comme arme dans ses nombreux écrits, que des arguments inattaquables parce que construits avec brio et sincérité. Avec Madjid on comprenait toujours que Sciences et Sociales allaient de pair.
L’Algérie est pour lui ce qu’elle doit nécessairement être : un participant actif et un acteur résolu dans la construction de l’harmonie et de la paix entre les peuples.
Je ne peux oublier non plus ses nombreux travaux sur la ville qu’il chérissait particulièrement, Constantine. En dévoilant souvent des pans non étudiés des interactions sociales, sociologiques et culturelles tout en veillant à toujours souligner que ses richesses ou plutôt ces richesses sont un pan indissociable de l’Algérie voire du Grand Maghreb.
Qui mieux que Madjid a écrit sur les confréries (‘Aïssaoua, Rahmanya, Tidjanya…), la musique, les ruelles du vieux Constantine, de Kef Echkara à Sidi Bouanaba, Echaraâ et de Rabaïne Chérif ? On y percevait presque le parfum du Djari et du Z’har (eau de fleur d’oranger) avec lequel on parfumait les visiteurs toujours bienvenus ! Le profane et le sacré unis dans un mariage rare d’amour et de raison et qui nous conduit à tout revoir, réécouter et en définitive apprécier avec extase !
Je n’ai -malheureusement- pas eu le temps de dire à Madjid que dans un de ses superbes ouvrages sur Constantine, il m’a rappelé Hitchcock qui signait ses films par une courte apparition. Madjid était visible sur une des photos dans une vielle venelle Constantinoise comme un paraphe de l’œuvre, mais discret et en concorde avec l’espace et les gens qui l’entouraient.
Devant Madjid, cet être exceptionnel qui réconcilie tous ceux qui pourraient, dans ces moments de profond doute, ne plus avoir confiance dans l’être humain universel, toute ma reconnaissance mon amitié et j’ose dire ma fraternité.
Mes pensées émues vont vers son épouse Zizou qui l’a suivie dans ce solide compagnonnage tellement fidèle qu’elle ne pouvait que suivre Madjid vers le paradis des gens «bien».
A Meriem sa fille, un salut fraternel et ému, qui ne peut que reprendre ce flambeau lumineux, avec la force de parents exceptionnels.

  • Sabri Boukadoum

«Un champ de recherche hors du cocon de Constantine»

Par Dahou Ould Kablia*
Une année déjà que le destin a brusquement éteint la voix et asséché la plume de l’universitaire et l’historien de talent le professeur Abdelmadjid Merdaci.
Cette disparition, qui a endeuillé ses proches et ses très nombreux amis, a affaibli l’élan de la jeune génération de chercheurs post indépendance qui ont eu à cœur de restituer l’histoire de la glorieuse lutte de libération nationale dans sa double dimension humaine et organisationnelle.
C’est à Constantine sa ville natale, berceau du nationalisme et du militantisme, que sa vocation pour la recherche historique sur le mouvement national est née au lendemain de l’indépendance. Elle s’est développée rapidement au contact des acteurs politiques, survivants de l’époque, dont il s’est rapproché pour satisfaire sa curiosité de tout savoir sur l’ambiance politique qui y prévalait, notamment celle liée à la préparation et au déclanchement de la grande épopée de novembre 1954.
Ses contacts répétés avec des membres importants de l’Organisation Spéciale du MTLD, en l’occurrence Abderrahmane Gherras, Mohamed Méchati, Abdesslam Habbachi… lui permettent de reconstituer la trame des événements essentiels de l’évolution du fait historique crise du MTLD dès 1952, renaissance de l’OS avec la création du Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA) en mars 1954, réunion des 22 en juin 1954 qui donna naissance au Front de Libération Nationale, autant d’événements qui n’ont plus de secret pour lui, il en fait une restitution détaillée et précise qui accorde à son témoignage la plus grande crédibilité à ce jour.
Il élargit ensuite son champ de recherche hors du cocon de Constantine pour s’intéresser à l’action militante des premiers dirigeants de la zone nord-constantinoise. Grace à Abdallah Bentabbal, il découvre la grande stature du martyr de la cause nationale Zighoud Youcef. Il trouve en ce dernier le modèle parfait du militant sincère, engagé et déterminé dont l’action a transformé la révolte en révolution un certain 20 août 1955.
Ses efforts ne peuvent cependant être portés plus loin. Une lourde chape de plomb est imposée par le pouvoir issu du coup de force de l’été 1962, dès le départ, pour étouffer la mémoire nationale la réduisant au seul slogan «un seul héros le peuple».
Et ce n’est qu’au début des années 2000 que grâce aux réformes générées suite aux graves manifestations d’octobre 1988, l’horizon de ses recherches s’élargit avec la libération de la parole par la liberté d’expression désormais autorisée. L’histoire de la guerre d’Algérie n’est plus un tabou. Les témoignages d’acteurs majeurs se multiplient dévoilant de pans de plus en plus larges de gestes, de faits et d’analyses précieuses pour la compréhension des événements les plus décisifs dans la voie menant à la victoire finale.
Le professeur Merdaci découvre les points forts et les points faibles d’un combat titanesque face à une puissance qui a utilisé toutes les voies de la pression, de la violence, de la duplicité et de la politique de division pour barrer la route au FLN et maintenir sa souveraineté contestée. Il découvre des hommes politiques Abane Ramdane, Ferhat Abbes, Lamine Debbaghine, et des chefs de guerre intransigeants, Krim Belkacem, Abdallah Bentobbal, Abdelhafid Boussouf, il découvre aussi des structures, la Délégation Extérieure, le Conseil National de la Révolution, le Comité de Coordination et d’Exécution, le Gouvernement Provisoire de la Révolution Algérienne et l’Etat Major Général. Les effets négatifs sont également étalés au grand jour, conflits idéologiques et conflits de pouvoir à l’origine des graves crises internes au sein du FLN.
En développant ses travaux sur le GPRA, il s’arrête sur l’action du Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales, une structure auréolée de mystère au bilan contrasté, adoubé par certains et controversé par d’autres. Son amitié avec un ex-cadre du MALG Mohamed Tarek Bentellis, natif de la même ville Constantine, lui offre l’opportunité de mieux connaitre les hommes du MALG et leur chef Abdelhafid Boussouf. La tâche est d’autant plus aisée que de nombreux cadres de ce ministère publient au fur et à mesure leurs mémoires. Il s’agit d’écrits documentés qui font consensus pour leur authenticité à l’exemple de ceux de Abdelkrim Hassani et Moussa Seddar sur le corps des transmissions de l’ALN, Bouzid Abdelmadjid et Mansour Bouadoud sur la logistique de l’armement, Mohamed Lemkami, Abderrahmane Berrouane et Mohamed Khaled Khelladi sur les services de renseignement. Le professeur Merdaci assiste aux nombreux débats, conférences et forums organisés par l’association des anciens du MALG. Il a une idée précise sur le rôle majeur de ce ministère et de son créateur. Abdelhafid Boussouf, un militant connu dans les années quarante à Constantine comme un homme timide et discret et que la magie de la lutte a transformé en meneur inspiré et efficace d’une bonne partie de la jeunesse à qui il a inculqué patiemment et durablement le sens de la responsabilité, de l’engagement librement accepté, de l’éthique, du sens de l’effort et de l’anticipation.
En sociologue expérimenté, le professeur Merdaci a analysé les ressorts de l’esprit MALG et confirmé la permanence de cet esprit de corps chez les «malgaches» jusqu’aux derniers jours de leur vie.
Je terminerai mon hommage en relatant les excellents rapports que j’ai eus avec lui, assez tardif il est vrai, puisque je ne l’ai connu personnellement qu’à partir des années 2015 après ma retraite et ce grâce à l’entremise de notre ami commun Bentellis. Il s’intéressait au travail que je menais à la tête de l’association et davantage au projet d’écriture de mon propre livre. Il en a lu, chez moi quelques paragraphes manuscrits et m’indiquait l’intérêt qu’il y avait à l’achever au plus vite pour qu’il puisse lui-même le présenter.
Sa mort subite m’a privé d’un ami sincère et loyal. Elle m’a privé surtout du souhait que je portais de le solliciter pour en écrire la préface.
Repose en paix mon ami Si Abdelmadjid.

  • Dahou Ould Kablia, président du MALG

Abdelmadjid Merdaci et son épouse, «un binôme inséparable»

Par Karim Younes
J’ai été apostrophé pour m’entendre dire que le présent méritait une meilleure attention. Réveiller ou maintenir, en alerte, la mémoire de notre passé antique ou médiéval serait donc superfétatoire, voire une forfaiture ! Pourtant, il suffit de lire un quotidien, d’entendre un prêche ou de prêter attention aux discours politiques pour réaliser que la société algérienne est l’une de celles qui ont le plus «consommé» de l’histoire.
Je cherchais donc un réconfort auprès d’un éminent érudit dont les qualités morales, la générosité sans bornes, l’humanisme océanique forçaient l’admiration, le respect.
Difficile de parler du grand intellectuel qu’était le professeur Abdelmadjid Merdaci au passé. Il était cet écrivain qui écrivait même en dormant, un homme dont l’engagement lui valut des séjours loin des rayons du soleil de sa belle Algérie, une frustration qui pouvait entamer la détermination des plus résistants des hommes qui façonnent l’airain par l’intelligence et la plume trempée. La sienne l’était dans l’encre de sa culture, héritage de sa noble famille.
Ma rencontre avec le Professeur Merdaci Abdelmadjid m’offrait un immense privilège, celui de me ressourcer et retrouver ce havre de paix auprès de sa mansuétude.
La première fois que j’ai rencontré le Professeur Merdaci, c’était dans la librairie Point-virgule des éditions Dalimen, à Alger. Il était accompagné de son épouse, Zineb, une grande dame, affable, tout en humilité et discrétion, s’excusant presque d’être là. Plus tard quand je me rendais chez ce merveilleux couple pour l’entretenir de mes livres, où on me gavait de thé et de «constantinoiseries», je fus toujours reçu comme seules les grandes familles de l’historique Cirta savaient recevoir leurs hôtes.
L’élégante Myriam, leur fille qui eut un parcours digne de son défunt père, et qui occupa, dans des circonstances difficiles, le poste de Ministre de la culture, poste qu’elle a quitté dans la dignité, veillait à ce que rien ne manquât pour mettre à l’aise ses hôtes et honorer ainsi son paternel. Ce dernier ne tarissait jamais de conseils à ceux qui le consultaient, qu’ils soient du monde de la culture, de la politique ou du monde du livre. Il était considéré comme la boussole nécessaire pour retrouver son nord.
Des discussions animées par le Professeur, j’apprenais beaucoup, ce qui me confortait quant au choix de l’écriture que j’avais entamée des années durant. Je continuais donc sur mon registre, plus rassuré, «Réveiller ou maintenir en alerte la mémoire de notre passé antique ou médiéval ne serait donc ni superfétatoire ni une forfaiture !», telle était ma conviction.
Le Professeur disparu, son épouse, la brave Zineb, avec laquelle il formait un binôme inséparable, le rejoignit quelques mois plus tard.
L’histoire de notre pays a ses pages dorées, ce sont des hommes et des femmes d’une trempe exceptionnelle qui les ont inspirées quand ils ne les ont pas écrites. Feux le Professeur Abdelmadjid Merdaci et Zineb Benazouz sont, incontestablement, de ceux-là.
A l’occasion du premier anniversaire de leur disparition, il est de notre devoir de cultiver leur mémoire par la célébration et le recueillement. C’est le meilleur hommage que nous leur devons.
Dormez en toute sérénité chers
amis et que la Paix de Dieu soit sur vous !

L’enfant de Cirta, l’intellectuel de son temps
Par Boudjemâa Haichour*
C’est de cette ville imprenable, d’où l’hymne à la liberté s’élevait de l’antique Rocher du fida, que notre frère Si Abdelmadjid nous quittait, le 17 Septembre 2020, il y a une année, il était encore plein de dynamisme et de créativité. La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était lors des «gaâdates» avec nos chouyoukh du malouf où je l’ai invité chez moi à la cité Daksi pour participer à ces rencontres sur l’histoire de la musique andalou-constantinoise.
Nous avons échangé nos connaissances sur le Malouf. Ce jour-là, il y avait mon professeur de musique Si Abdelkader Toumi Siaf, Cheïkh El Hani Bastandji, en présence de l’orchestre de Douadi (Allah Yerhamhoum), avec le chanteur Berahma. Le débat portait sur l’apport de la communauté judéo-constantinoise à notre musique.
En tant que mélomanes, nous sommes fascinés par cet art considéré comme musique de chambre. Nous avons consacré, tous les deux chacun de son côté, des contributions à puiser dans les secrets de ce patrimoine.
En effet, dix noubats structurées en mouwachahets et zadjel ont été enregistrées avec la participation de Si Kaddour Darsouni, Hadj Mohamed Tahar Fergani et Si Abdelmoumen Bentobbal soutenues par deux ouvrages sur l’historiographie réalisés par moi-même dont j’ai eu le privilège d’écrire la présentation, traduction et les commentaires y afférant. Ces enregistrements ont fait l’objet de deux coffrets consacrés à Si Abdelmoumen Bentobbal et l’autre sur Hadj Mohamed Tahar Fergani Allah Yerhamhoum publiés par l’ONDA. Il faut noter que les deux livres en question furent préfacés par Monsieur Abdelmadjid Tebboune du temps où il était ministre de la Culture et de la Communication.
De son côté Si Abdelmadjid Merdaci, publiera son livre «Le Dictionnaire des musiques et des musiciens de Constantine». Pour dire que nous avions la même passion pour la sauvegarde de notre patrimoine immatériel. L’autre souvenir que je retiens c’est quand le frère Si Tahar Bouderbala, membre du comité de la Wilaya II historique, alors Mouhafed du parti du FLN, nous rassembla pour chapoter le «Panorama du cinéma et la guerre de libération nationale». Y participaient le Wali Sidi Saïd Hamid, Kamel Arioua de la Mouhafada de Constantine et des animateurs de la cinémathèque Rachid Nafir, Hachmi Zertal, notre ami Ahmed Benyahia et feu Hacène Bouaïche et bien sûr Si Abdelmadjid Merdaci qui était présent parmi nous. Ce panorama qui se déroulait dans l’amphithéâtre de l’université de Constantine a connu une large participation des moudjahidines des wilayas historiques et d’une pléiade de personnalités politiques, intellectuelles et universitaires parmi les réalisateurs, scénaristes, comédiens et les amis de l’Algérie qui ont réalisé des films durant la guerre de libération nationale.
Ce sont là, les deux actions qui nous avaient réunies en plus de nos participations respectives à l’écriture de l’histoire du mouvement national et de la guerre de libération nationale.
De ces souvenirs je garde de Madjid, cet homme de culture et ce militant de l’inteligencia comme dira Gramsci, qui a contribué à l’effort de réflexion. Homme de conviction, il a toujours exprimé ses idées parfois en opposition avec l’establishment, qui lui ont causé certains déboires. Mais comme dit le dicton «Derrière chaque grand homme, il y a une femme» et Zineb, son épouse, qui l’a soutenu dans tous les moments, était là, omniprésente pour lui apporter le baume et la plénitude. Allah Yerham ce couple authentique et moderne, que Dieu les accueille dans Son vaste paradis.

Dr Boudjemâa Haïchour, chercheur Universitaire

Retour sur les années 1962-1965, à l’origine d’une longue amitié

Par Nadji Safir*
J’ai fait la connaissance de Madjid – comme nous l’appelions tous – pendant l’été 1962 qui, à Constantine, comme pour tous les Algériens, fut un extraordinaire et inoubliable moment. Puisque dominé par, à la fois, le moment tant attendu de la proclamation de l’Indépendance et les premières étapes – malheureusement, parfois douloureuses – de la nouvelle vie du pays.
Pour en venir à notre micro-histoire – indissociable d’une micro-géographie – avant ce fameux été, non seulement Madjid suivait sa scolarité au Lycée d’Aumale (actuel Lycée Redha Houhou), et moi, la mienne au Collège Moderne de Garçons (devenu le Lycée Youghourta), mais nous n’habitions pas la même partie de la ville : lui, à Sidi Mabrouk et moi, dans la «vieille ville», à Sidi Djellis ; soit, deux établissements et deux quartiers éloignés l’un de l’autre. De fait donc, «tout» nous séparait et ce, d’autant plus que dans le contexte de l’occupation coloniale et, surtout, de la Guerre de Libération Nationale, pour les jeunes adolescents que nous étions, la liberté de mouvement était strictement limitée – du fait du souci constant de sécurité, régulièrement exprimé par nos parents – aux seuls déplacements impératifs ; nécessairement, bien sûr, consistant à aller étudier et retourner à la maison ; puis, ensuite, à ne jamais dépasser les limites du quartier où l’on réside. Par ailleurs, même si à Constantine la ségrégation entre quartiers «européens» et «musulmans» était certainement moins forte que dans d’autres grandes villes du pays, telles qu’Alger et Oran, elle n’en existait pas moins et je me souviens bien que, d’une manière ou d’une autre, nous n’étions pas toujours tout à fait à l’aise dans certaines artères, plutôt connotées comme étant «européennes».
Or, à l’été 1962, une fois l’Indépendance proclamée, bien évidemment, toutes ces anciennes contraintes socio-politico-spatiales vont voler en éclats et je me souviens encore de l’ambiance de fête généralisée qui, pendant plusieurs semaines, régna dans une ville appartenant désormais dans sa totalité à tous ses habitants. Et que, pour ma part, inlassablement, je ne cessais de parcourir dans tous les sens en prenant des photos avec un appareil «Kodak Brownie Flash» – certainement, aujourd’hui identifiable comme relevant de la «quasi-préhistoire» de la photographie – que venaient de m’offrir mes parents pour récompenser mes bonnes performances scolaires. D’ailleurs, j’ai encore quelques-unes de ces photos soigneusement rangées dans un album que je continue de feuilleter avec beaucoup de nostalgie.
Et c’est donc au cours de ce fameux été 1962 qu’avec des amis j’appris qu’au Coudiat – quartier «européen» construit sur le site historique de «Koudiat Sidi Aty» et où se trouvait le Collège Moderne de Garçons où j’étudiais – venait d’ouvrir un «foyer universitaire» qui se voulait un lieu de rencontre entre les lycéens de la ville. Situé en sous-sol dans une cave sommairement aménagée et, au début, géré de manière relativement informelle, il était ensuite devenu le siège de l’Association de la Jeunesse Estudiantine Constantinoise (AJEC). Et c’est ainsi qu’avec de nombreux amis j’ai été amené à y passer de plus en plus de temps.
A propos d’amis, je tiens à mentionner tout particulièrement l’un d’entre eux : Hocine Nia ; et qui, pour sa famille ainsi que nous tous, a toujours été H’ssouna. Nous nous sommes connus à la rentrée scolaire 1960, en classe de quatrième au Collège Moderne de Garçons et sommes immédiatement devenus amis ; et, depuis – il avait quinze ans et moi, treize – sommes restés inséparables. Les secrets de l’alchimie de l’amitié n’ayant jamais encore été percés, je me permettrai à propos de nos relations de reprendre la célèbre formule de Montaigne – évoquant La Boétie – en dernière analyse, toujours pratique, comme mode d’explication plus ou moins «passe-partout» : «parce que c’était lui, parce que c’était moi.»
Et c’est donc dans le cadre de ce «foyer universitaire» que H’ssouna et moi fîmes la connaissance de Madjid dont la famille avait déménagé de Sidi Mabrouk et qui, alors, habitait à proximité immédiate du Coudiat. Très vite – de fait, quasi-immédiatement – une fois de plus, la formule de Montaigne opérant toujours, le «courant» est passé entre nous trois et ce fut le début d’un solide trio amical qui durera jusqu’à la mort de Madjid.
En ce qui concerne Madjid et moi, très rapidement, nous découvrîmes que nous avions beaucoup de centres d’intérêt communs dont, plus particulièrement encore, trois véritables passions, absolument essentielles et qui, plus jamais, ne nous quitteront : – i) une première, pour la lecture des livres et de la presse, la réflexion critique, les échanges intellectuels, les débats d’idées et, de manière plus générale, la volonté de toujours mieux comprendre les évolutions, les enjeux et les perspectives tant de la société algérienne que celles du monde dans lequel elle s’insère ; et qui, ensuite, en toute logique, progressivement, finira par nous conduire, tous deux, à suivre à Alger, bien qu’à des moments différents, les mêmes études de sociologie ; – ii) une deuxième pour la nécessité d’assumer un engagement citoyen constant dans le cadre des nouvelles problématiques, alors, en train de commencer à structurer l’édification d’une Algérie – enfin, indépendante – qu’idéalement, nous concevions comme souveraine, prospère, équitable, démocratique et moderne et au sein de laquelle, en tant que jeunes, nous voulions être une force agissante et porteuse d’un projet assumant toutes ces valeurs ; – iii) une troisième pour la musique en général et ce, bien évidemment, avec tout l’attachement tant esthétique que sentimental – et même, à certains égards, identitaire – nécessairement dû au vénérable «monument» que constitue le «malouf» constantinois ; et dont, quelques années après, Madjid, une fois de retour à Constantine, après ses études de sociologie à Alger, deviendra un éminent spécialiste et sur lequel il produira notamment l’ouvrage majeur de référence que constitue son «Dictionnaire des musiques citadines de Constantine» ; par ailleurs, en ce qui me concerne, plus tard – après mon installation à Alger – je continuerai bien sûr à garder tout mon attachement fondateur au «malouf», mais avec en même temps un intérêt croissant pour les deux autres grandes écoles nationales de musique andalouse que représentent Tlemcen et Alger et que l’environnement culturel d’alors, particulièrement favorable – entre autres, les inoubliables «festivals de musique andalouse» – me permettra d’explorer et d’apprécier. Enfin, plus accessoirement, je me dois tout de même de préciser que Madjid et moi avions en commun une autre passion, non négligeable, car particulièrement significative dans le contexte de certains clivages micro-identitaires constantinois, tels que réellement existants : celle que nous ne cessions d’entretenir pour le «Mouloudia Olympique de Constantine» (MOC) et l’éclatante blancheur de ses couleurs…
A propos de cet été 1962, j’aimerais d’abord en évoquer des moments agréables puisque, régulièrement, avec différents amis – dont Madjid, bien sûr et souvent avec lui, en tête-à-tête, aussi – après une journée souvent passée à la maison, pour échapper à des températures caniculaires et largement consacrée à la lecture, plus tard, une fois une relative fraîcheur enfin retrouvée, nous faisions de longues promenades nocturnes, parfois jusqu’au petit jour ; et qui pour nous constituaient de véritables revanches contre le sinistre couvre-feu longtemps imposé par les autorités coloniales. Le lieu des retrouvailles était souvent le même : la grande esplanade située au niveau de l’actuelle place du 1° Novembre 1954 (anciennement dite «de la Brèche»), au-dessus du marché couvert, et sur

laquelle étaient installés des stands-boutiques tenus par des marchands de glace – le plus réputé d’entre eux étant celui de la famille Bentchouala – et chez qui nous nous régalions ; l’une des glaces les plus appréciées étant le «créponné», comme nous appelions le sorbet au citron. Une fois celui-ci dégusté, ensuite, sensiblement vers 22 heures, nous entamions de longues promenades et qui, en règle générale commençaient par le «Boulevard de l’Abîme» et les panoramas absolument extraordinaires qu’il offrait – surtout à la faveur de la nuit – et dont nous ne nous lassions jamais. Ensuite, nos pas nous conduisaient où nous voulions au gré du rythme des discussions passionnées que, souvent, nous pouvions avoir ; surtout, dès qu’il s’agissait de faire et refaire et l’Algérie et le monde. Inoubliables et interminables débats amicaux et qui – notamment avec Madjid – nous auront permis de très longuement échanger et, en conséquence, d’encore beaucoup mieux nous connaître.
Puis, des moments qui le sont moins, puisque cet été 1962 sera également, pour reprendre la si juste formule de Ali Haroun, celui de la «discorde» ; et, en l’occurrence, à Constantine, ce sera pleinement le cas. En effet, le 25 juillet 1962 d’intenses combats y éclatèrent opposant, d’une part, les forces de la Willaya I (Aurès) alliées à celles de «l’armée des frontières» et à une fraction dissidente de celles de la Willaya II, ayant pris position pour le Bureau Politique du FLN et, d’autre part, l’essentiel des forces de la Willaya II (Nord-Constantinois), demeurées fidèles au GPRA et qui, finalement défaites, perdront le contrôle de la ville et de la région. Je me souviens encore du véritable traumatisme que représenta pour moi, ainsi que ma famille, nos voisins et amis et, de manière plus générale, l’ensemble de la population de la ville, le fait que des combats aussi violents et sanglants – et pour nous tous totalement inexcusables – aient pu opposer entre eux des Algériens, alors même qu’enfin le pays était libéré. Fort heureusement, quelque temps après ce terrible traumatisme du 25 juillet, progressivement, de nouveau, la ville retrouvera l’ambiance de joie liée aux fêtes de l’Indépendance du début du mois. Cependant, en réalité, ses séquelles ne disparaîtront pas du jour au lendemain et ce, d’autant plus que des événements encore plus graves se déroulaient dans d’autres régions – notamment au centre du pays dans la perspective de la prise de contrôle de la capitale – et que, quotidiennement, nous suivions, avec beaucoup d’inquiétude. En tout état de cause, en ce qui concerne Madjid et moi, j’ai toujours considéré que les différentes réflexions que nous a inspirées, à l’époque même, cette très grave crise de l’été 1962 ont représenté pour nous un acte réellement fondateur d’une nouvelle prise de conscience croissante d’un ensemble d’enjeux politiques nationaux, que nous commencions à découvrir et défricher et que nous pressentions clairement comme autant d’inquiétantes matrices pour de possibles fractures à venir.
Ceci dit, c’est au cours de cette première année scolaire après l’Indépendance – 1962-1963 donc, tous deux en classe de seconde et chacun dans son lycée – que nous commençâmes à nous impliquer dans diverses formes d’organisation et de mobilisation de la jeunesse et qui, entre autres, prirent la forme de participations régulières à des journées de reboisement placées sous l’égide de l’AJEC et de la JFLN, alors naissantes et qui, notamment, eurent lieu sur les sites de Djebel Ouahch et Draâ Ennaga. Et auxquels, aujourd’hui encore, je ne cesse de penser lorsque, malheureusement, assez régulièrement, j’apprends qu’en été les forêts concernées ont été la proie des flammes. Puis eurent lieu les toutes premières réunions organisées par l’Union Nationale des Etudiants Algériens (UNEA) auxquelles nous assistions, plutôt en tant qu’observateurs, en tentant de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un monde, à l’époque très restreint – celui des étudiants – qui n’était pas encore le nôtre, mais dont nous apprîmes beaucoup en termes d’enjeux politiques nationaux. De manière générale, je me souviens bien de notre état d’esprit de l’époque et qui, pour l’essentiel, procédait d’une ferme volonté d’engagement politique au service des nouvelles dynamiques nationales et assumée comme telle, car seule en mesure de nous permettre de nous libérer de ce que nous percevions comme étant notre morne confort «petit-bourgeois».
L’année scolaire 1963-1964 commença pour moi par un important changement dans ma vie scolaire, puisqu’à la suite d’un incident – somme toute, mineur – avec une de mes professeurs au Lycée Youghourta, après discussion avec mes parents, je décidai de changer de lycée et donc, de m’inscrire au Lycée Redha Houhou ; et qui, par ailleurs, en termes pratiques, était bien plus proche de mon domicile que mon précédent établissement. Et c’est ainsi qu’au cours de cette année scolaire – une «main invisible» aidant – je me suis retrouvé dans la même classe – de première moderne – que Madjid. Situation inespérée et qui, bien évidemment, les études menées en commun aidant, n’a fait – si besoin était – que renforcer nos relations d’amitié.
En même temps, au cours de cette nouvelle année scolaire – toujours désireux de renforcer notre engagement dans des actions citoyennes significatives – nous poursuivions nos activités, telles qu’entre autres inscrites dans le cadre de l’AJEC et de la JFLN, mais avec un sentiment croissant que celle-ci, surtout, devenait de plus en plus un cadre de nature bureaucratique, ne correspondant pas aux véritables dynamiques que nous souhaitions impulser à notre action. Et c’est ainsi que, progressivement, suite à des discussions avec les principaux responsables locaux du FLN et de la JFLN, de nombreux échanges entre lycéens constantinois, ainsi que des informations que nous avions régulièrement en provenance d’Alger, nous prîmes conscience des nouvelles possibilités que serait en mesure de nous offrir le projet en cours d’élaboration au niveau national et visant à créer une nouvelle organisation de masse : l’Union Nationale des Lycéens et Collégiens Algériens (UNLCA). Immédiatement, H’ssouna, Madjid et moi décidâmes de nous impliquer dans la préparation du Congrès constitutif qui devait se tenir à la fin de l’année scolaire à Alger. Au terme de plusieurs réunions tenues sous l’égide des responsables locaux du FLN et de la JFLN, il fut convenu que la délégation de Constantine au Congrès Constitutif de l’UNLCA serait composée de lycéens déjà actifs dans divers contextes locaux ; et ce furent les suivants : Farouk Belagha, Hocine Nia et Mohamed Talbi (Lycée Youghourta) ; Youssef Fates (Ecole Normale d’Instituteurs) ; Abdelmadjid Merdaci et Nadji Safir (Lycée Redha Houhou).
Ainsi donc, à la fin du mois de juin 1964, après avoir passé les épreuves de l’examen probatoire – étape alors nécessaire avant le baccalauréat lui-même dont les épreuves se déroulaient à la fin de la classe de Terminale – nous quittâmes Constantine pour nous rendre à Alger afin de prendre part au Congrès Constitutif de l’UNLCA, devant se dérouler du 27 au 29 juin 1964 au «Lycée technique d’Alger» et où nous allions également être hébergés. En ce qui concerne notre délégation, je garde le souvenir de l’ambiance amicale et détendue – souvent musicale – qui régna entre nous, depuis le départ du train de la gare de Constantine et jusqu’à ce que nous y soyons de retour. Et ce, que ce soit pendant le voyage ou les travaux du Congrès ou bien encore la visite de la capitale, que pour la plupart – me semble-t-il – nous découvrions. En tout état de cause, pour moi c’était la première visite ; un rêve tenace, enfin assouvi.
Les travaux du Congrès furent inaugurés par le Président Ahmed Ben Bella et, à la fin de son discours, très impressionnés par son incontestable charisme, tous les congressistes tentèrent de se rapprocher de lui, afin de pouvoir échanger quelques mots et ce, en l’entourant dans un enthousiasme et un désordre absolument indescriptibles. En ce qui concerne Ahmed Ben Bella, il représentait pour nous, à l’époque, tout à la fois, une figure majeure des dynamiques historiques fondatrices du FLN, en tant que l’un de leurs acteurs les plus marquants et un dirigeant politique important, car incarnant un projet national – alors affirmé dans le document idéologique que constituait la «Charte d’Alger» tout juste adoptée par le Congrès du FLN d’avril 1964 – faisant appel en priorité à des initiative populaires, dans lesquelles nous nous reconnaissions.
Lors des travaux du Congrès, tous les membres de notre délégation constantinoise furent particulièrement actifs et jouèrent un rôle essentiel – très apprécié par tous – dans les débats en plénière, ainsi que dans les commissions de travail et deux d’entre nous furent élus au Comité Directeur de l’UNLCA : Hocine Nia et moi-même. Or, les amis de la direction nationale nouvellement élue tenaient absolument à ce qu’un membre de notre délégation devienne membre de leur équipe et, surtout, soit effectivement installé à Alger. Et c’est ainsi qu’une fois de retour à Constantine, après évaluation des contraintes personnelles des uns et des autres et concertation entre nous, il fut convenu que ce serait Madjid qui – d’ailleurs, totalement volontaire – s’acquitterait de cette nouvelle mission. Dès lors, à la rentrée 1964, avec son éternel tempérament de «fonceur», il quitta Constantine pour s’installer à Alger et y poursuivre ses études au Lycée Emir Abdelkader où allaient s’ouvrir pour lui de nouvelles perspectives scolaires et politiques.
L’année scolaire 1964-1965 s’annonçait pour beaucoup d’entre nous – dont moi-même – comme absolument décisive, puisqu’après le succès à l’Examen Probatoire, elle devait, en principe, être couronnée par l’obtention du tant attendu Baccalauréat ; dans la perspective duquel – toujours inscrit au Lycée Redha Houhou – sans hésitation, j’avais opté pour la série «Philosophie». En même temps, nous devions également contacter et sensibiliser – au moins, à Constantine même – le maximum de lycéens et collégiens afin d’élargir la base de l’UNLCA, encore naissante ; et je me souviens encore de réunions tenues dans quelques lycées de la ville. Mais ce ne fut pas tâche facile car nous constations de fortes réticences à l’égard de nos projets qui, pour l’essentiel, venaient tant des appareils bureaucratiques locaux du FLN et de la JFLN que des administrations concernées. En effet, méfiants à l’égard des dynamiques que notre nouvelle organisation avait initiées et qu’ils avaient peur de ne pouvoir contrôler, ces structures faisaient tout pour en limiter la portée réelle des initiatives. Et je me souviens encore des longues discussions avec Madjid qui, lui aussi, lorsque de temps en temps il était de retour à Constantine – pour retrouver sa famille – nous faisait régulièrement état de blocages de même nature tant à Alger même qu’au niveau national.
Et finalement, ainsi que Madjid l’a écrit dans l’un de ses «papiers» consacré à l’UNLCA, celle-ci n’aura vécu qu’une année : de juin 1964 à juin1965. Puisqu’en effet, le 19 juin 1965 intervient le coup d’Etat qui renverse le Président Ahmed Ben Bella et bouleverse toute la problématique institutionnelle et politique nationale. La réaction immédiate de l’UNLCA – à l’instar de celle exprimée par l’UNEA – tant à Constantine qu’au niveau national, à Alger, fut de condamner immédiatement et énergiquement une démarche totalement inadmissible. Puisqu’imposant – une fois de plus, après les multiples crises de l’été 1962, telles que résultant du premier coup d’état «rampant» finalement opéré contre l’autorité légitime du GPRA – le règlement de problèmes politiques, par une inquiétante banalisation du recours direct à la seule force des armes.
Dès lors, à partir de cet été 1965, de nouvelles perspectives allaient s’ouvrir pour nous tous, aussi bien en termes d’études que d’engagements citoyens. Et qui, pour ceux-ci, vont essentiellement s’inscrire dans le cadre des luttes qu’à l’époque mènera l’UNEA pour s’affirmer comme un cadre crédible, à la fois, de défense des intérêts matériels et moraux des étudiants et d’expression démocratique de leurs légitimes aspirations citoyennes ; et ce, tout en devant nécessairement résister à la dure répression alors menée contre elle.
Ceci dit, par la suite – bien au-delà du contexte des trois années jusqu’ici évoquées – Madjid et moi, pendant plus de cinquante ans, quels qu’aient pu être nos divers itinéraires personnels et professionnels, chaque fois que nous le pouvions – à Alger, Constantine et ailleurs – n’avons cessé de nous rencontrer, de manière très régulière et, ce faisant, de retrouver, à chaque fois, avec le même plaisir, l’ambiance amicale et stimulante dans laquelle se sont toujours déroulés nos échanges. Et ce, y compris lorsque nous commencerons à être en désaccord sur certaines problématiques nationales de plus en plus significatives, comme ce sera notamment le cas à partir du début de l’année 2019.
Enfin, j’aimerais terminer cet hommage à la mémoire de Madjid par une note tout à fait personnelle, dans la mesure où, lors de son cursus universitaire, il avait suivi les cours d’un des certificats de la licence de sociologie, dans son ancienne formule – celui de «Sociologie et Ethnographie de l’Afrique du Nord» – avec Tamany Zaouche qui, quelques années plus tard, allait devenir mon épouse ; et qui donc, elle aussi, avait eu l’occasion de le connaître et l’apprécier. Et c’est ainsi que lorsqu’elle et moi célébrâmes notre mariage – en décembre 1976, à Alger – Madjid, alors installé à Constantine, dans une démarche tout à fait révélatrice de son sens particulièrement aigu de l’amitié, nous offrit le plus beau des cadeaux imaginables. Puisque c’est grâce à lui que «l’immense» acteur du malouf constantinois, Abdelmoumen Bentobbal – malheureusement disparu en 2004 – accompagné de son orchestre, vint animer, avec tout le brio qu’on lui connaît, la fête mémorable que nous avions organisée.
Et c’est donc dire combien aujourd’hui – une année après son décès – nous restons encore, tous les deux, sous l’immense choc qu’a représenté pour nous la brutale disparition de Madjid.

Nadji SAFIR, sociologue

Lettre à un ami absent


Par Nouria et Hassan Remaoun

Mon cher Madjid,
J’aurai tant voulu dans cette lettre rester interrogatif en demandant de tes nouvelles et de celles de ta petite famille. Je ne pourrai le faire car j’en ai eu par d’autres canaux et malheureusement elles ne sont pas bonnes du tout, depuis que tu as choppé ce maudit virus qui t’a emporté à jamais loin de nous, tes amis camarades et collègues.
Cela s’est passé si vite, toi qui pour paraphraser La Palice, il y a quelques jours encore, quelques semaines au plus, était dans une séquence de vie pleine d’activités et de projets.
Il y a encore quelques 6 ou 7 semaines, plus précisément, le 6 août dernier, tu m’envoyais un mail pour m’informer de ton projet de lancement d’une revue, «Les Lettres algériennes «avec la perspective de contribuer à l’assise d’une critique littéraire et des œuvres portant sur le patrimoine national en ciblant la jonction et la fédération intergénérationnelle et plurilinguistique ainsi qu’entre courants qui seraient représentées dans le champs culturel algérien.
Je ne pouvais qu’être enchanté par une pareille perspective surtout connaissant ton audace et ta ténacité aussi bien dans le domaine de la pensée que dans celui de l’action. En plus tu me faisais la fleur de me proposer au conseil scientifique qui accompagnerait la revue et à vrai dire n’étant pas de spécialité littéraire à proprement parler, j’ai d’abord hésité. Ne pouvant contribuer que par la périphérie, même si socio-historien comme toi, nous partageons certaines préoccupations de recherche et nous nous ressemblons assez au vu de nos trajectoires de vie qui sans être tout à fait similaires ne s’en rejoignent pas moins !
C’est sans doute pourquoi et disons pour aller vite, toi le Constantinois et moi l’Oranais nous avons pu maintenir une amitié remontant à plus d’un demi-siècle, 56 ans plus précisément, puisque nous nous sommes rencontrés pour la première fois avec d’autres parmi nos camarades à ce congrès fondateur en 1964 de l’Union nationale des lycéens et collégiens algériens tenu à Alger au Lycée technique du Ruisseau. Le président Benbella l’avait inauguré en nous prêchant le concordisme islam-socialisme, et Cherif Belkacem alors ministre de l’orientation et de l’éducation l’avait clôturé en nous recommandant de façon sibylline : «Soyez sérieux, sans trop vous prendre au sérieux !»
Depuis lors nous avions eu à transiter ensemble à partir de 1965 par l’ORP, l’UNEA et quelques autres belles aventures mais aussi mésaventures, même si une distance d’un millier de kms nous séparait, jalonnée il est vrai de quelques rencontres à Constantine, Alger, Oran ou à l’étranger comme à Paris en 1992 pour le grand colloque intitulé : «Mémoire et enseignement de la Guerre d’Algérie» ou à Marseille en mai 2018 pour l’hommage rendu à notre ami et collègue Benjamin Stora. Nos carrières universitaires assez similaires commencées au début des années 1970 ne pouvaient en effet que raffermir nos contacts.
Je ne voudrais pas abuser de la patience de nos amis et collègues présents aujourd’hui pour te rendre hommage, mais je dois ajouter aussi que notre amitié a été scellée dans le creuset d’un phénomène générationnel, marqué par l’indépendance de notre pays et la perspective partagée de lendemains que nous voulions radieux en déclamant avec Bachir Hadj Ali dans sa Rhapsodie numide : «Voici le temps des cerises et des flûtes enchantées». Ceci même si le temps s’écoulant et avec l’avancée en âge, nous devrions nuancer nos rêves sans jamais cependant retourner nos vestes ou adhérer au pessimisme dévastateur pour certains que nous avions connus.
Notre intransigeance ne pouvait d’ailleurs parfois pas manquer de se transformer en entêtement y compris avec des proches. Un trait de caractère pouvant renvoyer à l’Eternel Jugurtha de Jean Amrouche sinon de façon plus cocasse au Djelloul el Fheimi de Abelkader Alloula !
Pour revenir plus particulièrement à toi mon cher Madjid, tu as su mobiliser ton intelligence et ton expérience pour mener une vie de mémorialiste et d’historien dans la cité et notamment cette ville prestigieuse de Constantine qui constitue un des traceurs déterminants de notre histoire nationale et des enjeux sociaux qui la caractérise en donnant tant d’hommes valeureux à notre pays. Pour ne parler que de notre génération et de notre environnement immédiat, je ne citerai ici que quelques noms parmi nos collègues et amis qui t’auront précédé là où nous vous rejoindrons tous : Mohammed Cherif et Dalila Daksi, Fawzi Adel, Djamel Boulebiar ou encore Noureddine Rabah Saadi. Que vous puissiez tous reposer en paix !
Mais au fait je me demande cher Madjid pourquoi je t’écris cette lettre que tu liras sans doute si le Paradis existe, sinon nous la lirons pour toi, avec je l’espère les générations qui suivront et s’inspireront de ton éthique et de ta trajectoire de vie !
Si tu te souviens bien, juste deux ou trois jours avant ton mail du 6 août dernier, nous étions en communication téléphonique, et tu m’avais remis en mémoire ces vers d’Aragon, déclinés par toi lors de la conversation :
Celui qui croyait au ciel,
celui qui n’y croyait pas,
tous les deux aimaient la belle prisonnière du soldat.
Je t’avais donné la réplique avec ces autres vers d ‘Aragon que je dédié aujourd’hui à Zineb, à Meriem, et à Maya, ainsi qu’à tous tes proches et amis, Madjid :
Qu’importent les retours, les doutes, les attentes,
les lacis, les refus, les craintes, les faux pas,
Rien ne peut arrêter ni les herbes flottantes,
Cette marche à la mer ni les joncs du delta.
Que le Rhummel et l’épopée de Cirta, Madjid, puisse veiller sur ton repos désormais éternel !
Je vous remercie pour votre patience chers amis et encore une fois toutes mes condoléances à la famille du défunt !
Oran le 21 septembre 2020
Hassan Remaoun

*Texte lu lors de l’hommage qui a été rendu à Abdelmadjid Merdaci, à Constantine le mardi 22 septembre 2020 à l’occasion de la commémoration du 7ème jour de son décès.

En guise d’addenda

Notre cher Madjid,
À quelques jours près voici un an que je t’ai envoyé cette lettre. Tellement de choses se sont écoulées depuis lors qu’un addenda s’impose, avec la collaboration de Nouria qui se joint à moi. Comme se joignent aussi à moi, ainsi que je le pense, nos amis de toujours et avec qui il nous est arrivé d’invoquer ta mémoire, lors de nos échanges autour du passé autant que du présent de notre pays à qui tu as tant donné.
Entre un contexte sociopolitique et une économie assez moroses, un Hirak, le même qui te passionnait au point où tu lui consacrais un ouvrage plutôt critique et toujours à la recherche d’un statut et d’une issue, la pandémie de la Covid 19 qui t’a emporté et qui persévère dans ses funestes ravages à l’échelle de la planète, nous avons eu les feux de l’enfer. Ils consumèrent nos précieuses forêts et dévorèrent, notamment en Kabylie des dizaines de nos compatriotes, de toute condition et de tous âges, et même un ange de lumière que l’excitation de quelques égarés ou criminels selon les cas transformera en «bouc-émissaire», que dis-je un véritable «mouton du sacrifice». On incombe à cette flambée différentes causes dont le réchauffement climatique qui continue, menaçant toute vie sur terre.
En dehors de cela, les procès en justice pour des causes diverses, fondées ou non, continuent, mais sans mobiliser les foules de supporters et spectateurs qui avaient cours de ton vivant !
À part ces aléas, le monde avec ses porteurs d’espoirs et ses agents d’oppression continue à tourner comme tu l’as laissé, avec en sus pour occuper la scène, et en plus de la «normalisation» avec Israël, tant chérie par certains Arabes, l’affaire Pegasus, et la toute récente remise de Kaboul et de tout le Peuple afghan entre les mains des Talibans…
Nous arrêterons là car peut-être que de là où tu te trouves, tu as pu observer tout cela, et peut être même que Zineb t’a raconté au moins une partie des drames décrits là-dessus et qu’elle a pu noter avant de nous quitter à son tour. Ce fût un 1er Mai, journée des travailleurs, même si la fête était discrète, qu’elle décida de te rejoindre à peine quelques mois après que tu lui fus arraché. La vie lui devenait intenable sans toi, à la manière du poète qui déchantait dans le désarroi, «Un seul être vous manque et tout est dépeuplé».
Nous gardons toujours dans le monde des vivants des raisons d’espérer et de goûter aux douces Incantations de la poésie et de la musique que tous deux vous chérissiez tant. Qu’il en soit toujours ainsi et que les deux muses vous aident aussi à reposer en paix après vos retrouvailles, cette-fois-ci éternelles.

Nouria et Hassan Remaoun
Universitaires à la retraite

Comprendre le passé pour vivre le présent, connaître le présent pour comprendre le passé

Par Fouad Soufi
Quand on lit et quand on écoute Abdelmadjid Merdaci, on ne peut pas ne pas se remémorer ce qu’avait écrit l’historien français Marc Bloch (1886-1944) : «L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. Mais il n’est peut-être pas moins vain de s’épuiser à comprendre le passé, si l’on ne sait rien du présent.» Aussi, poursuit-il, «la faculté d’appréhension du vivant (est) la qualité maîtresse de l’historien …» Abdelmadjid Merdaci, par ses articles de presse, par ses interventions dans les émissions radiophoniques et télévisuelles mais surtout par ses livres, avait bien cette «faculté d’appréhension du vivant». Rien de ce qui est vivant ne lui était étranger !
De sa formation universitaire en sociologie au milieu des années 1960, à Constantine et à Alger, A. Merdaci avait eu à développer ses analyses et ses approches en termes de structures, de hiérarchies et de positions objectives des acteurs et des événements. Il avait construit alors ce lien entre l’étude du passé (l’histoire politique et sociale) et l’analyse du présent (la sociologie, l’anthropologie culturelle et la politique) dans pratiquement tous ses enseignements et ses travaux. Il s’était fait musicologue et historien par passion pour Constantine, champ de prédilection de ses recherches. Et pour mieux soumettre ses idées à la validation par ses pairs et participer aux débats publics et universitaires, il s’était fait journaliste et historien du temps présent.
Sa thèse sur «Le Dictionnaire des musiques citadines de Constantine» s’inscrit dans l’histoire de la musique citadine, certes, mais en liaison avec l’histoire urbaine de Constantine. Or, jusqu’à présent l’histoire des musiciens et de la musique demeurait assez marginale au sein de l’histoire culturelle dans notre pays. Le champ de l’anthropologie culturelle algérienne avait été longtemps limitée au débat oralité/écriture (voyez nos poètes, nos proverbes, nos chansonniers d’une part et d’autres voyez nos manuscrits et les biographies historiques de nos écrivains : «T’arif akhalaf bi rijal assalah» avait écrit al Hafnawi, repris allègrement par ses épigones. Et les musiciens et la musique ? Abdelmadjid Merdaci nous propose de lire les conditions d’exercice musical à Constantine au XXe siècle, le changement de statut des musiciens et des musiques soumis au plan économique par le marché. Et voilà qu’il nous a permis de découvrir avec «Les Compagnons de Guessouma» la réalité du «chaabi constantinois» au risque de choquer ses amis algérois. Ces travaux sur la musique et les musiciens sont aussi un hymne d’amour à Constantine.
Constantine, «citadelle des vertiges», «cité des Aigles» est au cœur de tous ses travaux et en particulier au centre de ses recherches d’histoire politique et sociale mais pas dans une démarche d’histoire locale. C’est ainsi qu’il comprend et analyse l’instrumentalisation de l’histoire par l’action politique. En prenant exagérément l’histoire pour modèle, elle sombre dans le culte du passé. Il en est de même quand d’aucuns pensent qu’il possible de trouver dans le passé une situation analogue à celle du présent, il recadre le Hirak.
Ses deux derniers livres, publiés en 2019 : 1er Novembre 1954. La nuit des insurgés (E.N.A.G. Editions) et en octobre Journal des marches. Chroniques d’outre silence. Essai (édition à compte d’auteur) illustrent bien les deux objets fondamentaux de sa carrière intellectuelle, le passé et le présent. Comment comprendre le passé, (Le Premier Novembre, le GPRA, 1962), pour vivre le présent (La figure présidentielle, Octobre 1988, Le Hirak), comment lire le présent pour comprendre le passé ? A chaque débat, il exprimait ce qu’on nomme «la solidarité des âges» et le profond respect pour les acteurs de la «Guerre d’Indépendance», expression qu’il estimait historiquement plus juste que «Guerre de Libération Nationale» et refusait surtout «Guerre d’Algérie.» Lui qui avait vécu les premières années de l’Indépendance et les tâches d’édification nationale, note assez durement : «Du passé ne faisons pas table rase» Il n’accepte pas «l’insulte à la mémoire de la guerre de libération». Plus que jamais la construction problématique d’un avenir commun commande d’interpeller, certes, le passé et notamment celui de la Guerre de libération nationale mais pas de le dénigrer. Il regrette les attaques contre le FLN à travers des slogans ambigus comme celui appelant à dégager les 3 B. : «un argument d’injures contre les institutions de l’État»
Dans son avant-dernier livre Le 1er Novembre la Nuit des insurgés, il met à la disposition des lecteurs, témoignages et documents accompagnés d’une analyse sans complaisance des faits.
Le «Journal des marches» se veut une critique sans complaisance, mais sans animosité, d’un intellectuel militant face à un événement qu’il considère surmédiatisé. «Le hirak est-il une subversion médiatique ?», se demande-t-il. Il s’interroge de façon lourde et directe sur la spontanéité des marches, sur la manipulation des faits et surtout sur la neutralisation de tout travail d’information. Il consacre un texte sur «l’activisme médiatique au cœur des marches». Son appréciation sur le Hirak, «ce générique d’importation», est claire : «Il ne s’agit pas d’une révolution et cela ne prête pas à sourire !». La mauvaise distribution de ce livre et le silence de la presse en aura été la réponse. Notre sociologue et historien, notre grand amateur des musiques citadines (et même des autres) aura également été cinéaste pour rendre encore plus compréhensibles, plus visibles et surtout plus vivants ses propos sur la société et l’histoire de Constantine et de l’Algérie. n

Fouad Soufi, inspecteur des bibliothèques et archives à la retraite, ancien cadre aux Archives Nationales

Zeineb et Madjid Merdaci : deux voix, deux mesures

Par Mustapha Maaoui
Je connaissais Zeineb depuis longtemps et Madjid depuis toujours. Madjid était exubérant, explosif comme le timbre de sa voix, saccadée et entrecoupée. Zeineb était plus discrète, ce qui ne veut pas dire absente. Au contraire, elle était le catalyseur de Madjid, son sémaphore : deux personnalités opposées, donc parfaitement complémentaires.
J’ai d’abord connu Majid aux lendemains de l’indépendance et l’une des facettes de son personnage était le penchant aux jeux de mots et aux calembours qu’autorisait sa parfaite maitrise de la langue de Vaugelas. Apothèmes, calembours, contrepèterie défilaient dans la décontraction et la bonne humeur, baignant dans l’insouciance de notre jeunesse. Pour donner un exemple, il me posait la question pour savoir de quel côté les académiciens en uniforme portaient leur épée. Et il donnait la réponse par défaut avec un sourire malicieux : «Comment veux-tu qu’un immortel porte l’arme à gauche ?».
Ce temps est bien loin, et les Immortels théoriques et impersonnels ont été remplacés au fil du temps par des êtres proches de chair et de sang, de plus en plus nombreux au cours des décennies. Brahim Touchène, Yahia Guidoum, Ahmed Bendib, Jean-Paul Grangaud, Mostefa Hassani…
Durant tout ce temps, les plaisanteries ont perduré, mais elles étaient plus personnalisées, à la carte, visant l’un ou l’autre des protagonistes dans d’innocentes mises en boite parfaitement inoffensives.
C’est ainsi qu’au début de la «Décennie noire», je me suis retrouvé à Constantine chez Zeineb et Madjid avec mon cousin Hamid Boudemagh et Aissani, membre de la direction du FFS. La discussion ayant tourné sur la proposition de candidature sous la bannière du parti de Ait Ahmed au niveau de la Wilaya de Boumerdès qui m’avait été faite et que j’avais déclinée pour des considérations de disponibilité professionnelle qui n’altérait en rien le respect que j’avais pour ce parti. J’avais considéré qu’il serait plus élégant de passer à un sujet moins épineux sur la base de la mimique de Zeineb et Madjid et de la véhémence grandissante de Aissani, militant passionné. J’avais alors, presque sans transition, interrogé Madjid sur la musique Constantinoise. Madjid était un personnage polyvalent, un digne descendant de Terence qui disait : «Homo sum, humani nihil a me alineum puto», «je suis un humain, et tout ce qui est humain ne m’est pas étranger, je pense».
C’était un touche à tout de génie, versé dans la politique, la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, le football, la musique… A ce sujet, il avait mené des travaux passionnés et passionnants sur le fameux Malouf. Sans y prendre garde, il plongea immédiatement dans ce sujet de secours et très rapidement il prit sa vitesse de croisière. Avec sa locution si particulière qui donnait en cette occasion, l’impression de battre la mesure, il fit défiler un à un les grands maitres : Benkartoussa, Berrachi, Dersouni, Bentobbal, Fergani… A un moment donné, il voulut nous expliquer les Zdjoul et c’est le moment que je choisis pour freiner pernicieusement sa verve. Je l’avais félicité d’avoir réussi le tour de force d’écrire sur ce thème musical une encyclopédie de 17 pages, préface comprise. Madjid esquissa un sourire forcé alors que Zeineb éclata, une fois n’est pas coutume, d’un éclat de rire tonitruant, un peu à la manière de son frère, Djamel Benazouz, Bingo aux meilleurs moments de la Brasserie des facultés. Cet intermède musical fut subrepticement aiguillonné vers un autre thème de prédilection de l’historien qu’il était, expert dans la biographie de Zighout Youcef, qu’il a toujours voulu réhabiliter au sein du Gotha des révolutionnaires algériens, car il était convaincu que Sidi Ahmed, comme l’appelait ses compagnons d’arme et comme continuait à l’appeler Madjid, n’avait jamais été jugé à sa juste valeur. Madjid se racla la gorge et se redressa sur son siège, comme il avait l’habitude de le faire sur les plateaux de télévision, le visage grave, l’air plus concentré. C’était le moment de porter l’estocade en rajoutant le Chef de la Wilaya II … à la liste des maitres du Malouf ! Madjid était entre l’apoplexie et la sérénité d’un être confronté à l’absurdité. Il fallait une explication en urgence. D’un air faussement naïf, j’avais pris à témoin, en toute mauvaise foi, Madjid lui-même en lui affirmant que c’était lui qui nous avait appris que Sidi Ahmed avait orchestré la Levée en masse d’aout 55 ! A ce moment-là, j’étais le premier à reconnaître que cette sortie était très approximative et qu’elle ne méritait qu’une note proche du zéro (nous avions l’habitude de donner des notes sur nos différents supposés mots d’esprit).
Beaucoup plus tard, quelques années après, le moment se devait d’être plus solennel puisque je venais d’hospitaliser au service de Chirurgie de Kouba Madjid pour une intervention qu’il redoutait particulièrement. Je pris donc l’initiative de le présenter à l’équipe de résidents et d’assistants. Chacun avait son conem : Le Schtroumpf, le Vizir Iznogoud, le Bachi Bouzouk. Madjid, tout sourire n’eut pas le temps de réagir. Zeïneb intervint alors que personne ne lui prêtait attention en présentant son époux en tant qu’Amiral Debath O’lavoir, héros de bande dessinée aux côtés du gouverneur La Banane sur l’Ile de Las Ananas. En effet, chaque fois que j’avais eu à appeler Madjid en début de soirée, Meryem ou bien Zeïneb me répondait «qu’il prenait son bain». L’une et l’autre savaient de quel surnom je l’affublais alors. Cette innocente réminiscence contribua certainement à dissiper le stress préopératoire.
Je viens de rapporter quelques anecdotes, quelques flashs de vie, qui n’ont d’intérêt, et c’est le but, que de faire revivre quelques instants avec un couple que nous avons aimé.
Il ne m’appartient pas de retracer le parcours académique de Zeïneb et Madjid. Tout le monde reconnaît qu’il est majeur et qu’il a largement contribué à l’épanouissement de l’Université de Constantine. Je souhaite ardemment que celle-ci ne suive pas l’exemple de celle d’Alger qui a pris la fâcheuse habitude d’oublier allègrement celles et ceux qui l’ont bâtie. Je ne citerai que le triste exemple de madame Bénallègue, morte dans l’exil et la solitude à Tartous, ville de Syrie en pleine guerre. Certes beaucoup de ses élèves lui ont rendu l’hommage qu’elle méritait. Pour autant, les institutions sanitaires et universitaires ont brillé par leur absence.
L’Amiral Debath O’Lavoir et son Sémaphore méritent une reconnaissance officielle. Constantine (et l’Algérie) qu’ils ont tant aimées leur doivent bien cela. n

Mustapha MAAOUI Professeur, Chef de service de chirurgie-Hôpital Bachir Mentouri, Kouba

Rendez-vous « qahwet El Goufla » !!

Par Mohammed Hamma*

Mon grand ami et frère Madjid était avant tout amoureux de son pays, l’Algérie et son peuple dans ses diversités ethniques et linguistiques.

Il était progressiste, moderniste et émancipateur, il avait toujours essayé de faire passer le message de ses idées et convictions au prix de diverses arrestations, emprisonnements et déboires, sans compter sa mise au ban de la société (par les services de police de l’époque) qui lui était chère, où, il se sentait comme un poisson dans l’eau.

Il était altruiste tout comme Zeineb son alter égo. Il avait un instinct inné du partage très développé dans tous les domaines, intellectuel et matériel, avec un sens de l’hospitalité hors du commun. Au point où tous ses amis, collègues ou personnes de passage à Constantine n’allaient jamais à l’hôtel, il les hébergeait lui-même. Que de personnes algériennes ou étrangères ont bénéficiés de son gite et de son couvert, de son intercession ou de ses recommandations auprès de très nombreux amis et connaissances à divers niveaux, ici et ailleurs.

Sa disponibilité auprès des gens était proverbiale, je dirais même un véritable sacerdoce pour lui. Il était tout le temps sollicité afin d’intervenir pour qui un emploi, pour qui une hospitalisation ou une consultation médicale, une scolarisation, etc…

A ma connaissance, il n’y a pas beaucoup de ses amis, ou de ses relations qui ne lui sont pas redevables d’un ou plusieurs services. Il le faisait avec plaisir et sans retour de quoi que ce soit. Pour lui, il accomplissait une mission, commandée par son subconscient car il était un homme de bien. Quand il recevait avec Zeineb et leur fille Mériem, ils ne comptaient pas, ils offraient tout ce qu’ils avaient de meilleur. Mon ami Madjid était un épicurien, au sens noble du terme.

Ses facultés intellectuelles, ses diverses connaissances encyclopédiques ont fait de lui un personnage exceptionnel, en plus de sa chaire de professeur en sociologie de l’université dont il était titulaire, il était historien, journaliste avec une plume distinguée et perspicace. Il était aussi écrivain, scénariste, chercheur dans le domaine des arts, de la musique algérienne, du théâtre, des sports et j’en passe.

Il a laissé beaucoup d’œuvres, fruits de ses recherches et témoignages divers. Il était particulièrement imprégné de notre musique constantinoise dont il était particulièrement friand, ce qui le plaçait en tant que mélomane averti avec sa chère et tendre épouse Zeineb Rabi Yerhameha avec qui il formait un couple solidaire, envié et fusionnel.

Nous avions passé plus de cinquante années d’amitié, riche et sincère ensemble. Pendant les trente ou trente-cinq premières années, nous nous rencontrions presque quotidiennement soit au café « qahwet El Goufla » – sise à la rue Nationale-, soit chez eux, où leur table était constamment ouverte.

Je n’oublierai jamais ce lieu familial où j’ai été reçu à bras ouverts avec une chaleur exceptionnelle, à chaque passage. Pour moi, je n’étais que le grand frère, l’ainé, « Hamatouka ». Je n’oublierai jamais ces soirées musicales passées ensemble, soit nous jouions soit nous écoutions les différentes noubas, hawzis et autres genres.

Je n’oublierai jamais ce couple merveilleux Madjid Merdaci et Zineb Benazouz qui ont donnés une non moins fabuleuse progéniture : Meriem. Entité affable, généreuse, désintéressée et modeste.

A Dieu mon cher frère et ma chère sœur. A bientôt et n’oubliez pas de me réserver une place auprès de vous, j’emmènerai ma flûte !

Mohamed Hamma Artiste musicien : Au-delà des frontières

Par Claire Le Scanff- Stora

Le temps de Paris

À la fin de l’année 1982, j’ai rencontré pour la première fois Abdelmadjid lors d’un de ses voyages à Paris. Il était venu participer à un colloque avec mon mari Benjamin.

Depuis lors, notre amitié n’a fait que se renforcer au fil des quatre dernières décennies. Grande amitié également avec Zizou, bien sûr, qui aimait le temps gris et la pluie, qu’elle appelait « le temps de Paris » et qui la voyait sortir dès son apparition.

Et enfin avec Meriem que nous avons vu grandir et avec qui j’ai eu la chance de vivre pour un long séjour qu’elle a passé en France.

J’ai découvert l’Algérie et surtout Constantine grâce à Madjid quand nous avons fait le voyage avec notre petite Cécile en 1985. Et je garde particulièrement en mémoire le trajet en bus depuis Alger vers Constantine où venait de se produire une secousse sismique.

La liste de France

Madjid à Paris ne manquait jamais de faire un tour chez Gibert pour trouver tous les livres dont il ne pouvait se passer. J’ai toujours été très impressionnée par sa connaissance de la littérature française et étrangère et sa très grande capacité de lecture.

Mais il devait aussi, lors de ses séjours, faire quelques emplettes pour la famille et les amis de Constantine. C’est ce qu’il appelait « la liste de France » qu’il avait parfois bien du mal à boucler…

J’ai encore des difficultés à réaliser que vous n’êtes plus là Madjid et Zizou.

Votre amitié et votre générosité me manquent. Tous ces moments que nous avons partagés, heureux et tristes, en France et en Algérie restent dans mon cœur. Toute mon affection va à notre si chère Meriem.

Claire Le Scanff – Stora

Graphiste de presse

L’ami de tous

Par Mohamed Aggabou*

Il est toujours difficile de résumé la vie d’un homme en quelques ligne et c’est bien le cas

de feu Abdelmadjid Merdaci, Madjid pour les intimes, qu’il est impossible d’évoquer a travers la seule lucarne qui a fait sa célébrité tant ce grand homme s’est distingué par la diversité de ces activités intellectuelles et culturelles ainsi que par son intérêt et sa présence dans divers domaines ayant trait à l’histoire et à la culture nationale.

A Constantine, sa ville natale, où il a grandi, étudié et enseigné, Madjid a creusé dans les entrailles de la ville pour lui restaurer la plénitude de son riche passé et la hisser au véritable rang qu’elle mérite dans le concert des villes monuments. Et pour ce faire, il n’a négligé aucun aspect de ce qui fait l’apanage et la fierté de cette ville. Nous laisserons, d’ailleurs, le soin aux biographes de mettre en exergue les accomplissements de cet universitaire, historien, chercheur et homme de culture pour nous intéresser aussi à cette activité pour laquelle, il était un Fan et qui le sport, notamment, le football à Constantine à travers le Mouloudia (MOC) dont il était, tout comme moi, un membre actif dés son jeune âge en qualité de secrétaire adjoint de feu si Amar Menadi au sein du comité directeur du grand club constantinois.

Le club Mouloudia au passé prestigieux et cher à un de ses fondateurs en 1939 l’Imam Abdelhamid Benbadis. Ton club de cœur, n’a malheureusement pas résisté aux avatars d’une gestion anachronique pour se retrouver au bas de l’échelle du championnat amateur. Ta déception était grande par rapport à cette difficile situation, mais retenu de toi cette force de caractère en me disant que le MOC ne disparaitra pas, il renaitra de ses cendres, grâce à la conjugaison de nos efforts pour faire retrouver au Mouloudia la place qui sied à son statut de grand club en Algérie.

Adieu l’ami de Tous, l’ami infaillible, généreux à l’écoute de l’autre. Ta modestie reste un idéal.

Mohamed Aggabou  Journaliste

A jamais dans mes prières

Par Mustapha Abboud*

Le 17 septembre 2020 à l’aube et au moment où je consultais Facebook et Messenger, une nouvelle était tombée comme un couperet ! En effet, la fille de mon cousin m’avait informé du décès de cet ami, de ce frère qu’est Madjid Rabi Yerahmou avec qui j’avais partagé tant de choses.

Une sueur froide m’avait envahit et DIEU Seul sait que je n’arrivais pas à y croire. J’avais le cœur serré et j’étais resté éveillé jusqu’au lever du jour pour essayer de confirmer l’information malheureusement mes amis que j’avais rencontré m’avaient secoués tellement ils avaient remarqué que malgré leur présence, j’étais absent! Les souvenirs ne cessaient de défiler, d’abord les contacts permanents qui n’avaient jamais été interrompus. J’avais toujours éprouvé un sentiment de fierté car à chaque fois qu’il revenait d’Alger, il m’appelait en premier et on se rencontrait pour prendre un café au « Royal » – café emblématique sise au Coudiat- et aller au centre ville en déballant divers sujets c’était devenu presque un rituel. 

Les souvenirs défilaient encore, en me rappelant de son engagement régulier de vouloir aider le Mouloudia de Constantine – le MOC- qu’il chérissait tant et dont la situation était très critique et même si j’avais essayé de l’en dissuader, il refusait totalement d’en démordre. Nous avions été reçu par le wali de l’époque Abdessami’ Saïdoune -alors qu’il était en poste depuis seulement une semaine- après intervention du Professeur Yahia Guidoum Rabi Yerahmou, avec qui Madjid et moi avions l’habitude de passer les après-midi de l’aïd ainsi que feu Mostefa Hassani Rabi Yerahmou.

Le mal empirait pour moi en pensant à lui, à celui qui avait toujours été près de moi, surtout, lorsque mon état de santé s’était dégradé en m’aidant à partir à l’étranger pour mes soins. Son humanisme était débordant. Comment pourrais-je l’oublier ?

Il est toujours dans mes prières avec Zeineb, son adorable épouse, Rabi Yerhamha. Cette sœur qui avait pris le relais en m’appelant régulièrement pour avoir des nouvelles sur mon état de santé et en employant toujours les mêmes mots  » Mustapha si tu as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas ». Comment pourrais-je oublier cette grande dame d’une extrême gentillesse ? Tous les deux font partie intégrante de ma vie, dans mes prières.

Puisse DIEU Les couvrir de Sa miséricorde et Protéger leur fille Mériem que je considère comme « amana » pour moi.

Reposez en paix in chaa Allah

Votre frère Mustapha qui vous aimera toujours.

Mustapha Abboud

Ancien SG du MOC, Membre du bureau de l’Association WAHA : L’ami Abdelmadjid Merdaci

Par Mohamed Tarek Bentellis*

Abdelmadjid Merdaci était plus jeune que moi. Bien que tout nous unissait (et d’abord, notre lieu de naissance), nous aurions pu ne jamais nous rencontrer. Moi, parce que longtemps par monts et par vaux, me déplaçant beaucoup à l’intérieur du pays et à l’étranger, je résidais à Alger. Lui, parce que resté (et très épanoui) à Constantine, il était l’époux, le père, le sociologue, l’homme de lettres, l’enseignant, le chercheur, le journaliste, le fondateur de magazine que l’on connait (quelle énergie !).

Quoi qu’il en soit, nous aurions pu, au fil des ans, tout au plus nous croiser. Mais cela aurait été sans compter sur le dynamisme, l’ouverture d’esprit et la chaleur humaine de Abdelmadjid. Passionné par l’histoire de la ville de Constantine et par la guerre de libération nationale, il avait trouvé très naturel de me contacter un jour. Nous avions alors ainsi provoqué notre première rencontre. Un respect et une amitié nous ont depuis toujours liés.

Encore une fois, nous avions beaucoup en commun. Néanmoins, nous placions très au-dessus de tout trois essentiels : le Patriotisme, Constantine et…la Musique Andalouse. Abdelmadjid Merdaci, patriote portant l’Algérie dans son cœur, voulait tout savoir de cette période exceptionnelle qu’a été la guerre de libération et particulièrement du rôle qu’y joua le MALG.

Pour moi, cela a été une formidable occasion de présenter ce grand personnage à mes camarades de l’Association. A l’historien qu’il était, j’ai pu, avec d’autres, lui expliquer notre organisation sur nos stations de Tunisie ou du Maroc. Il était très curieux de ce que je savais précisément lui raconter : le fonctionnement de la base Didouche, en Lybie. Nos échanges sur le propos ont toujours été aussi riches que rigoureux.

Et puis, tous deux, nous connaissions Constantine. Moi, de fait, depuis plus longtemps que lui. Ces récits fourmillaient d’anecdotes sur cette Constantine d’aujourd’hui, quand moi je témoignais beaucoup de celle d’hier, celle qu’il n’avait pas ou peu vécu. Nous étions de ce point de vue très complémentaire. Mais je dois dire que nous n’étions jamais aussi complices, intarissables et joyeux qu’aux moments de l’évocation de notre passion commune : la musique. Oui, c’est la musique qui a celé notre amitié. Nous étions tous deux amateurs des trois écoles. Nous célébrions à notre manière le Haouzi de Tlemcen, la Sanaa d’Alger et bien entendu le Malouf de Constantine. Nous tenions à la protection de ce magnifique patrimoine, nous félicitant de savoir que des œuvres complètes avaient pu être sauvées et éditées par le Ministère de la Culture. Tout en sachant qu’il reste encore tant à faire pour ce merveilleux art que l’on estimait menacé.

Ecrire pour Abdelmadjid Merdaci, c’est pour moi la possibilité de manifester admiration et reconnaissance à cet homme aux multiples facettes, brillant, profond et sincère, constant et fidèle.

A l’auteur, au chercheur comme au mélomane, je dis merci l’Ami.

Mohamed Tarek Bentellis : Vice-président du MALG

Madjid ou le combat pour le cinéma algérien

Par Mohamed Abdelfadil Hazourli*

C’est souvent à la première rencontre que la connexion se tisse. Le nom suffisait pour vous donner une image de celui que j’ai eu le privilège de croiser sur le chemin de l’amitié. « MERDACI », une famille pas comme les autres, dont j’ai eu à apprécier les innombrables qualités intellectuelles et surtout humaines.

Le premier signe m’est venu d’une réflexion du premier des Merdaci, Noureddine, celui qui me gratifia du premier article de presse sur ma carrière de réalisateur, avec ce titre étincelant « L’étincelle nous est venue de Constantine ». Suite à la diffusion de mon premier long métrage « Essikhab » ou « le Collier » en direct de Constantine dans le cadre de l’émission Télé-Ciné-Club de Ahmed Bedjaoui, (soirée du 18 Avril 1974).

Trois années plus tard, une autre belle rencontre avec une autre belle plume, d’un autre MERDACI, journaliste, auteur et critique de cinéma avéré. Djamel Eddine, allait prolonger cette relation vers d’autres horizons dont je ne mesurais pas encore la portée. C’était un article réflexion sur « Hizya » le film, qui eut grâce en grande partie à Djamel Merdaci, les échos attendus. Bien que sur le plan amical je connaissais déjà MADJID qui était en fait plus proche de moi et de mon frère Djamel. Nous partagions tant d’ambitions, d’impulsions, qui allaient construire au-delà de notre solide amitié une relation animée par l’esprit créateur et prolifique d’une même famille que tout rapprochait, une alliance vouée à l’art et à la Culture. A chaque rencontre autour d’un bon café, Madjid me tirait vers le haut. Si j’étais toujours attiré par son éloquence, et l’élégance de ses propos, qui sans vous contrarier dans vos intentions, vous ramène à plus d’humilité et de modestie. C’est certainement là à mon avis, les qualités premières de l’auteur de « Constantine, Citadelle des vertiges ».

Lui qui n’a jamais égaré sa pondération dans les situations les plus complexes. Ce qui a fait de lui l’historien au regard lucide, objectif et éclairé sur des événements souvent controversés. Ce qui m’a le plus marqué c’était le jour où nous eûmes une longue discussion pour essayer de le convaincre à revenir à l’écriture de scénarios pour le cinéma. Il avait toutes les aptitudes et les facultés. Il le reconnaissait lui-même, « Hamma », comme il aimait m’appeler, a tant fait pour que je consacre une partie de mon temps, il était tellement productif, à l’écriture de scénarios ». Cela a finalement abouti, l’œuvre que j’attendais de lui, « Les couffins d’Alger ». Un scénario que nous devions réaliser avec le producteur Antarès Prod. Mais la bureaucratie et l’incompréhension de l’époque ont fait que ce film ne verra pas le jour. Cela ne découragea pas Madjid, qui en a vu d’autres. Sa passion pour le cinéma s’intensifie. Encouragé par cette expérience, qui loin d’être nouvelle pour l’auteur de sublimes ouvrages, sur l’histoire de Constantine, sur le mouvement national Algérien, sur la musique Algérienne, retrouva avec enthousiasme ses grandes aptitudes cinématographiques, qui viennent s’ajouter aux autres champs culturels et artistiques. 

Confidences 

Madjid l’universitaire, était mon invité à une émission matinale en direct de Constantine en compagnie de Amar Laskri pour débattre de cinéma et de musique. En plein direct je reçois un appel téléphonique d’une autorité de la ville, me signifiant que Madjid Merdaci doit quitter le plateau. Il y a eu une grève des étudiants de l’université de Constantine dont Madjid par conviction, n’était pas insensible. Je n’ai pas répondu à l’admonestation et j’ai continué mon direct avec Madjid au plateau jusqu’à la fin de l’émission. Sur le coup il n’en su rien, j’ai trouvé l’intervention du responsable grossière et déplacée. Ce n’est que plus tard que Madjid eu vent de cette altercation. Ce qui nous rapprocha davantage. 

Il y eu aussi sa position par rapport au film « Douleur » seule réalisation en 1975 sur les événements du 8 Mai 45 dont il en a apprécié la réalisation, qu’il défendit sur les plateaux de la télévision algérienne, en proposant sa rediffusion dans l’émission Ciné-thématique de Amir Nebbache, qu’il accompagna d’un riche débat sur les événements tragiques de l’après 2ème guerre mondiale.

Sans oublier son noble geste de reconnaissance, lors de l’anniversaire de l’émission « Cinérama » de Djamel Eddine, mon frère, pendant les années de terreur. Madjid Merdaci a tenu à être présent pour rendre hommage en direct à la radio de Constantine, à l’inlassable travail sur le Cinéma de Djamel Eddine. Voilà ce que le concepteur, réalisateur et animateur de Cinérama, Djamel Eddine Hazourli avait écrit à l’époque :

« C’était les années quatre-vingt-dix. Alors que je présentais Cinérama en direct sur la chaîne de la radio nationale à partir de Constantine, il m’arrivait de fêter les anniversaires de l’émission dans des conditions difficiles, pénibles. Le terrorisme et l’indifférence de la tutelle y étaient pour beaucoup. Un soir, je devais fêter la dixième année de Cinérama, je me souviens qu’on était trois en studio par une froide nuit de janvier, moi, mon ami régisseur- assistant Samir Benabderrahmane et le technicien du son.

Seuls dans toute la maison de la radio avec quelques friandises et quelques gâteaux pour partager avec nos auditeurs un moment de radio que je voulais joyeux malgré les drames et au moment de lancer l’émission la grande porte du studio s’ouvre et c’est Abdelmadjid Merdaci qui se présente souriant avec un thermos de thé et une tarte pour marquer avec nous l’événement et surtout, vous l’aurez compris, pour nous encourager à tenir, à résister et à continuer à raconter le cinéma à la radio.

Allah Yerahmek ya Madjid in chaa Allah fel jenna.», publication du 18 Septembre 2020 de Djamel Eddine Hazourli.

Les événements du 8 Mai 45

Madjid et moi avions fait le déplacement à Sétif pour projeter sur sa proposition aux organisateurs, le film « Douleur », pendant les journées commémoratives du 8 Mai 1945. 

Pour vous dire que le sociologue, l’historien, le musicologue, le scénariste, se manifestait généreusement à travers toutes les régions du pays, pour apporter sa précieuse contribution à l’histoire, surtout celle controversée et qui appelait à plus de clarté, plus de vérité.

C’est encore lui qui me proposa à son frère Djamel Eddine pour la réalisation de l’excellent scénario « Les intrus ». Madjid lui se lança dans l’écriture de l’original scénario « El achiq ». 

Notre complicité cinématographique allait en s’enrichissant. Son dernier scénario qu’il a transmis sur mon mail juste quelques mois avant de nous quitter. Il verra peut-être le jour avec « les Couffins d’Alger », en hommage à l’Homme auprès duquel j’ai beaucoup appris. 

ZINEB BENAZOUZ

Cet extraordinaire parcours aurait-il eu toute sa dimension, tout son éclat à travers tout une vie partagée avec celle qui a, sans aucun doute, été l’inspiratrice du génie de Madjid Merdaci. Un fabuleux couple. La discrète et valeureuse Zeineb Benazouz qui, après le départ de Madjid ne pouvait poursuivre le chemin douloureusement interrompu. 

MERIEM MERDACI est, certainement, la plus belle réussite du couple de légende ZEINEB et MADJID.

Rabi Yarhamkoum

Observations

Il y a tellement d’événements à raconter. Je n’en ai évoqué qu’une infime partie. Un riche portrait lui serait, certainement, consacré sous l’impulsion de Meriem et Djamel Eddine Merdaci. Réalisation qui serait confiée à des professionnels qui l’ont très bien connu, et qui étaient auprès de lui de son vivant.

Toute notre solidarité et notre attachement à la noble famille MERDACI.

Mohamed Abdelfadil Hazourli Réalisateur

A jamais dans nos mémoires et nos cœurs !

Par les frères Benazouz

Sadjid notre sœur, notre amie, notre confidente.

Celle qui était présente pour chaque membre de la famille et des amis. Celle qui ne comptait point pour aider les gens, pour nous soutenir dans les moments les plus difficiles, celles vers qui on se tournait pour un conseil professionnel ou bien l’orientation des enfants.

Notre enfance à Oued Zenati – Wilaya de Guelma- où notre grand-père Toumi Benazouz, s’y était installé dès la fin des années mille huit-cent, était empli de bonheur, de joie de vivre et où on est passé par des moments plus difficiles surtout pendant la guerre d’indépendance.

Notre père Mohamed Saddek connu sous le nom de « El Sayed » – le lion- était commissaire politique, membre du PPA (Parti du Peuple Algérien) et l’un des rares « rescapés de la ferme Ameziane » où il avait subi les pires tortures. Il adorait la lecture et avait toujours « Le Canard enchaîné » ainsi que des livres policiers sous la main, c’est peut-être de là que la passion de Sadjida pour la lecture et les polards est venue.

Notre mère Aïcha Baya et grand-mère Sassia, « Youma » comme on l’appelait, avaient veillé à nous élever dans les meilleures conditions, malgré les circonstances de la guerre d’indépendance et d’après-guerre. Elles avaient été sources de force, de respect, de bonté, de bienveillance pour nous tous et Sadjida avaient ces traits de caractères.

Elle a toujours été responsable de toute la famille surtout depuis notre retour vers Constantine, avec notre frère ainé Djamel. Elle était pionne au lycée Laveran – lycée El Houria actuellement à Constantine- en poursuivant ses études universitaires, d’abord à la Médersa en suite à l’université des frères Mentouri.

Avec le peu d’argent qu’elle gagnait, elle participait aux charges de la famille, aux études des plus jeunes de ses frères et sœur pour qui elle martelait que les études étaient plus importantes que tout le reste et a continué à le faire avec nos enfants et petits-enfants.

Elle a ensuite été enseignante, d’abord à l’école primaire Jules Ferri au centre-ville de Constantine, puis à l’Université des frères Mentouri, elle enseignait la démographie urbaine aux architectes, elle a aussi été au CURER (Centre universitaire de recherches d’études et de réalisations). Des générations d’étudiants ont été formé par notre sœur qui lui ont, d’ailleurs, rendu un vibrant hommage à l’annonce de son décès.

Au lycée, elle s’amusait avec ses camarades à composer des grilles de mots croisés, auxquels elle a continué à jouer jusqu’à ces derniers jours. Elle avait, même écrit des nouvelles à une certaine époque. Tant de choses qu’elle faisait mais sur lesquelles elle restait très discrète.

Elle brillait par sa sagesse et sa patience. Celle qui était le pilier de la famille est partie sur la pointe des pieds en laissant derrière elle un vide profond, de doux souvenirs.

Nos prières vont vers Sadjida qui nous rassemblait à chaque fois. Celle pour qui les liens de la famille comptaient plus que tout au monde.

Et que dire de notre beau-frère, frère et ami Abdelmadjid Merdaci. Celui vers qui nous nous tournions à chaque fois que nous avions des problèmes, des conseils à demander.

Il était un membre à part entière de notre famille, si bien qu’il arrivait que ce soit lui qui nous appelle juste pour prendre de nos nouvelles, pour savoir si les enfants ne manquaient de rien, s’il pouvait être utile dans telle ou telle circonstance.

Madjid a été une joie de vivre pour nous tous, qui nous accueillait à bras ouvert à chaque fois, surtout pour nos parties de cartes, les soirées musicales, les divers repas familiaux ou tout simplement parce que nous étions de passage. Il avait le verbe facile et une vanne ou blague pour chacun de nous.

Il était, d’abord l’ami de Djamel puis le mari de notre Sadjida, sans qu’il n’y ait de différences entre nous. Il était, ainsi, des meilleurs conseils pour l’orientation et le parcours scolaire et professionnel de tous les membres de la famille.

 Il n’hésitait pas à se déplacer et intervenir pour toute personne qui le sollicitait pour elle ou pour un de ses proches.

Celui qui était une personnalité de notoriété publique forcé pour nous l’admiration et le respect intellectuel. On apprenait tellement avec lui.

Celui qui avait formé des générations d’étudiants était pour nous une source de connaissances et d’apprentissage à chaque rencontre.

Celui qui avait une passion profonde pour Constantine, son patrimoine et ses traditions était pour nous un sauveur et gardien du temple.

Celui qui appelait Sadjida, « Benazouz » avait un immense respect pour la femme et défendait ses droits, si bien qu’il avait toujours la même appellation de « Lalla » pour la gent féminine. Madjid a su prendre soin de son épouse, de leur fille Mériem et quelque part de nous tous.

Tous les deux nous manquent terriblement et prions Dieu le tout Puissant de les Accueillir en Son vaste paradis.

Les frères Benazouz :

Djamel Mustapha, retraité du domaine des hydrocarbures

Mohamed, retraité du domaine de la cimenterie

Abdelouaheb, banquier à la retraite

Abdelghani, Directeur technique à la Radio régionale de Constantine

Comment t’oublier… ?

Par Noureddine Merdaci*

En ces jours de tristesse, pour le premier anniversaire de sa disparition, la famille Merdaci se réunit autour de la mémoire de notre frère Abdelmadjid enlevé à notre affection. Non, il ne s’est pas arrêté, le destin en a ainsi décidé un jour, du 17 septembre 2020, Madjid, avait alors plein des projets en tête. Un an, déjà, que Abdelmadjid Merdaci n’est plus. C’était hier, le temps passe si vite.

Une disparition qui a laissé une douleur indicible, persistante que le temps ne parvient pas à effacer. Plus qu’un frère, Madjid était un ami. Un ami cher avec lequel j’ai eu à parcourir les difficultés et les aspérités de la vie. Comment l’oublier, alors que son ombre est omniprésente dans une maison qu’il égaillait encore par sa pétulance quelques jours avant son décès aussi subit qu’inattendu. Cela a été pour nous, ses frères et sœurs, sa fille et son épouse – qui le rejoindra quelques mois plus tard (le 1er Mai 2021) auprès de l’Eternel – une épreuve difficile et stressante. Ça a été une période ardue pour notre famille qui pleurait encore la perte de notre grande sœur deux années plus tôt.

Sociologue, historien, musicologue, Madjid était un touche à tout insatiable, s’intéressant à tout, du combat libérateur de l’Algérie – dont il fut un témoin fécond et infatigable – à une ville millénaire, sa ville natale, dont il ne se lassait pas d’en conter le Rocher multimillénaire, ce Vieux Rocher qui porta le patrimoine des Merdaci depuis des générations. Quand le hasard nous réunissait à Constantine, il s’improvisait en guide pour un frère algérois qui y a perdu ses repères. On ne manquait pas de revenir à Rahbet Essouf, Sidi Djellis, cœurs du Vieux Rocher, faisant une halte sous les arcades du R’Sif, devant une vielle maison – coincée entre deux échoppes de dinandiers – ou notre défunte mère vit le jour aux premiers âges du XXe siècle en 1918, pour y saluer sa mémoire. En fait, Madjid consacra plusieurs ouvrages à Constantine, cette ville trois fois millénaire, aux Mille et Un nom.

Ses visites à Alger étaient à chaque foi pour nous une joie renouvelée d’autant qu’il arrive toujours avec une flopée de bouquins et revues outre ses derniers ouvrages. A Constantine, il se faisait un devoir de me faire connaître les nouvelles extensions de la ville (Boussouf, Zouaghi, Ali Mendjli) qui en font une ville gigantesque sans commune mesure avec le Constantine de mon enfance à Sidi Mabrouk et au Coudiat.

Mélomane invétéré et connaisseur de tous les arcanes des musiques et des musiciens de Constantine, il m’entraînait souvent avec lui au nouveau « Haut lieu » branchée des musiques de Constantine, le « Café Hawzi » à Boussouf où se rencontraient les vieux musiciens, rescapés des orchestres des regrettés Abdelmoumène Bentobbal et Hadj Mohamed Tahar Fergani. Des retrouvailles festives qui me replongeaient dans l’atmosphère des fondouk qui virent l’émergence des maîtres du malouf et du Zedjel constantinois tels les regrettés Kaddour Darsouni, Abdelkader Toumi ou Maamar Berrachi.

C’est tout ça qui me revient aujourd’hui à l’esprit au moment où je pense à Madjid parti pour un monde que l’on dit « meilleur ».

Que Dieu le reçoive en son Vaste Paradis et lui accorder sa Sainte Miséricorde. A Dieu nous appartenons, à Lui nous retournons.

Noureddine Merdaci

Retraité

Bribes de vie

Par Hocine Nia*

« J’avoue que j’ai vécu », aurait pu dire Madjid, en nous faisant un clin d’œil malicieux, avant de nous quitter, paraphrasant ainsi l’écrivain Pablo Neruda. Commençons par ces dures années de répression, qui ont vu, son emprisonnement en compagnie d’une pléiade de bannis de l’époque, parmi lesquels des berbéristes, des communistes, et même un archiviste, notre ami Abdelkrim Badjadja. Madjid, que le pouvoir d’antan, n’arrivait pas à mettre dans une case, fut taxé tout simplement d’anarchiste, alors qu’il n’était en fait, qu’un esprit libre, chantre de la liberté qu’il défendait stoïquement et avec passion. Quand Madjid avait une idée en tête, et qu’il jugeait juste, il fonçait, à tort ou à raison, mais il fonçait quand même, quitte à payer un lourd tribut.

Il avait deux qualités : la certitude d’avoir raison, et son obstination, même si les autres considéraient qu’il avait tort. C’est ainsi par exemple, et contre l’avis de ses amis, qu’il décida de participer à une course d’athlétisme de 800 mètres organisée par l’Académie (Direction de l’éducation nationale), et ce, sans aucune préparation. Le résultat ne s’est pas fait attendre et Madjid arriva le dernier, sous les applaudissements d’une foule de lycéens, dont Nadji Safir et moi-même, ses fidèles supporters. 

Madjid a été par ailleurs de tous les combats. C’est avec une inébranlable conviction, chevillée au corps, qu’il débattait, souvent avec passion, de divers sujets : Sociologie, histoire, politique, musique andalouse (souvent le malouf Constantinois).

Fidèle en amitié, mais intransigeant dans ses engagements, Madjid était loin d’être un Don Quichotte. Il avait parfois tort, mais souvent raison. Ses parents, ses amis l’accompagnaient, l’appréciaient, et étaient souvent ou presque à ses côtés.

C’était cela Madjid notre ami. Qu’il repose en paix.

Une dernière et affectueuse pensée à notre amie Zineb, sa compagne. Femme discrète, patiente, intelligente et sage. Une Grande Dame. Une grandeur sans faille, pour l’avoir accompagné, supporté, assumé, et partagé sa vie. Paix à son âme.

 Hocine Nia

Ex cadre de la Nation : Tout commença à Larabatache !!

Par Hocine Ziat*

Après les terribles années 1957 et 1958 (arrestation de mon père puis son expulsion vers la France), cette dernière année se caractérisa également par le saccage de notre maison familiale par les parachutistes à Bouharoun et, surtout, l’arrestation de Ali, mon frère aîné et sa « disparition » à l’âge de 18 ans sous les fourches caudines du premier REP (dirigé par le sinistre tortionnaire Pierre Sergent, devenu par la suite chef militaire de l’OAS). Dans ces circonstances nous pûmes être hébergés, ma mère, mon père, mes jeunes frères dans une petite pièce à la Casbah de Cherchell, alors que mes deux sœurs étaient réfugiées chez des amis et parents. Cette situation dura jusqu’à ce que mon père soit expulsé du pays par les autorités militaires. Et donc, en octobre, la famille s’installa à Maringo (Hadjout) où nous reprîmes notre scolarité au collège, mais de façon partielle vu la répression féroce subie par toute la population et en particulier notre famille. Au bout de quelques mois ce fut le départ vers la France pour plus de trois ans avec une scolarité normale mais en vivant dans le milieu des résistants de la Fédération de France. 

Cette introduction, résumée, explique l’état d’esprit dans lequel j’étais en 1963, à notre retour de France, et mon engagement immédiat dans le volontariat d’alphabétisation (cours donnés dans l’église de Belcourt, tenue par l’Abbé Scotto) et dans la mise en place des brigades de reboisement de Larbatache (Hamiz). Durant cette année 1963, j’ai travaillé de nuit au journal El Moudjahid. C’est tout naturellement ce que je relatais à Abdelmadjid Merdaci, rencontré dans les couloirs du lycée Émir Abdelkader où il cherchait la classe de première M3 qui était justement aussi la mienne. C’est ainsi que naquit une amitié indéfectible sur près de soixante ans.

Dès les premiers jours suivant notre rencontre, nous échafaudions un programme de travail à mener ensemble en élargissant les contacts que nous avions déjà et en sollicitant des partenaires : UNEA, la DGA (Fédération du Grand Alger du FLN), l’UGTA, la RSTA, la JFLN et l’UNFA, principalement dans le but de renforcer l’organisation de l’UNLCA (Union Nationale des Lycéens et Collégiens d’Algérie). Ainsi de nombreuses réunions et des assemblées générales se sont tenues dans tous les lycées du Grand Alger avec la participation de cadres du FLN (Boudjemaa), de la JFLN (Bennacer, Saadna), de l’UNEA (Zenine, Labidi) de l’UNFA (Arabdiou, Ghalia Ducos…). La constitution des brigades de volontariat fut plus rapide et nous ont rejoints des membres de toutes les organisations. Alors que je m’occupais des brigades en permanence, Madjid, lui, avait pris l’initiative de réaliser un documentaire avec Aziz Chouaki (tué par les terroristes en 1996) et Chevaldonne du ministère de l’Agriculture. Ce documentaire sur le reboisement passera sur les actualités algériennes et à la télévision pendant plusieurs mois.

L’existence des brigades de reboisement avait pris tant d’importance que Madjid montait souvent au synclinal de Larbatache pour participer aux travaux champêtres. Un certain nombre de délégations d’organisations de masse rendirent visite au site. Et le premier novembre 1964, ce fut la grande journée de volontariat national décrétée par le président Ben Bella avec un million de personnes déplacées sur le site de Larbatache.

En réalité, ce fut une véritable catastrophe avec quatre millions d’arbres perdus et une dégradation des travaux des brigades hebdomadaires; d’où la nécessité absolue de la grande diffusion du documentaire réalisé par Madjid qui précisait toutes les étapes de la plantation avec les précautions à prendre pour protéger les plants.

Après cette journée négative du premier novembre 1964, les brigades entreprirent patiemment le nettoyage du site en récupérant environ 2/100 des plants. Après trois mois d’efforts, le site reprenait vie. Cependant, le projet créait des problèmes au niveau du pouvoir et cela apparut évident le 2 février 1965 lors de la visite d’une grande délégation sur notre site de travail, dirigée par le Président Ben Bella et le ministre de la Défense Houari Boumediene.

Il y eut une séance d’explication entre le Président et les membres des brigades qui ont défendu leur méthode de travail alors que le Président soutenait que la journée de volontariat national avait du bon et devait être répétée. Nous lui répondions : « Oui, si le pays devient riche et peut jeter quatre millions de plants à chaque fois ». Boumediene hochait la tête pour approuver ce que nous disions. Les photos de cette journée existent et font preuve. Après ce deux février, Madjid était sur tous les fronts médiatiques et multipliait les réunions et les assemblées générales dans le but d’obtenir un consensus organisationnel. Cela se mit en place progressivement et, ironie de l’Histoire, nous étions en réunion de coordination avec la DGA, la JFLN et l’UNFA, le 18 juin pour finaliser un grand projet qui ne verra donc jamais le jour. Notre tandem de travail, renforcé par Abdennour Amara et Lotfi Maherzi veillait au 10, boulevard Amirouche lorsque les chars occupèrent le boulevard.

Hocine Ziat Universitaire, cadre d’entreprise retraité

Madjid : l’humanisme inégalable

Par Mourad Laib*

Très Cher frère Madjid, tu nous manque énormément, moi, la famille, les amis et toute la ville de Constantine.

Après ta disparition nous avons perdus en toi une encyclopédie et un humanisme inégalable. Notre rencontre s’est faite grâce à un grand artiste de la ville, Mohammed Hama, qui m’avait dit, à l’époque : « j’ai un ami à qui je voudrais te présenter, un sociologue, un anthropologue et historien et qui travaille sur les questions des musiques de la ville, il est intéressé et surtout très intéressant pour toi ». C’est à ton domicile, au mois de mai 1983, que nous avions fait connaissance et le courant est vite passé entre nous. Les rencontres se sont multipliées et vite cette relation est passée d’amitié à la fraternité.

Grâce à toi et chez toi j’ai rencontré beaucoup de personnalités, tous ceux qui passaient par la ville étaient invité à la maison qu’ils soient algériens ou étrangers, et ce qui m’intéressais le plus c’était vos échanges et discussions.

Ensemble et chez toi, avec les amis musiciens, nous avions chanté, dansé, mangé des plats que nous préparer la regretté ton épouse Zineb Benazouz dite Zizou, l’ange au grand cœur avec une chaleur humaine indescriptible et qui était la copine de tous.

Il y a tellement de choses à dire sur toi, ta bonté, tes qualités humaines, ton amour pour ta ville, les aventures partagées ensemble que je ne trouve pas les mots. Grâce à toi j’ai participé à plusieurs tables rondes et rencontres sur les questions du patrimoine musical et culturel dont la table ronde au tour du Hawaï organisée par l’URASC d’Oran (l’Unité de recherche en anthropologie sociale et culturelle), les journées sur le devenir de la Sanaa algéroise organisées par le CRASC d’Alger (Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle), la série les années algériennes, conçus par Benjamin Stora et diffusée par la chaine de télévision française Antenne 2, les journées sur la pensée de l’Emir Abdelkader organisées par le Musée National du Château de Pau en France ainsi que les journées d’études Histoire, littérature et pratiques musicales organisées par le CRIMIC de l’Université de la Sorbonne Paris 4. Ensemble avec la famille et chez toi nous avions monté l’hebdomadaire le Temps, une aventure agréable et en 2008 nous avions créé la maison d’édition « Champ libre » dont ta fille, ma petite sœur Meriem était Directrice et moi gérant une expérience aussi passionnante incomparable.

Quand je pense à tous les traitements de faveurs et à tous les privilèges que tu m’accordé en me demandant de relire les textes que tu produisais pour tes ouvrages ou pour la presse, j’éprouvais du respect pour toi et mon affection à ton égard grandissait. C’était un grand honneur pour moi, également, d’être associé, avec Zizou et Meriem, à la réalisation de ta thèse de doctorat sur la musique de Constantine qui n’était pas une tâche facile. En plus de la transcription des interviews que tu avais réalisé avec les maîtres de la musique de la ville de Constantine.

Quand je pense aux moments, aux événements qu’on a passé ensemble les bons comme les mauvais et partagé avec d’autres amis, je sens ta présence. Ton humanisme inégalable, ton amour pour les autres, toi qui te plié en quatre pour rendre service à tous ceux qui te sollicitaient, et moi en particulier surtout après ma maladie, avec ton, soutien moral, financier, notamment, en usant de tes relations et celles de ta fille Meriem ; sans tout cela je ne serais pas aujourd’hui ici en train d’écrire ces quelques mots.

Enfin pour nous tous, la famille, les amis et la ville de Constantine, tu n’es pas mort, tu es juste parti en voyage. Il restera de toi ce que tu as donné, amour pour tes proches et bonheur pour la ville de Constantine. Il restera de toi ce que tu as offert, un cœur plein d’énergie, un dévouement dans le travail et surtout une plume qui n’avait pas le temps de se reposer. Les textes pour la presse, les ouvrages, et les scénarios, pour les colloques ainsi que pour les interventions sur les plateaux de la télévision ou de la radio. Il restera de toi ce que tu as semé et germera en d’autres, éducation et transmission de savoir à tes étudiants, à tes proches et surtout à ta fille Meriem qui est sur tes traces. Pour tout cela tu étais une personne exceptionnelle.

Reposez en paix toi et ta compagne Zizou et que Dieu vous couvre par Sa miséricorde.

A la fin je termine mon modeste texte par un poème que tu aimais tant et tu me demandais souvent de te l’interpréter en ISTIKHBAR.

Mourad Laib Artiste musicien

Le défenseur de la culture Algérienne

Par les membres de l’Association culturelle et musicale Maqam de Constantine*

Si Abdelmadjid Merdaci a toujours été un défenseur de la culture Algérienne et constantinoise particulièrement. Il veillait à la préservation de notre patrimoine national, notamment, musical et se n’est pas pour rien qu’il y consacra sa thèse d’Etat, de nombreux ouvrages et articles de presse et d’émissions radiophoniques ou télévisuelles.

Il assistait, avec feu son épouse Zeineb Benazouz et leur fille Mériem, souvent aux évènements organisés par l’Association où il ne manquait pas de nous encourager et nous faire des remarques sur telle ou telle interprétation des morceaux, avec son sens avisé de mélomane averti.

L’apport de Si Abdelmadjid aux musiques citadines de Constantine est un lègue inestimable pour les jeunes générations, notamment, celle de notre association.

Puisses Dieu Accueillir, Si Abdelmadjid et sa compagne Zeineb en Son vaste Paradis.

Les membres de l’Association culturelle et musicale Maqam de Constantine

Souvenir de Zineb et Majid

Par Raihana Haddad*

Quand on entend la phrase « le destin est étrange » ou bien « la vie réserve des surprises », parfois on sourit, d’autres fois on pense que c’est de la philosophie, et pourtant…. .

Deux fillettes de l’école primaire de filles d’Oued Zenati, ma camarade Benazouz Zineb et moi même, étions en cours élémentaire 2ème année, en l’an 1956/1957. Zineb, sage fillette, à la tête ornée de tresses, et moi même, nous nous retrouvions donc sur les bancs de la même classe puis, à la fin du cycle primaire sans savoir quand, ni comment, ni même si cela allait se produire, nous allions nous rencontrer à nouveau. Vers 1967, lors de réunions qui ponctuaient, à l’époque, la vie des cités universitaires, assistant à ces réunions apparut Majid Merdaci, animant avec verve et dynamique, les débats sur la vie et l’organisation dans ce qui était appelé, à l’époque, CUBA, cité universitaire de Ben Aknoun.

La vie continuant son cours, chacun suivant son parcours universitaire et professionnel, la vie me fit à nouveau croiser le chemin de mes amis.

Ce fut lors du mariage de Yazid fils d’un ami commun, vers 2011, que je croisais Majid, qui me présenta, alors, son épouse. Et quelle surprise, son épouse était Zineb, avec laquelle les retrouvailles furent suivies d’autres rencontres heureuses de nos deux couples, parfois en compagnie de Mériem, le fruit de leur mariage. 

Et il en fut ainsi, jusqu’à ce que le destin nous sépare à nouveau en 2020.

Au revoir les amis.

Raihana Haddad Géologue à la retraite

Les fleurs les plus belles se fanent mais l’amour d’un être cher se prolonge éternellement

Par Des neveux et nièces de Abdelmadjid Merdaci

Voilà très cher oncle Tonton Madjid que ça va faire un an que tu nous as quitté, en laissant un grand vide derrière toi, il m’a fallu un énorme courage, pour prendre mon stylo et écrire ce qu’on ressent. Hélas, les mots ne sauraient exprimer notre peine et l’immense douleur depuis ton départ, cependant, les beaux souvenirs et les précieux moments qu’on a partagé avec toi et ton épouse la défunte Tata Zineb, notre cousine Meriem, notre défunte mère Yasmina, mes frères, mes sœurs et leurs enfants, resteront ancrés dans nos cœurs pour toujours.

Tu étais là et toujours présent pour chacun de nous, tu étais l’oncle, le père, le frère, l’ami, le confident, tu étais le repère pour tout le monde. Tu étais l’intellectuel indomptable sur les plateaux de télévision, tu étais un homme de plume et d’action, tu ne te lassais pas d’écrire, c’était ta raison de vivre, tu étais un grand penseur qui a marqué son temps, qui a laissé son empreinte à travers ses réflexions et ses écrits, ses ouvrages en sont d’ailleurs la grande preuve.

Tata Zineb ton épouse qui t’a rejoint sept mois plus tard par chagrin. C’était une femme d’une grande noblesse et sagesse, elle était très chaleureuse, tout le monde l’aimait et la respectait, elle t’accompagnait dans tout ce que tu projetais et elle le faisait avec amour.

Tous ces moments passés avec toi n’étaient que de beaux souvenirs gravés à jamais dans notre mémoire. En dehors de cela, Tonton Madjid imposait le respect à travers ces paroles remplis de bon sens et de réalisme, sa maturité, son style et même sa façon de s’exprimer, étaient un véritable exemple pour la plus part. Un monument du savoir et de la littérature à travers ses ouvrages, il donnait son point de vue sur un événement, un débat ou autre.

Sa ville Constantine était comme un second cœur pour lui, il éprouvait un amour indescriptible pour celle-ci qui l’a cité dans ses livres comme étant une des plus belles villes du monde… et Constantine lui rend hommage à travers de nombreuses lettres venant de personnes lui exprimant un amour mais aussi une reconnaissance.

Adieu Tonton,

Par Sandra Mounia Henouda*

Je viens te dire adieu, toi que j’aimais

Je viens te remettre à Dieu, à jamais

Rejoins tous ceux que nous avons aimés

Tous ceux qui nous ont déjà quittés

Tu es déjà parti, nous ne te verrons plus

Ton rire, ton sourire seront souvenirs

Nos cœurs pleurent l’inconsolable douleur

En déposant ces gerbes de fleurs

Désormais tu es parti à Dieu

Nos yeux te chercheront dans les cieux

Pour toujours tu seras dans nos cœurs

Aide-nous à ce que la joie demeure

La vie a décidé de ton départ

Et je dois te dire au revoir

Je t’ai aimé et je te remets à Dieu

Cette nouvelle absence, quelle violence

Quelle déchirure et blessure immense

Pourrais-je donner un sens à l’insensé ?

Pourrais-je un jour enfin l’accepter ?

Jamais plus rien ne sera comme avant

Depuis ton dernier souffle dans le vent

Merci pour tout cet amour partagé

Nous serons plus grands de t’avoir aimé

Merci pour tout l’amour en héritage

Ce chant nous te l’offrons en hommage

Adieu Tonton, ton visage restera gravé à jamais dans notre mémoire et notre cœur

La fratrie Henouda

Djafer, Universitaire

Karima, Radiologue

Feriel, Universitaire

Sandra Mounia, Secrétaire médicale

Chawki, Auteur autodidacte

Walid, Fonctionnaire

Chakib et Djihane Sabrine M’henni et Ounissi Alaa Eddine, petits neveux et petite nièce,

Elèves en secondaires

Tonton Madjid : cet exemple pour ses petits neveux

Par Ahmed Alaa Eddine Ounissi*

Notre très cher grand père, comme on l’appelait « Tonton Madjid » nous a quitté il y a de cela un an maintenant, c’est une réelle perte pour nous et pour moi personnellement, son petit neveu, car il était comme une source d’inspiration et d’apprentissage, ainsi qu’un centre de repère à chaque fois que je le croisais dans les anciens cartiers de Saint-Jean, il faisait le marché avec son épouse la défunte « Tata Zeineb ».

Il avait le même caractère et la même prestance de l’homme intellectuel, brave et sage d’esprit, il dégageait comme à son habitude la même joie de vivre, il chantonnait des petits passages de musique Malouf exprimant sa bonne humeur.

Tous ces moments passés avec lui n’étaient que de beaux souvenirs gravés à jamais dans ma mémoire. En dehors de cela, Tonton Madjid imposait le respect à travers ces paroles remplis de bon sens et de réalisme, sa maturité, son style et même se façon de s’exprimer, étaient un véritable exemple pour la plus part. Un moment du savoir et de la littérature à travers ses ouvrages, il donnait son point de vu sur un événement, un débat ou autre.

Sa ville Constantine était comme un second cœur pour lui, il éprouvait un amour indescriptible pour celle-ci qui l’a cité dans ses livres comme étant une des plus belles villes du monde… et Constantine lui rend hommage à travers de nombreuses lettres venant de personnes lui exprimant un amour mais aussi une reconnaissance.

Ounissi Ahmed Alaaeddine

Élève en secondaire

Aux deux anges de Constantine !

Par Tarek Ramoul*

A Tonton Madjid et Tata Sadjida, deux êtres exceptionnels que j’ai eu à connaître il y a quelques années de cela au Café riche lors d’événements culturels organisés par une association de Constantine et leur fille Mériem.

Tonton était toujours dynamique, souriant, prêt à aider, il avait un mot gentil pour chacun de nous et toujours une blague ou une anecdote à raconter.

C’était l’homme qui forçait le respect par ses connaissances, son statut d’intellectuel, ses analyses dans différents domaines, sa bonté, sa générosité.

Tata, plus discrète, plus réservée, était d’un calme inouïe et d’une vision de la vie des plus simples. 

Lorsqu’ils m’accueillir chez eux, c’était toujours avec cette chaleur humaine qu’il leur ait propres.

Mes prières vont vers ces deux personnes angéliques. Puisses Dieu les Accueillir en son vaste Paradis. 

Tarek Ramoul 

Artisan bijoutier

Madjid et Sadjida : le vide incommensurable

Par Badia Houria Benazouz*

Comment expliquer une douleur si profonde. Avec le temps tu confirme qu’elle fait partie de toi. On dit que le temps guérit le mal et ce dernier est grand dévastateur en parallèle avec les personnes extrêmement chères et irremplaçables qui nous ont été arraché subitement successivement. Vous allez me dire nous sommes des musulmans et je vous dirai je ne suis qu’un être humain.

Le grand frère de la famille Abdelmadjid Merdaci, le mari de ma sœur Zineb appelé Sadjida, ces deux inséparables qui sont partis en douceur, laissant un grand vide que rien ne peut combler. Leur présence, leur soutien, leur générosité, leur disponibilité, leur honnêteté, leur discrétion, leur simplicité … de grandes qualités, un combat permanent consacré au pays et à la famille, des valeurs très rares en ces temps sombres.

Ils nous marqueront à jamais. Ils n’ont laissé que du positif, le témoignage et la belle parole de tous ceux qui les ont connus ou croisés. Notre perte est grande.

Rabi Yerhamhoum w Rabi Yssabarna.

Badia Houria Benazouz

Directrice déléguée de Santé Publique

Adieu Tonton,

Par Sandra Mounia Henouda*

Je viens te dire adieu, toi que j’aimais

Je viens te remettre à Dieu, à jamais

Rejoins tous ceux que nous avons aimés

Tous ceux qui nous ont déjà quittés

Tu es déjà parti, nous ne te verrons plus

Ton rire, ton sourire seront souvenirs

Nos cœurs pleurent l’inconsolable douleur

En déposant ces gerbes de fleurs

Désormais tu es parti à Dieu

Nos yeux te chercheront dans les cieux

Pour toujours tu seras dans nos cœurs

Aide nous à ce que la joie demeure

La vie a décidé de ton départ

Et je dois te dire au revoir

Je t’ai aimé et je te remets à Dieu

Cette nouvelle absence, quelle violence

Quelle déchirure et blessure immense

Pourrais-je donner un sens à l’insensé ?

Pourrais-je un jour enfin l’accepter ?

Jamais plus rien ne sera comme avant

Depuis ton dernier souffle dans le vent

Merci pour tout cet amour partagé

Nous seront plus grands de t’avoir aimé

Merci pour tout l’amour en héritage

Ce chant nous te l’offrons en hommage

Adieu Tonton, ton visage restera gravé à jamais dans notre mémoire et notre cœur

Ta nièce Sandra Monia Henouda

Assistante médicale

Madjid et Sadjida : la générosité personnifiée

Par Sofia Amara Korba*

Mériem, quand tu m’as demandé d’écrire un hommage à Sadjida et Madjid je ne trouvais pas les mots pour décrire leurs tendresse, amour et surtout leurs présence auprès de nous ma mère et moi.

Madjid, Sadjida vous avez semé que bonheur, bonté et générosité. Votre présence chaleureuse donnait un sens à tous ceux qui vous ont connu. 

Pour tout ceci je te dis, Madjid merci beaucoup pour ta sollicitude et ton soutient, tu étais et tu resteras dans la rétine de notre mémoire. 

Sadjida, ma cousine maternelle, tu occupes une place à part entière dans mon cœur. Tu es parti, je ne te verrai plus, tu as marqué ma vie par ton amour, ta tendresse, ta gentillesse. Tu me disais toujours que j’étais ta deuxième fille, je t’aime énormément. Tu as laissé un vide immensément grand. 

Sadjida, Madjid reposez en paix. Je sais que vous avez quitté ce bas monde pour un monde meilleur.

Qu’Allah Soubhanou vous Accueille en Son vaste paradis.

Sofia Amara Korba

Assistante de direction