Ce 6 août 1945 restera pour l’éternité comme la plus grande hécatombe de l’histoire du pays des Samouraïs. Ce jour fatidique sonne le glas de l’empire du Soleil Levant. Il annonce ainsi le début, pour l’humanité, de l’ère atomique et celle de l’ascendance américaine sur le devenir du monde.

6 et 9 août 1945. Hiroshima et Nagashaki. Prémices d’une guerre froide à venir qui a commencé par un vent chaud. C’est ce que disent avoir ressenti les rescapés des explosions atomiques des deux villes martyres. Un vent chaud, brûlant, qui balaie tout sur son passage. Il est précédé d’une lueur insoutenable. Un éclair d’une blancheur aveuglante. Puis l’ascension vers les cieux d’une fumée mortifère. Le champignon maléfique.
Le docteur Shuntaro Hida, alors jeune médecin de 28 ans, affecté à l’hôpital militaire d’Hiroshima, témoigne : «A cet instant, un éclair éblouissant me frappa à la face et me transperça les yeux. Une chaleur violente s’abattit sur mon visage et mes bras. En un instant, je me retrouvai au sol, le visage dans les mains, essayant instinctivement de fuir au-dehors. Je pensais y trouver des flammes, mais je ne vis que le ciel bleu entre mes doigts. Les feuilles ne bougeaient pas d’un pouce. Je regardai alors en direction d’Hiroshima. Un grand cercle de feu flottait dans le ciel, un anneau gigantesque qui s’étendait au-dessus de la ville (…) C’était un énorme cyclone soufflant la poussière et le sable de la ville. Le délai de quelques secondes qui sépara l’éclair et le rayonnement thermique de l’irruption de ce raz-de-marée noir m’avait permis d’observer son aspect et son avancée».
En ce matin du lundi 6 août 1945, à 8H, rien n’augurait de l’imminence de cette catastrophe. La ville vaquait à ses occupations sous un ciel radieux, n’était-ce le vrombissement d’avions survolant la ville. Mais Hiroshima y était tellement habituée. Pourtant, l’un de ces avions allait changer le cours de l’histoire. Le sort d’Hiroshima était scellé dès le 21 juillet 1945 lorsque le président des Etats-Unis, Harry S. Truman, approuva le largage de bombes atomiques sur le Japon. Cinq jours plus tôt, le 16 juillet, dans le désert du Nouveau-Mexique, le premier essai de l’explosion d’une bombe atomique est une réussite. Trinity est son nom.
8H15. Les trois bombardiers B-29 volent à près de 10 000 mètres d’altitude au-dessus de la ville d’Hiroshima. «Little Boy», embarqué sur Enola Gay fait un saut dans l’inconnu qui dura 43 secondes. Elle explose à près de 500 mètres du centre. Ironie du sort, le point d’impact, le point zéro, est l’hôpital Shima…

La longue agonie
Little Boy a libéré une puissance équivalente à 12-15 kilotonnes TNT. Celle de Nagashaki, Fat Man, de 20 à 22 kt TNT. C’est comme si l’on avait bombardé ces deux villes avec l’équivalent de 15 000 tonnes d’explosif TNT pour la première et
22 000 tonnes pour la seconde. C’est dire toute la puissance cumulée et générée par la fission nucléaire… Toutefois, ces deux bombes restent bien «insignifiantes» comparativement à leur descendance, Castle Bravo avec ces 15 mégatonnes est l’essai nucléaire américain le plus puissant jamais effectué et Tsar Bomba,
50 mégatonnes, du côté des Soviétiques qui, en vérité, a une puissance théorique de 100 mégatonnes. L’ensemble des essais nucléaires réalisés de par le monde totalise 510 mégatonnes. L’équivalent de 34 000 bombes atomiques d’Hiroshima…
Les victimes de cette «première» nucléaire se compteront par dizaines, voire par centaines de milliers, sans qu’elles soient véritablement estimées. Pour Hiroshima, les chiffres les plus plausibles situent le nombre de morts entre 70 000 et 90 000 et autant de blessés et près de 40 000 morts et un peu moins de blessés à Nagasaki qui, si elle a droit à une bombe plus forte, la topographie des lieux et la présence de collines ont protégé de nombreux quartiers des effets dévastateurs de la déflagration.
Dans les deux cas, près de 70% des morts l’ont été à l’instant T. Pour les autres, l’agonie a duré, dans le meilleur des cas, 24 heures, dans le pire, deux semaines, en raison des effets des radiations.
De ces deux villes, il ne restera que des scènes de désolation. A Hiroshima, le photojournaliste Matsushige Yoshito, prendra le jour même, quelques instants après la déflagration et dans des conditions déplorables, cinq clichés mémorables, seuls témoins de ce qui s’est passé ce jour-là, vu d’en bas. Du ciel, c’est Necessary Evil, l’un des deux B-29 accompagnant Enola Gay, qui filmera pour l’éternité l’explosion de la bombe d’Hiroshima.

Et s’il n’y avait jamais eu de bombes atomiques ?
C’est la thèse, plus ou moins farfelue que développent certaines thèses «complotistes». On a eu droit au «mensonge de l’homme qui a marché sur la Lune», au «non, aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre» et tutti quanti… Voilà que depuis quelques années, avec l’avènement d’Internet, des sites énoncent le plus sérieusement du monde que les… bombes atomiques n’existent pas. Qu’elles n’ont jamais existé pour la simple raison qu’elles n’ont pas pu fonctionner ! On se demande alors ce qu’était l’opération Gerboise Bleue, dans le désert algérien, dans ce cas-là…ou ce qui s’est passé sur l’atoll de Bikini…
D’autres, plus circonspects, réfutent la thèse du bombardement nucléaire sur Hiroshima et Nagasaki, Trinity était loin d’être une réussite, et expliquent ce qui s’est passé dans ces deux villes par des bombardements par tapissage de bombes incendiaires. Leurs arguments ? Des photos d’archives qui montrent la persistance des édifices en dur, alors que toutes les habitations en bois, caractéristiques de la majorité des résidences nipponnes, avaient disparu. Le souffle et la puissance nucléaire étant supposés raser tout sur leur passage. Le choix des villes d’Hiroshima et de Nagasaki ne serait donc pas fortuit en raison, justement, de la prédominance de constructions en bois.
Autre élément qui conforterait un tant soit peu cette thèse, c’est la reconstruction dès 1948, soit trois ans après le drame, de l’hôpital Shima, au même endroit : l’hypocentre de l’explosion nucléaire. Quid des radiations ? Au début des années
50, on ne maîtrisait pas ou prou les incidences des radiations nucléaires. A ce propos aussi, on avance les statistiques de cancers solides et de leucémies chez les survivants de ces deux villes qui seraient loin d’être significatives… Les supputations et les hypothèses vont bon train. Internet pullule de théories, les unes plus fantaisistes que d’autres et, quoi qu’il en soit, les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, atomiques ou incendiaires, ont eu pour effet d’accélérer une course à l’armement atomique qui n’a pas fini de brandir le spectre d’une troisième guerre nucléaire.
Même si Obama, en se rendant à Hiroshima il y a trois ans, a fait en quelque sorte, acte de repentance, l’histoire côté américain considère toujours ce fait comme décisif dans la capitulation du Japon. Pourtant, ce dernier était «capitulable» à souhait depuis un moment. Il négociait même sa reddition. On y retrouve aussi une réponse pour l’affront subit à Pearl Harbor, trois ans plus tôt, mais surtout une mise en garde à l’adresse des Soviétiques, vainqueurs du nazisme et favoris des accords de Yalta. Ils rompront le pacte de neutralité le 9 août et entreront en guerre contre le Japon… Hiroshima, Nagasaki et bien d’autres villes martyres du Japon, ont fait les frais de la politique expansionniste et impérialiste américaine d’après-guerre. La machine néo-capitaliste était en marche…