Le ministre du Commerce est décédé jeudi soir à Paris alors qu’il s’y trouvait pour des soins. Sa dépouille a été rapatriée hier après-midi et sera inhumée aujourd’hui au cimetière de Chéraga.

Bakhti Belaïb luttait depuis de longs mois contre la maladie avec un courage exemplaire, mais son état de santé s’est brusquement aggravé l’obligeant à céder son portefeuille ministériel à son collègue de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, qui en assure l’intérim depuis le 18 janvier.

Selon des proches, il avait demandé à quitter ses fonctions, il y a une année, mais il y a été maintenu à la tête d’un département qu’il a toujours connu durant sa longue carrière de commis de l’Etat et où il a notamment exercé la responsabilité de sous-directeur puis de directeur central avant qu’il ne soit nommé ministre de septembre 1996 à décembre 1999. Et une seconde fois, depuis juillet 2015 en remplacement de Amara Benyounès. Bakhti Belaïb a rejoint le ministère du Commerce en 1982 lorsque ce dernier était dirigé par Abdelaziz Khellaf, une époque lointaine que beaucoup d’Algériens ne connaissent pas. Il a été contemporain des grands changements opérés dans le secteur et de son passage d’une activité totalement administrée par l’Etat vers celle gouvernée par la concurrence et la liberté des prix. Au début des années quatre-vingt-dix, il occupera la fonction de chargé d’études et de synthèse au ministère de la PME (novembre 1992 – avril 1994) avant de rejoindre la chefferie du gouvernement en tant que chargé de mission entre avril 1994 et septembre 1996. Une séquence durant laquelle il s’engagera politiquement au RND au sein duquel il figurera parmi les personnalités de premier plan et chargées des dossiers économiques de cette formation, à l’instar d’un Abdelkrim Harchaoui, l’ancien argentier du pays.
Durant cette période, tout le monde l’aura presque oublié, Bakhti Belaïb sera le directeur de campagne de l’ancien président de la République Liamine Zeroual en 1995 et s’affirmera parmi les acteurs qui auront contribué au triomphe électoral de ce dernier ainsi qu’à la restauration de la légalité institutionnelle mise entre parenthèses à l’issue de l’interruption du processus électoral, en janvier 1992, à la suite du raz-de marée islamiste de l’ex-FIS. Derrière sa personne un peu effacée selon certains, « davantage marquée économiquement que politiquement » – il a été aussi le premier responsable a avoir conduit la délégation algérienne lors du premier round de négociations en vue de l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en 1998 – se cache donc un personnage politique aux idées solides et au tempérament qui lui a valu de nombreuses divergences avec sa famille politique et son leader Ahmed Ouyahia avec lequel il n’était pas toujours d’accord. Le dernier accroc entre Bakhti Belaïb et les cadres du RND a concerné le dossier de l’importation du véhicule d’occasion pour lequel il semblait d’accord et dont il avait annoncé l’ouverture avant qu’il ne soit contredit, non sans véhémence, par le porte-parole du parti Seddik Chihab. Ce dernier avait déclaré, le 24 septembre dernier : « Celui qui a un problème se proclame le plus propre et accuse tous les autres d’être impliqués dans la corruption», allusion à une déclaration de Belaïb Bakhti, qui avait dénoncé les « pratiques maffieuses de certains «gros bonnets» de l’importation qui vont jusqu’à menacer des cadres de son département. «Il y a trop de trafic dans l’importation», avait-il lancé devant la presse.
Natif de Theniet El Had (Tissemsilt), le 22 août 1953, diplômé de l’Institut national de commerce (INC), promotion juin 1977, en sciences commerciales, Bakhti Belaïb a chaque fois conduit les affaires du ministère du Commerce dans des moments de crise. Durant les années quatre-vingt-dix quand la trésorerie du pays ne permettait pas d’acheter un bateau de blé, selon la formule célèbre de Ahmed Ouyahia, lorsque la chute des cours pétroliers a obligé le gouvernement dès la fin de l’année 2014 à revoir son commerce extérieur et réduire le niveau des importations ; déjà commencé par son prédécesseur Amara Benyounès.

 

Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection du consommateur et son environnement (APOCE)

« Bakhti Belaib était un bon ministre et s’est montré extrêmement réceptif au travail associatif de défense des intérêts du consommateur. C’est quelqu’un qui nous a toujours pris au sérieux et pris des décisions et des initiatives pour soutenir nos actions. C’est M. Belaib qui, sur instruction propre, nous a aidés à obtenir nos bureaux de wilayas.. Pour nous, comme je l’ai déclaré depuis la triste nouvelle de sa disparition, c’est une perte considérable. C’est un ministre qui a été à la hauteur de nos espoirs et de nos revendications. »