Par Feriel Nourine
Le pétrole affichait hier des prix qu’il n’avait plus atteints depuis le début mars dernier. En fin de journée, le Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier est passé à 47,81 dollars sur l’Inter Continental Exchange, gagnant 3,84% par rapport à la clôture de la veille.
A l’exemple de la référence européenne, le baril américain West Texas Intermediate (WTI) poursuivait sa remontée sur le New York Mercantile Exchange, et le prix pour sa livraison du même mois dépassait les 45 dollars (45,5), en hausse de 4,62%.
Ainsi donc, l’annonce de vaccins anti-Covid-19, et surtout les espoirs de campagnes de vaccination massives prochaines, continue à avoir un effet dopant sur le marché du brut. Faisant renouer l’espoir d’une remontée de la demande mondiale, le vaccin attendu redonne systématiquement de la consistance aux cours qu’il pousse à la hausse ininterrompue depuis plus de deux semaines. «Nous savons maintenant que nous serons en mesure de contrôler la Covid-19 et ce constat lève une énorme incertitude sur les marchés», a expliqué Bjarne Schieldrop, analyste de Seb.
«Bien que la demande mondiale de pétrole soit encore bien inférieure au niveau de 2019, la voie du prochain rebond est désormais claire pour tout le monde et les marchés financiers ajustent les prix en conséquence», a-t-il ajouté. Le marché évolue également à l’écoute des informations en provenance de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses partenaires (Opep+) dont le sommet prévu la semaine prochaine pourrait se solder par le maintien des coupes opérées actuellement par les membres de l’alliance. Cette piste est dans l’air depuis le mois dernier, lorsque les prix avaient de nouveau fortement chuté, et elle a été même évoquée la semaine dernière, lors de la réunion du Comité de suivi de l’Opep, ouvrant la voie à un ajustement de l’accord conclu en avril dernier. Celui-ci porte sur une réduction de 9,9 millions de barils par jour en mai et juin (prolongée sur juillet), qui est passée à 7,7 mbj en août et qui devrait descendre à 5,8 mbj à partir de janvier prochain jusqu’à avril 2022. Mais beaucoup d’observateurs de marché tablent désormais sur un report de trois à six mois, qui sera vraisemblablement acté à l’occasion du prochain sommet du cartel et de ses partenaires les 30 novembre et 1er décembre.
Hier, un autre événement est venu participer à la consolidation des gains du brut, à savoir l’annonce par le géant pétrolier Saudi Aramco d’une frappe des rebelles Houthis du Yémen sur son usine de Jeddah qui avait fait un «grand trou» dans le toit d’un réservoir de pétrole, déclenchant une explosion et un incendie qui a été rapidement éteint. Fleuron de l’économie saoudienne, Aramco revêt une importance capitale pour le premier exportateur mondial de brut. La société a été introduite à la Bourse de Ryad en décembre dernier et sa capitalisation boursière a un temps dépassé les 1 500 milliards de dollars. En septembre 2019, des attaques contre des installations d’Aramco dans l’est de l’Arabie saoudite avaient provoqué d’importants dégâts et réduit momentanément de moitié la production de pétrole du pays.