Immense espoir du prestigieux centre de formation lyonnais, Farès Bahlouli a signé il y a quelques jours en D3 ukrainienne. A 25 ans seulement. Son parcours l’a pourtant mené à Monaco et Lille sous l’œil protecteur de Luis Campos. Mais Bahlouli n’a jamais convaincu, victime d’un physique qui a fini par engloutir sa carrière. Retour sur une trajectoire qui donne des regrets.
«A cette époque à Lyon, il y avait deux joueurs au-dessus du lot chez les jeunes : Farès Bahlouli et Anthony Martial. Mais largement au-dessus. Je veux dire que c’était vraiment énorme. Techniquement très forts, les deux couvaient d’énormes promesses et puis…» Et puis, cette semaine, l’un a joué avec les Bleus face à l’Ukraine et au Kazakhstan, l’autre tente de relancer sa carrière en division 3 ukrainienne, au FC Metal Kharkiv. La confidence est signée Gérard Bonneau, ancien recruteur de jeunes pousses à l’OL. Il n’a pas oublié Bahlouli, «le meilleur de sa génération» avec Martial donc : «un jeune qui n’avait qu’un défaut peut-être : cette impatience d’arriver tout en haut comme beaucoup de jeunes de talent.»
Mais il avait beau avoir tout le talent du monde, ce qui lui vaut encore aujourd’hui l’admiration d’une immense communauté «bahlouliste», nostalgique de ses jeunes années lyonnaises, sur Twitter, l’ancien de Tola-Vologe n’arrivera jamais tout en haut. A 25 ans, sa carrière a plongé. Lyon, Monaco, Lille, le CV a de la gueule mais la réalité est moins flamboyante. Trois buts et une passe décisive chez les professionnels en 1361 minutes et 44 bouts de matches. Un gâchis monumental.

RÉGAL TECHNIQUE – NONCHALANCE ABSOLUE
«Ah ça, j’ai connu un paquet de joueurs comme lui, rembobine Philippe Bergeroo qui a coaché toutes les sélections chez les jeunes et Bahlouli en U18. Au départ, tout le monde en parlait comme un prodige mais il ne se bougeait pas. Il fallait tout le temps être derrière lui. Bahlouli, c’était la nonchalance absolue. Techniquement, c’était un régal mais il jouait pour lui, pas pour l’équipe. Tactiquement, je me suis toujours dit que je pouvais le récupérer. Mais il lui manquait de la rigueur.» En 2012, les Bleuets s’adjugent le tournoi de Limoges qui fait référence chez les U18. Bahlouli marque deux fois face à la Norvège et au Portugal. Mais Bergeroo n’en garde pas un grand souvenir : «Il m’a sauvé quelques matches mais il fait un tournoi catastrophique, complètement hors du collectif. Ces joueurs-là font illusion dans les catégories de jeunes mais explosent littéralement chez les professionnels. On peut très bien jouer au foot sans être un très bon joueur de foot.»

UN LOB DE 50 MÈTRES… EN CFA
Barré à Lyon par Bafétimbi Gomis et Jimmy Briand sous Rémi Garde, renvoyé en réserve sous Hubert Fournier, il quitte son club de toujours après seulement 193 minutes de jeu en Ligue 1 en trois saisons. Une misère. «J’étais un pur Gone. J’aurais aimé avoir ma chance à Lyon mais ça n’a pas été possible. On a peut-être un peu trop parlé de moi à un moment», analysera-t-il après son départ.
Voilà qui n’empêche pas le meilleur recruteur du monde, Luis Campos, de s’intéresser à son cas. Comme Anthony Martial avant lui, Bahlouli débarque à Monaco à 20 ans pour ce qui s’annonce alors comme le vrai début de sa carrière. Mais une pubalgie d’abord, un effectif qui déborde et une deuxième moitié de saison ratée, plombée par un niveau physique insuffisant, en décident autrement. Reste de son aventure monégasque un lob fantastique de 50 mètres contre… Mont-de-Marsan en CFA. Tout Bahlouli est là : capable d’éclair fantastique mais incapable de s’inscrire dans le long terme au plus haut niveau. «Je veux prouver à l’OL qu’ils ont fait une erreur et fermer quelques bouches», déclarait-il six mois après son arrivée à Monaco. Pari raté.

LE POIDS, SON ENNEMI INTIME
Monaco décide de le prêter un an au Standard Liège. Il y restera quatre mois sans disputer la moindre minute en Belgique. «Cela n’a pas marché comme prévu», confiera Leonardo Jardim, son coach dans la Principauté, dans un doux euphémisme. Le départ de Luis Campos à Lille, et l’arrivée de Marcelo Bielsa, grand admirateur du joueur, dans le Nord lui donnent une dernière chance en Ligue 1. Le LOSC, en plein renouveau, mise sur lui. Mais Bielsa ne sera qu’un feu de paille et Christophe Galtier ne compte pas vraiment sur lui. Dix-neuf bouts de matches et encore une expérience ratée. Bahlouli n’y arrive pas et n’y est, au fond, jamais vraiment arrivé. En 2017, il avait signé trois ans et demi au LOSC mais le contrat est rompu dès décembre 2019 alors qu’il n’est même plus aligné avec la réserve en National 2. Cette fois, Bahlouli et la L1, c’est fini.
En janvier, le SC Lyon, club de National 1, sent le bon filon. «Il est lyonnais, a du ballon, on a tenté un pari, se souvient le président Mohamed Tria. Au départ, comme il n’avait pas joué depuis un an, on lui donne six mois pour se retaper et perdre du poids. C’est un bon garçon, attentif, motivé. A ce moment-là, on se dit pourquoi pas.» Mais Bahlouli traîne depuis le début de sa carrière des problèmes de poids. A 19 ans, après seulement quelques apparitions chez les pros de l’OL, il file à Merano pour une cure qui le fait fondre de 8 kilos. A Monaco, les résultats des tests physiques sont sans équivoque : il affiche 18% de masse graisseuse contre 8% pour Falcao ou 4,8% pour Valère Germain. Sa carrière souffrira de ce problème récurrent.

IL A PERDU L’ENVIE DE SE FAIRE MAL
Tria continue : «On lui avait demandé de perdre une dizaine de kilos. Pour cela, on lui avait collé un coach sportif, Bob Tahri, qui ne le lâchait pas d’une semelle et dormait chez lui. Mais un jour Bob est venu me voir. Il avait surpris Farès qui se faisait cuire des steaks à deux heures du matin. Le lendemain, Bob abandonnait sa mission. Farès est un garçon adorable mais on lui avait demandé de perdre du poids et il en a pris. Il a perdu l’envie de se faire mal et dès qu’il fallait courir, ça posait problème.» Résultat, pas de contrat.
Le voilà désormais au FC Metal Kharkiv, dans l’anonymat des divisions amateurs ukrainiennes. «Si je viens ici, en Ukraine en D3, c’est pour reprendre du plaisir, revenir en forme et tout, c’est que j’y crois encore», confiait-il au journal L’Equipe mercredi. A 25 ans, sa carrière ressemble à un joyeux chaos. Mais Bahlouli n’a peut-être pas encore dit son dernier mot. n