Par Hakim Ould Mohamed
Dans une étude publiée, dimanche, les experts de la Banque mondiale ont conclu qu’un tiers de l’activité économique échappe aux radars des pouvoirs publics. La problématique de l’économie informelle, objet de ladite étude de l’institution de Bretton Woods, concerne de plus près l’Algérie, dont la part n’a cessé d’augmenter ces dernières années, mettant à rude épreuve les efforts du gouvernement dédiés à la régulation des activités commerciales et des marchés des biens alimentaires et non alimentaires. Selon l’étude de la Banque mondiale, l’économie informelle en Algérie a représenté environ 30% de la production domestique des biens et services entre 2010 et 2018, atteignant ainsi les niveaux observés durant la décennie 1990-1999. «La prédominance de cette économie de l’ombre réduit la capacité des pays à mobiliser les ressources budgétaires nécessaires pour stimuler l’activité économique en période de crise, mener des politiques macroéconomiques efficaces et constituer le capital humain indispensable au développement à long terme», écrit la Banque mondiale dans son rapport. Dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), l’Algérie est classée parmi les pays où la part de l’économie informelle dans la production des biens et services est remarquablement élevée. Selon cette étude, le secteur informel représente plus de 70 % de l’emploi total dans les économies émergentes et en développement et contribue à pratiquement un tiers du PIB. La même étude souligne que dans les économies marquées par une forte informalité, les gouvernements disposent de moyens plus limités qu’ailleurs pour combattre les récessions profondes et soutenir la relance. Dans les pays émergents et en développement où le degré d’informalité est supérieur à la moyenne, les recettes publiques ressortent autour de 20 % du PIB, soit cinq à douze points de pourcentage en dessous du niveau atteint dans les autres pays du même groupe. «Les dépenses publiques sont elles aussi nettement inférieures, jusqu’à 10 points de pourcentage du PIB. De même, l’aptitude des banques centrales à soutenir l’économie est limitée par le caractère embryonnaire des systèmes financiers, typique d’une informalité omniprésente», lit-on dans le même rapport de l’Institution de Bretton Woods. Celle-ci souligne que « les travailleurs informels sont majoritairement des femmes et des jeunes peu qualifiés». Cette conclusion s’applique sur le cas de l’Algérie, dont la part des jeunes sans qualification dans la structure des personnes sans emploi. La tranche des jeunes au chômage et sans qualification représente un peu plus de 20% dans la structure des personnes sans emplois en Algérie, lit-on dans le rapport de la Banque mondiale. «En pleine crise de la COVID-19, ils sont souvent laissés pour compte, sans guère de possibilité de bénéficier d’une protection sociale lorsqu’ils perdent leur travail ou qu’ils subissent de lourdes pertes de revenu», souligne Mari Pangestu, directrice générale de la Banque mondiale pour les politiques de développement et les partenariats. «La prévalence de l’économie informelle sape les mesures visant à ralentir la propagation du coronavirus et relancer la croissance. Faute de pouvoir accéder à une protection sociale, de nombreux acteurs du secteur informel n’ont eu ni les moyens de rester chez eux ni la possibilité de respecter les règles de distanciation sociale. Dans les économies émergentes et en développement, les entreprises informelles représentent 72 % des prestataires de services», soutient la même étude. Selon le rapport, l’étendue du secteur informel dans les économies émergentes et en développement varie selon les régions et les pays. C’est en Afrique subsaharienne qu’elle est la plus marquée (en pourcentage du PIB), avec un taux de 36% — contrairement à la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui affiche le taux le plus faible, à 22%. Ainsi, l’Algérie se trouve au-dessus de la moyenne régionale en matière de l’ampleur du secteur informel, puisque sa part est évaluée à environ 30% dans la production domestique des biens et services.