Comme à son habitude, Ahmed Ouyahia a fait de sa sortie en tant que Premier ministre, l’occasion de remettre les pendules à l’heure concernant certaines questions qui relèvent du domaine politique et partisan. Intervenant quelques jours après la visite de terrain du président de la République

, Abdelaziz Bouteflika, la question de l’éventuelle candidature du chef de l’Etat pour un cinquième mandat s’est imposée. Lors d’une conférence de presse animée, hier, au Centre international des conférences (CIC), Abdelatif Rehal (Alger), le Premier ministre a appelé les auteurs de ce qu’il qualifie de spéculations à laisser Bouteflika exercer ses fonctions. « Vous voulez coûte que coûte faire du président un candidat.
J’attire votre attention qu’il entamera la cinquième année du quatrième mandat le 17 avril », a réagi Ahmed Ouyahia. Et de lâcher : « Laissez-le (Bouteflika) présider le pays. Nous avons besoin d’un guide au gouvernement ». Pour le Premier ministre, la visite du président de la République dans la capitale la semaine dernière pour effectuer des inaugurations ne laisse plus de place au doute qu’il est bel et bien celui qui dirige le pays et suit de près les affaires. C’était « l’occasion pour le peuple algérien de voir son président et l’image ne ment pas », a soutenu Ahmed Ouyahia, regrettant au passage « les spéculations » sur la longue absence de Bouteflika. A ce sujet, il dit ne pas comprendre certains qui « lorsque le président sort, ils ne trouvent pas mieux que de parler d’une visite d’adieux ».
Toujours à propos de l’éventualité d’un autre mandat présidentiel de Bouteflika, sollicité déjà par le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, le conférencier qui semble emprunter sa casquette de chef du RND, affiche son soutien en des mots qui ne laissent pas de place au doute. « On ne peut être que fier si le président de la République décidait de poursuivre, se représenter à un nouveau mandat », a-t-il déclaré. Mais, sans apporter un soutien franc à la proposition de son frère-ennemi le FLN. D’ailleurs, comme il a l’habitude de le faire, Ouyahia nie l’existence de tout différend avec le patron de l’ex-parti unique. « Avec Djamel Ould Abbès, nous sommes amis dans la vie publique et partenaires en politique, nous ne sommes pas en concurrence, on est complémentaire », s’est-il contenté de répondre par rapport aux sorties médiatiques controversées du SG du FLN.

« J’y suis, j’y reste » !

Hier, Ahmed Ouyahia s’est présenté en homme conforté dans son poste et ses fonctions, démentant ainsi toutes les rumeurs et pronostics sur son éjection sur fond de différend avec la présidence de la République. Le dernier remaniement en la preuve puisqu’il a été maintenu. « Le Premier ministre est nommé par le Président de la République et lorsque les choses ne marchent pas, le Président a une solution toute simple, à savoir mettre fin aux fonctions du Premier ministre ». Par ce rappel, le conférencier a, à la fois voulu faire comprendre qu’il jouissait toujours de la confiance de Bouteflika et qu’il n’existe aucun conflit entre lui et le chef de l’Etat. À ses adversaires parmi ceux qui avaient souhaité son départ, il n’aura pas mâché ses mots, déclarant que « celui qui avait d’autres rêves a été bien surpris ». Une précision qui sonne comme un j’y suis j’y reste d’un homme sûr de lui et qui n’a pas peur de son avenir à la tête de l’Exécutif. C’est ce qu’on appelle la méthode Ouyahia !
Le Premier ministre interrogé sur l’utilité du dernier remaniement de son gouvernement, expliquera que ce changement « a permis au président Bouteflika de remédier à la situation qu’il a jugé nécessaire de traiter au niveau de quatre secteurs et il est venu, tel un sifflet d’arbitre, mettre fin aux supputations ».
Il soutiendra au passage « le grand travail accompli » par les ministres de la Santé et de l’Education, Mokhtar Hasbellaoui et Mme Nouria Benghebrit, que des observateurs annonçaient comme partants du gouvernement à cause des perturbations qu’ont connues leurs départements respectifs.
Mais, ces critiques, Ouyahia les mettra sur le compte de l’approche de la présidentielle. « L’Algérie vit une année ‘’chaude’’ en prévision de cette élection et c’est normal d’avoir des commentaires », a-t-il analysé, ajoutant toutefois que « notre rôle est d’accomplir le devoir et de respecter les voix de l’opposition et des partis pro-gouvernement ».