En temps normal, un tel appel serait passé inaperçu, mais qu’il intervienne dans une conjoncture où le partenariat public-privé signé entre le gouvernement et ses partenaires économiques et sociaux fait face à de virulentes critiques, cela prête à beaucoup d’interrogations.

Le Front de libération nationale (FLN) a appelé «toutes les forces politiques, les partenaires économiques et sociaux ainsi que toutes les composantes de la société civile à adhérer au processus de réformes économiques nationales et à participer activement, chacun dans sa position, à sa réussite pour assurer le développement et la prospérité du pays». Dans un document intitulé «Appel de M’sila», rendu public hier, l’ex-parti unique a exprimé sa «profonde confiance quant aux décisions souveraines prises par le président de la République, le moudjahid Abdelaziz Bouteflika, sur le plan économique, en adoptant le nouveau modèle de croissance qui garantit les principes de solidarité nationale et de justice sociale, en plus du projet de diversification économique à l’horizon de 2030».
Vu la polémique déclenchée dernièrement autour du PPP et «la tripartite parallèle» organisée par le FLN pour exprimer son «véto» quant à la privatisation des entreprises publiques et le recadrage du président Abdelaziz Bouteflika à son Premier ministre, lui intimant l’ordre de subordonner toute décision dans ce sens à son accord préalable, «l’Appel de M’sila» ne peut pas être une simple lettre de soutien au chef de l’Etat. Bien au contraire, tout porte à croire qu’il y a volonté de promouvoir une politique économique au détriment d’une autre. Le nouveau modèle de croissance économique lancé à l’époque du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en juin 2016 lors de la 19e tripartite, longtemps oublié, refait surface comme par magie, pour faire de l’ombre au projet d’Ahmed Ouyahia qui prône la privatisation à travers le PPP. Le tout, empreint d’un parfum de «lutte fratricide» en prévision de l’élection présidentielle de 2019. Quoi qu’il affirme soutenir le chef de l’Exécutif dans l’application du programme du président de la République, le FLN ne peut, semble-t-il, pas rester les bras croisés pendant qu’Ouyahia, néanmoins secrétaire général du RND, balise le terrain pour sa politique.
Tout en rappelant avoir organisé, il y a quelques semaines, une réunion de consultations avec l’UGTA, le président du FCE et les chefs d’entreprises et d’organisations patronales, «pour réaffirmer l’attachement de l’Etat au secteur public, richesse des nouvelles générations, et saluer le partenariat public-privé», le FLN réitère, à travers son appel, «son soutien indéfectible et inconditionnel à toutes les décisions que prend le président de la République pour concrétiser son projet de développement prometteur et gagner le pari de la construction d’une économie diversifiée, créatrice de richesse et de postes de travail et garantissant une vie digne à toutes les catégories du peuple».
Le premier parti du pouvoir dit «croire en la vision juste» du chef de l’Etat lorsqu’il a procédé au règlement de la dette extérieure de l’Algérie, ce qui a permis au pays, ajoute-t-il, de retrouver sa souveraineté sur la décision politique et économique, et lancer un vaste programme de développement. Il citera, dans ce sens, «les réalisations sur les plans économique, social et culturel et autres infrastructures éducatives, universitaires, des logements, des hôpitaux, des réseaux routiers et d’alimentation en gaz, en électricité, en assainissement et en eau potable». Et de rappeler, par la même occasion, la mobilisation de ses élus au niveau de l’Assemblée populaire nationale (APN), au Sénat, dans les APW et les APC, «afin de réussir le nouveau modèle de croissance et le projet de diversification économique».
En tout état de cause, «l’Appel de M’sila» porte tellement de messages qu’il ne doit pas être expliqué à sa simple portée de document de soutien au président Abdelaziz Bouteflika. A une année et demie de la présidentielle, tous les gestes politiques, même entre les partis du pouvoir ont bien des visées. Pour ce document, les jours à venir et l’écho qu’il suscitera chez la classe politique, les acteurs économiques et ceux de la société civile, donneront plus de pistes d’analyse.