Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, inaugurera aujourd’hui, à l’occasion d’une courte visite dans la capitale, la nouvelle station de métro de la place des Martyrs et la  mosquée Ketchoua restaurée depuis quelques mois.

Hier durant la journée, les autorités locales de la wilaya d’Alger finalisaient les dernières retouches pour une meilleure organisation de cette sortie très attendue et annoncée par plusieurs médias en fin de semaine dernière. Du côté officiel, rien n’a filtré. Mais, des sources bien informées affirment qu’il s’agit bel et bien d’un déplacement du chef de l’Etat. M. Bouteflika se rendrait même après les deux points (Station de la place des Martyrs et la  mosquée Ketchoua), par métro dans la station de Ain Naâdja, où les travaux d’embellissement se poursuivait jusqu’à hier dans la matinée. Il s’agit, certes, de la première sortie de terrain du président depuis les élections locales de novembre 2017. Mais, sa symbolique est d’une importance capitale dans le sens où elle intervient au moment où le débat sur l’éventualité de sa candidature pour un autre mandat à la magistrature suprême bat son plein.
Samedi dernier, c’est Djamel Ould Abbès, secrétaire général du FLN, dont « le président » n’est autre que le chef de l’Etat, qui donna le la en appelant Bouteflika à « poursuivre son œuvre entamée depuis 1999 ». Lors d’une rencontre avec les cadres du parti, Ould Abbès a assuré « refléter la volonté des 700 000 militants du FLN », promettant de saisir le chef de l’État très prochainement. Mais, non sans omettre que « le dernier mot revient à Abdelaziz Bouteflika ». Avec cet appel, il n’y a presque plus de doute sur la candidature de l’actuel président pour un cinquième mandat. Comment ne pas y croire, lorsqu’on sait que c’est ce même Ould Abbès en personne qui, il y a quelques semaines, interdisait à tous les militants d’aborder la question du 5e mandat. Des cadres ont même été sanctionnés pour avoir lancé des initiatives dans ce sens, à l’image de l’influant Baha Eddine Tliba, député d’Annaba qui avait lancé « une coordination de soutien à Bouteflika » et qui serait constituée de plusieurs actuels et anciens ministres.
Après tout ça, le SG du FLN se serait-il aventuré seul dans cette démarche qui relève de la volonté personnelle du président ? Difficile d’admettre qu’Ould Abbès n’aurait pas été actionné pour lancer « la machine » et déclarer le début de ce qui semble être une « précampagne » pour un autre mandat présidentiel. « La présence du ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel et du conseiller de Bouteflika, Benamar Zerhouni à ses côtés, deux des plus ‘’fidèles’’, dénote d’un feu vert accordé d’en haut », soutiennent des observateurs avertis. La déclaration de Djamel Ould Abbès est, au fait, une suite logique du travail lancé il y a plusieurs semaines portant sur « un bilan des réalisations du président depuis 1999 ». Un document qui servira d’appui à cette candidature qui, bien évidemment, reste tributaire d’un « oui » de Bouteflika.

Est-ce le début de la « course au pouvoir » ?
La sortie du président Bouteflika aujourd’hui, intervenant après l’appel du FLN, est un événement marquant dans la course à la présidentielle 2019. Désormais, les partis politiques et éventuels candidats à cette échéance devront faire avec ce rebondissement. La scène politique restée, jusque-là, attentive à une annonce du président, devra connaitre une toute autre dynamique. Certains vont renoncer carrément à se présenter, tandis que d’autres y verront un sérieux début de la compétition. Par sa sortie, Bouteflika impose un tournant à 180° dans le débat politique et une accélération de « la course au pouvoir », comme il l’avait souligné dans son message à l’occasion de la Journée de la victoire. Même sans faire la moindre déclaration aujourd’hui, le chef de l’Etat enverra par sa sortie de terrain des messages à ceux qui ne cessent de faire de « la vacance du pouvoir » et de « son incapacité » à gérer les affaires du pays leur cheval de bataille à l’occasion de discours prononcés dans des activités organisées en interne. Dès aujourd’hui, la classe politique restera sans doute attentive à l’agenda de Bouteflika. Le moindre de ses gestes sera immédiatement interprété comme faisant partie d’une précampagne. Et c’est de bons augures, faut-il le reconnaitre. A voir la morosité de l’activité politique et de la scène, à une année de l’élection présidentielle, l’on dirait que nos partis politiques ne sont pas nés pour arriver au pouvoir mais pour juste combler un vide et avoir quelques sièges au sein des assemblées élues.