Par Sihem Bounabi
Le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo) a relancé son appel pour l’accès en pharmacie de ville aux médicaments d’oncologie utilisés hors hospitalisation, destinés aux traitements des malades atteints de cancer. Le président du Snapo Dr Messaoud Belambri souligne, à ce sujet, que «lors d’une récente journée sur l’oncologie ambulatoire, organisée à Médéa, en présence notamment d’oncologues et de spécialistes, on a identifié au moins 15 produits pharmaceutiques et médicaments qui peuvent être servis au niveau des officines pour les malades cancéreux traités, notamment en ambulatoire».
Il rappelle que pour la plupart des cancéreux, les traitements sont dispensés aujourd’hui dans les structures hospitalières qui sont approvisionnées par la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) dont la tutelle est le ministère de la Santé. La PCH procède à des appels d’offres ou à l’importation directe où les laboratoires qui existent en Algérie s’approvisionnent en gammes de produits spécifiques et hospitaliers. Toutefois, le président du Snapo explique qu’aujourd’hui, le constat est qu’«il y a une catégorie de malades qui sont d’abord soignés au niveau des hôpitaux et, ensuite, ils sortent de l’hôpital pour une prise en charge continue en ambulatoire, c’est-à-dire en milieu extra hospitalier». Il indique que «ces malades sont donc contraints de revenir périodiquement, soit en moyenne une fois par mois ou tous les trois mois pour avoir leurs médicaments au niveau de l’hôpital». Dr Messaoud Belambri estime que cette forme de prise en charge «doit changer». Argumentant que «ce n’est pas normal qu’un malade qui n’est pas hospitalisé est contraint de se déplacer à l’hôpital pour avoir ses médicaments qui sont vitaux». Il affirme que cela fait plus de vingt ans que le Snapo demande que ces produits destinés aux malades cancéreux, qui se soignent en ambulatoire, soient mis en place au niveau des officines.
«Ce sera une charge en moins pour les hôpitaux et une énorme contrainte de moins pour les malades qui sont contraints parfois d’effectuer des dizaines et même des centaines de kilomètres pour une simple boîte de médicaments», estime-t-il.
Le président du Snapo rappelle de nombreux témoignages de médecins spécialistes, lors des récentes journées d’études organisées par le Snapo, à Médéa, mais également à Oran, où des conférences ont été consacrées à cette problématique. Il relate à ce sujet que «les oncologues assurent que les malades cancéreux nous interpellent toujours sur cette situation et ne comprennent pas pourquoi ils sont obligés de subir le calvaire du déplacement sur de longues distances chaque mois à l’hôpital pour avoir accès à une simple boîte de médicaments». Enchaînant que «les cancéreux traités en ambulatoire ne comprennent pas pourquoi ils sont obligés de subir ce parcours contraignant qui ajoute à leur souffrance, alors que ces médicaments peuvent être tout simplement disponibles en officine comme cela se fait dans la majorité des pays». Il ajoute que les avantages d’une telle démarche contribuerait à la proximité des traitements du lieu de résidence des malades et à garantir, à travers la disponibilité des médicaments au niveau des officines, le suivi du traitement prescrit par le médecin». Concernant la production nationale de médicaments destinés au traitement des cancéreux, il déclare que lors de la journée d’études consacrée à la production nationale, organisé récemment à Oran, trois laboratoires, en l’occurrence Saidal, Biopharm et Frater-Razes ont communiqué sur les nouveaux projets et lignes de production de bioéquivalence lancés, soit par leurs propres moyens ou bien dans le cadre de partenariat avec des laboratoires étrangers qui entre dans le cadre de la continuité du développement de la diversification de la production nationale. Il commente ainsi que «c’est bien d’avoir 70 % de la demande nationale assurée par la production nationale, mais il est temps de s’orienter vers les médicaments innovants comme les biomédicaments et les formes injectables destinées aux cancéreux».
Dr Messaoud Belambri souligne, dans ce sillage, que certains projets seront concrétisés d’ici la fin de l’année et d’autres d’ici un ou deux ans. Expliquant qu’«il y a un transfert de technologie et de savoir-faire qui doit accompagner la mise en place de ces nouvelles technologies de productions de médicament». Assurant être «optimiste quant à une production locale de médicaments anticancéreux innovants».

Attribution cette semaine des appels d’offres de la PCH
Par ailleurs, concernant la situation des cancéreux traités en milieu hospitalier et qui ont subi, ces derniers temps, une véritable souffrance face à la détresse des multiples ruptures et perturbations de la disponibilité des traitements anticancéreux au niveau des structures hospitalières, l’inspectrice générale du ministère de l’Industrie pharmaceutique, Ouiza Adjadj, a annoncé, sur les ondes de la Chaîne I de la Radio algérienne, qu’il a été procédé au lancement d’appels d’offres pour la fourniture de médicaments anticancéreux destinés aux hôpitaux, ajoutant que leur attribution se fera dans «les prochains jours».
Pour rappel, face aux nombreuses polémiques au sujet des multiples ruptures des traitements destinés aux cancéreux, dont notamment les enfants, avec de lourdes conséquences sur le protocole thérapeutique, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, avait affirmé au mois d’avril passé l’attribution immédiate des programmes d’importation et des autorisations spécifiques aux médicaments anticancéreux à travers un couloir vert mis en place par le ministère, pour l’approvisionnement de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH).
Le ministre avait également souligné que l’enregistrement des médicaments biosimilaires et génériques par l’ANPP «permet une diversification et une sécurisation des sources de financement à même de renforcer la disponibilité de ces médicaments, ainsi qu’une baisse importante des prix dans le cadre des appels d’offres de la PCH».
Lotfi Benbahmed avait également souligné «la nécessité du suivi continu de la disponibilité et la traçabilité du circuit de ces produits, ce qui permet une meilleure couverture et prise en charge des patients cancéreux». <