PAR NAZIM BRAHIMI
Le Conseil d’Etat se penchera, aujourd’hui jeudi, sur le sort de l’association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) dissoute depuis octobre 2021 suite à une décision du tribunal administratif d’Alger après la requête déposée par le ministère de l’Intérieur le 23 mai 2021. L’examen par le Conseil d’Etat du dossier de RAJ intervient suite à l’appel introduit par les avocats de l’association.
«… Nous espérons que le Conseil de l’Etat, la plus haute autorité de la justice administrative, rendra justice à l’association RAJ, à ses militants et à travers RAJ au mouvement associatif autonome, qui est un élément fondamental pour la construction et la consolidation d’une véritable démocratie», a indiqué RAJ dans un communiqué.
L’Association, fondée en 1993 au lendemain des évènements d’Octobre 1988, a exprimé son souhait de voir le Conseil de l’Etat revenir sur «le précédent jugement» en «réhabilitant l’association pour qu’elle continue ses activités en faveur de la jeunesse, la liberté, la citoyenneté, la démocratie et la justice sociale».
L’audience d’aujourd’hui fait suite à «un appel que le RAJ a déposé au mois d’avril 2022 par le biais de ses avocats auprès du Conseil d’Etat contre le jugement de dissolution de l’association (…) suite à une requête déposée par le ministère de l’Intérieur le 23 mai 2021, sollicitant la dissolution de l’association sur la base d’activités régulières et publiques de l’association que nous considérons compatibles et pleinement cohérentes avec les objectifs et le mandat de l’association en tant que force de propositions, d’actions et de médiation», a souligné l’Association.
Cette dernière a relevé qu’elle «s’est faite connaître et respecter tout au long de ses 29 années d’existence jusqu’au mouvement populaire et pacifique ‘’Hirak’’ pour son engagement et sa lutte pacifique, responsable et sans relâche en faveur de la jeunesse et pour une citoyenneté active, la liberté, l’égalité, la justice, la démocratie, l’unité nationale et l’implication des jeunes dans la gestion des affaires publiques dans tous les domaines et à tous les niveaux».
RAJ a considéré que sa «disparition définitive, si cela devait advenir, du paysage associatif algérien constitue un message violent et un acte grave vis-à-vis du mouvement associatif libre et autonome en Algérie ainsi qu’une remise en cause des acquis démocratiques d’Octobre 1988 consacrés dans la Constitution du pays et dans les différents pactes internationaux que l’Algérie a ratifiés et qu’elle est appelée à chaque occasion à respecter ses engagements internationaux, notamment la liberté d’expression et d’association».
La décision du tribunal administratif de dissoudre l’association RAJ, en octobre 2021, a suscité, lit-on dans le communiqué, «un élan de solidarité très important avec l’association tant en Algérie que dans le monde».
Le ministère de l’Intérieur avait considéré que «les activités de l’association sont en violation de la loi 12-06 régissant les associations et en contradiction avec les objectifs énumérés dans les statuts de l’association».
Hier, l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, a fait part de son «espoir» de voir RAJ réhabilité par le Conseil de l’Etat. «J’ose espérer que demain, le Conseil de l’Etat statue en faveur de la réhabilitation d’une association de jeunes ayant marqué la scène nationale de ces 40 dernières années et répare l’injustice infligée à RAJ», a-t-il écrit sur sa page facebook. Considérant qu’ «au-delà d’être une injustice, la dissolution de RAJ est une grave atteinte à la liberté de réunion, d’association et d’expression».
L’ancien patron du RCD s’est dit, par ailleurs, autant «indigné par la répression et les violations des droits de l’homme que par l’incapacité des instances de justice à corriger les injustices qui ont été infligées à des citoyens et à réhabiliter le droit dans l’intérêt de l’Etat et de la Nation».
Pour sa part, le Parti des travailleurs a exprimé dans un communiqué «son espoir de voir l’association RAJ rétablie dans ses droits par l’annulation de la décision de dissolution prononcée par le tribunal administratif d’Alger le 13 octobre 2021. Ce qui renforcerait le processus politique d’apaisement en cours par le rétablissement des conditions normales d’exercice de la politique.» n