Le Professeur Mohamed Belhocine, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus (Covid-19), tout en réitérant qu’il y a une stabilité actuellement de la pandémie en Algérie, met toutefois en garde contre tout excès dans un sens ou dans l’autre. Il estime qu’il ne faut afficher «ni trop d’optimisme ni trop de pessimisme», et soutient que «la vigilance est toujours de mise», notamment en ce qui concerne «le confinement».
Lors de son intervention, hier, à la Radio nationale, le Pr Belhocine a tout d’abord tenu à insister sur «le respect du confinement et des mesures de prévention dans leur totalité». Invité à commenter les chiffres présentés la veille (mardi ndlr), il a noté que le constat est qu’il y a «une certaine stabilité par rapport au nombre de cas confirmés et à celui des décès», mais il tient à souligner qu’«il ne faut pas tomber dans les interprétations précipitées, dans les excès et les extrêmes», en prenant soin de n’être «ni trop optimiste ni trop pessimiste, et ce, même si nous gardons un grand espoir», a-t-il dit. «Au niveau du Comité scientifique, nous avertissons à chaque fois qu’il ne faut pas exagérer quand on parle d’espoir actuellement, ni exagérer en parlant d’une situation alarmante». Au vu des chiffres présentés ces derniers jours, le Comité scientifique a constaté qu’il y a «une stabilité», a-t-il insisté. «Le nombre de décès parfois diminue. Certaines wilayas n’enregistrent parfois aucun cas, même si on peut parler d’un diagnostic qui n’est pas suffisant puisque ne sont diagnostiqués que les gens qui se présentent et leurs contacts», a-t-il commencé par expliquer, avant de noter : «Oui, nous constatons une stabilisation des chiffres». Mais «cette pandémie nous démontre qu’il ne faut pas penser qu’on en a fini avec aussi facilement. Si la stabilité des chiffres se poursuit les prochains jours, on pourra alors dire que peut-être nous avons atteint le pic, et que peut-être nous sommes dans la descente de la courbe. Mais on ne peut pas être affirmatif à 100%. Personne ne peut prédire quoi que ce soit actuellement», a-t-il répondu à la question de savoir quand le pic sera-t-il enregistré en Algérie.
En revanche, estime le Pr Belhocine, il y a d’autres «signaux» qui sont «très encourageants» et «nous donnent un grand espoir». Il cite «les cas de décès en baisse, de même que les cas très graves qui, jusqu’à présent, ne présentent pas une pression au niveau des unités de soins intensifs, comme cela s’est passé en Italie ou en Alsace en France». Ce sont autant de données qui «traduisent que nous n’avons pas atteint une certaine ampleur dans la gravité de la situation. Est-ce dû à la prise des décisions de confinement et de traitement assez tôt en Algérie ?», se demande le Pr Belocine avant d’apporter sa réponse.

Les craintes d’une levée précoce du confinement
Il poursuit, ainsi, en affirmant que «la réponse est difficile, car on peut aussi considérer que ce n’est peut-être pas le même virus que celui détecté ailleurs, sachant que le virus subit des mutations (comme en Italie). Donc, on peut seulement dire qu’actuellement la situation parait stable. Mais il faut savoir que selon les études sur des virus – comme le SARS – apparentés au Covid-19, il se peut que ce dernier puisse réapparaître dans une deuxième vague, une résurgence, notamment après la levée du confinement. Ce qui ne nous permet de pas de nous prononcer aujourd’hui avec précision dans cette situation de stabilité».
Le Pr enchaine en expliquant qu’au niveau du Comité scientifique de suivi de l’évaluation de la pandémie de coronavirus, «il nous faut étudier scientifiquement les mesures de confinement. Car même si le confinement a contribué en grande partie à limiter la gravité de la situation et la propagation de Covid-19, si nous décidons de procéder à sa levée de façon non étudiée, nous allons renouveler la probabilité d’une propagation du virus qui sera intense cette fois-ci. Parce que nous lui aurions ôté les barrières de sa non-transmission d’une personne à une autre». Il préconise une certaine rigueur en tenant compte des données scientifiques dans la prise de cette décision. «Il nous faut absolument faire très attention à ne pas lever les barrières d’un seul coup. Dans le cas contraire, la conséquence sera une probable apparition d’une deuxième vague de la pandémie qui, dans certains cas, se révélerait plus dangereuse que la première vague. Le danger est encore là. Il faut s’en tenir aux différentes mesures en vigueur pour le moment». Dans ce sens, il rappelle que même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre une «résurgence» de la propagation de Covid-19 et averti quant à une levée précoce des mesures de prévention, notamment le confinement, après que des pays ayant constaté une amélioration ont fait part de leur intention d’assouplir les mesures. Et même si les pays insistent sur la levée des mesures en question, l’OMS recommande qu’il est plutôt temps de «doubler et de tripler une fois de plus les efforts collectifs en faveur de l’élimination du virus, avec le soutien de la société tout entière». Elle insiste également que les mesures de contrôle doivent être levées «progressivement et de façon contrôlée» et qu’elles «ne peuvent pas avoir lieu d’un seul coup».
Le Pr Belhocine, qui a exercé en tant que cadre à l’OMS et qui se présente lui-même comme un pur produit de l’Université algérienne, estime, au nom du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie, qu’«en tant que scientifiques, et d’un point de vue scientifique, nous avons le devoir de rester en alerte, en veille», insistant sur «le non relâchement des mesures de prévention et, à leur tête et surtout, le confinement». «La vigilance est toujours de mise», conclut-il.