Le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, a animé, hier une conférence de presse au lendemain de son appel à un cinquième mandat présidentiel. A cette occasion, M. Ouyahia est revenu sur les questions de l’actualité nationale, ainsi que sur les fondements de l’appel au président pour briguer un 5e mandat, mais a répondu aux critiques.

«Notre choix de demander au président de se représenter est un choix qui servira les intérêts de la Nation et de l’Etat », a-t-il d’entrée soutenu avant de préciser « dans ces affaires d’intérêt national, nous n’avons pas pris position pour faire taire les rumeurs et nous avons pris une position pour un choix qui servira les intérêts de la nation et de l’Etat algériens ». A une question sur l’état de santé du président, M. Ouyahia a fait observer que « le Président Bouteflika jouit de ses pleines capacités d’analyse et de gestion et la décision de briguer un nouveau mandat lui revient ». « Je rencontre le Président périodiquement », a-t-il noté tout en faisant observer et que le « gouvernement et toutes les institutions de l’Etat activent sous ses instructions et bénéficient de sa clairvoyance ». Dans la foulée, il rejettera toute « contradiction » entre la présidence et le gouvernement : « Il est tout à fait normal qu’une décision soit prise par le gouvernement et rejetée par le Conseil des ministres », a-t-il justifié arguant que « ce n’est pas la première fois qu’une telle chose arrive ». Aussi et à propos de la suppression par le Parlement des taxes proposées par le gouvernement dans le projet de LFC 2018, Ouyahia a estimé qu’il s’agit « d’une décision qui doit être respectée » au motif que « le gouvernement travaille sous le contrôle du pouvoir législatif. Dans ce cadre, il a annoncé la présentation de la déclaration de politique générale devant le Parlement au dernier trimestre de 2018. Aussi à une question sur son éventuelle candidature à la présidentielle au cas où le président Bouteflika ne se présenterait pas à cette élection, le chef du RND n’a pas voulu se démonter : « On est engagé dans une position et espère et fera tout pour la faire aboutir ».
Sollicité pour réagir à l’appel lancé par Ferhat Mehenni pour la constitution d’« une force de contrainte en Kabylie», M. Ouyahia l’a, sans tergiverser, qualifié «d’agent». «Ferhat Mehenni appelle à constituer des groupes terroristes», a-t-il insisté. Aussi et à propos des insultes dont il a fait l’objet de la part d’une partie des supporters de la JSK lors de la finale de la Coupe d’Algérie
qui a opposé le club kabyle à l’USM Bel-Abbes au stade 5-Juillet, M. Ouyahia a révélé : «Je connais ceux qui ont insulté et celui qui les a incités à le faire». «Je suis rentré au stade pour remettre la coupe et je suis sorti sain et sauf», a-t-il enchaîné avec ironie.

Planche à billets, les détails d’Ouyahia

Au plan économique, le patron du RND a appelé les autorités publiques à fournir «plus d’efforts pour sortir de la dépendance des hydrocarbures » compte tenu de la baisse des réserves de change de l’Algérie, qui devraient atteindre 85 milliards de dollars à la fin de l’année. S’agissant du recours au financement non conventionnel, M. Ouyahia le qualifie de « choix courageux du Président Abdelaziz Bouteflika ». Son argument est qu’il a « permis à l’Algérie de poursuivre son développement économique, tout en évitant de connaître la même situation de crise qu’en 1986 ». « En septembre 2017, l’Etat était dans une situation qui n’allait pas lui permettre de payer les fonctionnaires », a-t-il noté avant de soutenir qu’« à la même période de l’année, le Trésor public disposait de 50 milliards de dinars, alors qu’il lui fallait 150 milliards de dinars au moins ». Selon lui, « cette situation aurait pu nous amener à un arrêt total de l’économie nationale dans la mesure où c’était la sécheresse au niveau des banques ». A une question sur la destination de l’argent du financement non conventionnel ou ce qui est appelé la planche à billets, le secrétaire général du RND a fait savoir que ces fonds vont vers des projets socioéconomiques. «En 2017, nous avons tiré 570 milliards de dinars pour le budget et le règlement de certaines dépenses. Nous avons aussi soldé 452 milliards de dinars que Sonatrach devait au Trésor », a-t-il noté avant de préciser que « le Trésor public avait sauvé la Banque nationale d’Algérie en rachetant en cash 545 milliards de dinars qu’il avait repris en bons de trésors sur une période de 30 ans ». Aussi, selon le patron du RND, 154 milliards de dinars ont été dégagés pour les projets AADL, alors que pour l’année 2018, quelque 900 milliards de dinars sont dégagés pour le financement du déficit qui était de 1.800 milliards de dinars. De même que « les 500 milliards de dinars consacrés au financement de la Caisse nationale des assurances sociales afin de renflouer les caisses de la Caisse nationale des retraités, autrement les retraités n’auraient pas perçu leurs pensions », a-t-il insisté.

Affaire de la saisie de cocaïne « entre les mains de la justice »
Evoquant l’affaire de la cocaïne qui défraye la chronique, M. Ouyahia a relevé que «l’Algérie vit une agression à travers la drogue et beaucoup de quantités sont interceptées ». Selon lui, « lorsqu’on voit le flot de drogues qui s’abat sur nos frontières de plusieurs destinations, nous considérons que nous ne sommes pas dans l’excès de qualifier cela d’une agression » avant de soutenir que «grâce à Dieu et à la mobilisation de l’Armée nationale populaire et les autres services de sécurité beaucoup de quantités sont interceptées ». « La société algérienne a montré sa fermeté et son unité et les citoyens sont unis quand il s’agit des intérêts du pays, donc on tente de la pourrir de l’intérieur avec la drogue qui est une arme qui attaque d’abord notre jeunesse », a-t-il fait observer. Sollicité à propos de l’affaire des 701 kg de cocaïne saisis récemment au port d’Oran, M. Ouyahia a fait observer que « l’affaire est entre les mains de la justice, laissons la faire son travail » et que «personne n’est au-dessus de la loi». Mais face à cette situation, le SG du RND tranche dans le vif : «Notre position est l’application de la peine de mort contre les trafiquants de drogue». «Je ne parle pas d’un jeune qui serait pris dans un contrôle avec un gramme de drogue, celui-là, la justice le jugera selon la loi, mais je parle de ceux qui veulent détruire le pays », a-t-il clarifié.

Le RND disposé à participer à tout dialogue politique, respectueux de la Constitution

Aussi et s’agissant des multiples appels au dialogue, Ouyahia pose ses conditions pour y prendre part. Selon lui « le RND est disposé à participer à tout dialogue politique national avec toutes les forces politiques, à condition que ce dialogue respecte la Constitution et les institutions de la République». Concernant l’alliance des partis soutenant le programme présidentiel, elle est «ouverte à toutes les formations politiques» de l’avis d’Ouyahia selon lequel «cette alliance active dans le cadre du staff gouvernemental et du Parlement et non dans un cadre partisan dont l’objectif est de publier des communiqués ». Dans ce cadre, Ouyahia a annoncé contracter des alliances politiques lors des élections de renouvèlement partiel des membres du Conseil de la nation. Au chapitre de la contestation sociale, le patron du RND a précisé que « le dialogue entre le gouvernement et les partenaires sociaux ne s’est arrêté que lorsqu’une infraction à la loi a été enregistré par ces partenaires tant du secteur de l’éducation nationale que de celui de la santé ». «Le gouvernement a la responsabilité de garantir l’application de la loi » a-t-il martelé. Dans ce cadre, il n’a pas manqué de saluer la décision des médecins résidents liée à la suspension de la grève. Sur la problématique de tamazight, le patron du RND recommande de « laisser cette affaire aux académiciens et experts dans le cadre de l’Académie algérienne de la langue amazighe ». Aussi et s’agissant des relations diplomatiques avec le Maroc, le conférencier a fait état « des bonnes intentions que l’Algérie a affichées à travers son soutien au dossier de candidature du Maroc pour organiser les compétitions de la Coupe du monde butent contre l’ouverture par le Maroc de la voie au trafic de drogue et des déclarations indignes de la part de certains responsables marocains ». S’exprimant en outre sur les épreuves du baccalauréat, le SG du parti a affirmé que la décision de suspendre Internet durant la première heure de chaque épreuve «est nécessaire afin de protéger cet examen et d’assurer sa crédibilité». A ses yeux «cela n’entraînera pas de grosses pertes pour les entreprises économiques». Questionné par ailleurs sur la vidéo publié par la journaliste algérienne au siège du parlement européen, le patron du Rassemblement qui l’a qualifié «d’ignoble», soutiendra que « l’Algérie aurait dû répondre et condamner la position des autorités européennes qui l’ont laissée exploiter leurs sièges». Concernant le crash de l’avion militaire à Boufarik, le SG du parti a indiqué que cet accident « n’est pas unique en son genre et que l’enquête suit son cours ». A propos de la polémique née de l’appel fait aux pieds noirs, Ahmed Ouyahia a affirmé que «si c’était à refaire je ne referai pas une telle déclaration tant que la société n’est pas prête à comprendre ces propos.