Le Conseil des ministres, dimanche dernier, a laissé montrer un président de la République attentif aux voix qui s’inquiètent du climat politique aggravé par les scandales divulgués à la faveur de la chronique judiciaire et de ce qu’elle dévoile depuis quelques jours du procès de l’ancien parlementaire FLN Baha-Eddine Tliba. Mais préoccupation, chez lui, ne veut pas dire acquiescement ni souscription aux déclarations appelant à la dissolution du Parlement. L’horizon de sortie, selon M. Tebboune, reste la révision constitutionnelle et le pacte qu’il espère en avoir avec les Algériens.

Le chef de l’Etat n’est en effet pas sourd au déballage médiatico-judiciaire et aux révélations récentes de l’ancien parlementaire FLN et vice-chef de l’APN Baha-Eddine Tliba sur le commerce délictuel des listes électorales dans son parti. En dépit de leur caractère scandaleux, qui assombrit davantage l’image d’une représentation parlementaire en mal de crédit politique, que domine une majorité héritée des législatives de 2017, salement éclaboussée par les combines et les magouilles, ce ne sera, cependant pas, au point de lui faire changer de cap ou de l’obliger à modifier son agenda et ses priorités.
M. Tebboune ne procédera donc pas à la dissolution du Parlement actuel, pas avant que celui-ci ne se prononce sur le projet de révision de la Constitution qui sera soumis à un référendum populaire, le 1er novembre prochain, 50 jours après son adoption selon l’article 208 de l’actuelle Loi fondamentale.
Tel que lu dans le communiqué du Conseil des ministres, qui a examiné la mouture finale élaborée par le comité Laraba, dimanche dernier, la priorité, pour lui, est de s’assurer avant tout de la popularité de sa démarche auprès des Algériens et de leur soutien à son projet-phare de remanier la Loi fondamentale avant de poursuivre réellement son plan de réforme.
«Sans le “préalable” de la révision constitutionnelle (…) il est inconcevable de renouveler les instances élues avec des lois rejetées par le peuple», a-t-il dit suivant ce communiqué. En somme, pour authentiquer son dessein de rénovation de l’Etat, laisse-t-il entendre, quitte à s’accommoder pendant un temps avec le boulet de l’Assemblée et du Sénat actuels, il faut d’abord que la consultation référendaire prévue dans moins de deux mois soit un plébiscite.
Après quoi, «nombre de lois» seront adaptées à «la nouvelle ère», dont le marqueur premier sera de procéder à l’extinction avant terme, avant le printemps 2022 donc, du mandat de la législature courante.
Pour sa succession, s’engage le chef de l’Etat, «le projet de révision constitutionnelle assure toutes les garanties pour la régularité des élections aussi bien par la constitutionnalisation de l’Autorité nationale indépendante des élections, que par une codification stricte du financement politique».

Quête de souffle nouveau
A l’effet, a-t-il promis, de «préserver la liberté de la volonté populaire, l’égalité des chances pour le vote et la candidature, pour que la voix de l’électeur soit respectée et la scène politique renforcée par une nouvelle génération d’élus». Derrière ce raisonnement, le président affirme que sans un vote direct de confiance des Algériens, il ne conçoit pas comme possibles une réforme de l’Etat et une restauration réussie de son autorité. Sans ce suffrage populaire, il dit ne pas croire non plus à la reconstitution d’une représentation parlementaire nationale à l’abri de la malversation et la subornation de l’argent sale.
En filigrane, il y a le message qu’il est à la recherche d’un nouveau contrat politique auprès de ses compatriotes. Un contrat de Constitution ! dirions-nous. Tout aussi important aux yeux de M. Tebboune que celui présidentiel du 12 décembre 2019, voire plus que jamais nécessaire en ce moment particulier où il s’installe, maintenant plus qu’avant, dans la difficile incarnation présidentielle de l’Algérie et les malaises en tous genres dans lesquels elle se débat comme en témoignent les chroniques politiques et judiciaires jusque dans leur versant militaire.
Ainsi, si dans trois mois il lui arrivera de fêter comme il le souhaite le premier anniversaire de son élection avec un puissant soutien populaire à son projet de révision constitutionnelle, il aura davantage de cartes et d’atouts à défendre ses projets de changement et poursuivre son mandat encore symboliquement, mais significativement infirmé aujourd’hui par les oppositions classiques ou celles issues du Hirak que, par ailleurs, il ne cesse pas de valoriser pour des raisons à la fois politiques et psychologiques.
Parce qu’il a besoin de valider sa thèse que le vrai Hirak est celui qui s’est élevé d’abord et avant tout contre le projet de 5e mandat de l’ancien président déchu, M. Bouteflika, en regardant voter ceux qui ne le font plus depuis des décennies et ceux qui se sont abstenus en décembre 2019. Parce que sans un suffrage de poids en faveur de la révision constitutionnelle, il aura du mal à faire oublier dans quel contexte problématique il a été élu et à gouverner plus solidement un pays politiquement fragile et économiquement groggy.