Le Premier ministre Noureddine Bedoui déposera aujourd’hui la démission de son gouvernement au nouveau président de la République Abdelmadjid Tebboune. Il devrait quitter ses fonctions de chef du gouvernement avec l’image d’un rescapé du bouteflikisme et d’un homme politique qui a survécu à la démission de l’ancien président ainsi qu’à la pression du mouvement populaire pour le changement (Hirak), qui n’a pas cessé de se mobiliser contre lui et d’appeler à son départ en tant que « symbole » d’un régime tombé en disgrâce.
Après le dépôt de sa démission, M. Bedoui ne devrait théoriquement pas être reconduit dans ses fonctions. S’il l’est, ce sera pour une période courte, le temps de permettre à Abdelmadjid Tebboune de peaufiner la liste de son équipe et d’établir le pont entre l’ancien et le nouveau staff exécutif. En effet, le nouveau chef de l’Etat a plus que jamais besoin de créer les conditions du changement d’air qu’il a promis pour l’Algérie. Même s’il prendra encore un peu de temps pour désigner un nouveau responsable à la chefferie du gouvernement, il sera en situation de multiplier dès aujourd’hui les signaux de la volonté de changement qu’il n’a pas cessé d’exalter durant l’inédite campagne qu’il a menée.
Pour le Premier ministre sortant, c’est avec le portrait du miraculé du naufrage de son ancien patron, M. Bouteflika, auquel il était dévoué, qu’il quittera ses bureaux au gouvernement. Avant même l’abdication d’Abdelaziz Bouteflika, fin avril 2019, lorsqu’il avait formé en mars un gouvernement avec comme vice-Premier ministre l’ancien chef de la diplomatie Ramtane Lamamra qui finira par disparaître de la scène politique, Noureddine Bedoui était devenu la cible du Hirak. Au lendemain de la rupture du 2 avril 2019, à chaque manifestation populaire, sa tête était demandée comme l’un des symboles du bouteflikisme à abattre. Son départ n’a, dès lors, pas cessé d’être revendiqué comme un «préalable» à l’apaisement. Jusqu’à la fin, il aura réussi à résister ou à être plutôt maintenu à son poste contre vents et marées, apportant un démenti aux « sources » qui le déclaraient partant.
Une revue de presse du mois de septembre 2019 permet de découvrir à quel point la démission de M. Bedoui était « actée », selon les termes utilisés par les médias, persuadés que son départ n’était qu’une question de temps. Celui dont la fin à la tête du Premier ministère était présentée comme la solution pour « faciliter l’organisation de l’élection présidentielle » allait être lui-même partie prenante de la logistique qui a été mobilisée pour le scrutin du 12 décembre, même si l’amendement du code électoral et la création de l’Autorité nationale électorale (Anie) en octobre 2019 a contribué à sa mise en retrait par rapport au risque d’exposition au courroux du Hirak.

Celui qui s’est «bien acquitté de ses missions»
Pendant de longues semaines, d’ailleurs, les ministres du gouvernement Bedoui s’étaient rendus absents de toute activité sur le terrain jusqu’à ce que la roue tourne et que le chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah confirme son attachement à la tenue de l’élection du 12 décembre dernier et au gouvernement qui l’a organisée. Cette confirmation donnera lieu à une campagne dans la campagne et à des gages de soutien à l’exécutif qu’on peut comptabiliser, aujourd’hui, pour l’histoire, à travers les hommages que M. Gaïd Salah a rendus à Noureddine Bedoui lors de ses différentes occasions de prise de parole. L’homme qui avertira durant plusieurs mois que « personne n’a le pouvoir d’interrompre ou d’entraver la marche de l’Algérie et l’empêcher d’atteindre son objectif », de tenir le scrutin du 12 décembre, ne
manquera que peu d’occasions pour affirmer, dès septembre 2019, le 9 septembre précisément, au sortir d’un Conseil des ministres sur les «conditions » d’organisation de l’élection présidentielle, son appui et celui du Haut-commandement de l’armée à M. Bedoui.
Le Premier ministre sortant, aperçu aux côtés d’Ahmed Gaïd Salah à la soirée commémorative du 1er Novembre dernier au Cercle militaire de Beni Messous, était devenu celui qui, selon une même déclaration d’Ahmed Gaïd Salah, le 11 décembre 2019, «a pu s’acquitter de ses missions dans des conditions difficiles et exceptionnelles et concrétiser de nombreuses réalisations sur le terrain au profit du peuple algérien, et pour prendre en charge les problèmes socio-économiques rencontrés».
«C’est une vérité que nous disons aujourd’hui sans exagération ni complaisance, partant du principe de dire au fauteur qu’il a mal agi et au bienfaiteur qu’il a bien agi », avait déclaré le général de corps d’Armée et vice-ministre de la Défense. n