Le ministre de l’Industrie pharmaceutique Ali Aoun était très remonté contre les informations faisant état de pénurie de médicaments, notamment les anticancéreux. Il accuse même certains professeurs et chefs de services de diffamation et de saisir la justice.

Par Sihem Bounabi
Visiblement en colère, il a démenti «les informations faisant état de rupture de médicaments en Algérie», expliquant qu’il s’agissait uniquement de «tension» que connaissent certains médicaments comme «quelques antibiotiques, a l’exemple de l’amoxicilline».
Il a ainsi appelé à réduire, le plus possible, l’usage récurrent de certains antibiotiques chez l’enfant car «ils menacent leur santé», souligne-t-il. Pour certains autres médicaments, Ali Aoun a expliqué que «la pénurie est mondiale» et qu’elle est «née de la hausse des prix des matières premières importées et a influé sur le marché national», estimant que «cette crise risque de s’amplifier en 2023».
S’exprimant mardi lors d’un point de presse en marge de la visite de travail à Bouira, le ton du ministre est monté d’un cran sur la question de la pénurie des produits entrant dans le traitement des cancéreux et notamment ceux vitaux pour le traitement des enfants cancéreux, dont les familles et les oncologues ont encore récemment alerté sur cette situation qui perdure au détriment de la santé des malades.

Des tensions mais pas de rupture !
Sur un ton menaçant, Ali Aoun a répliqué : «Je ne fonctionne pas selon les déclarations des uns et des autres. Les professeurs et les chefs de services font les déclarations qu’ils veulent. Je fais des déclarations selon le constat que nous vivons», a-t-il dit ajoutant qu’«aujourd’hui, au niveau surtout de certains services d’oncologie, il y a un affolement qui n’est pas justifié et qui n’est pas dû aux ruptures de stocks». Il argumente ses propos en affirmant que «sur une gamme de 121 produits anticancéreux qu’importe la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), il n’y a que 5 ou 6 produits qui sont sous tension». Il concède néanmoins qu’«il y a certes des tensions, mais il n’y a pas de ruptures de médicaments».
Ali Aoun poursuit sur un ton teinté de colère que «ceux qui disent que nos enfants sont en train de mourir à cause des pénuries de produits pharmaceutiques prennent leur responsabilité». Affirmant que son département ne peut plus continuer à supporter de telles déclarations, le ministre de l’Industrie pharmaceutique annonce d’ores et déjà que «nous allons ouvrir une enquête contre toutes ces déclarations que je considère comme des diffamations». Il cite l’exemple du Centre Pierre-et-Marie-Curie (CPMC) d’Alger, spécialisé en oncologie, où la responsable du service pédiatrie avait dénoncé une rupture de traitement pour les enfants cancéreux, en affirmant que «nous avons déjà fait une enquête conjointe avec le ministère de la Santé sur la pharmacie principale du CPMC, suite aux déclarations d’une responsable. On a trouvé que tous les produits dont cette responsable disait comme étant en rupture de stock, étaient disponibles». S’interrogeant sur le but de telles déclarations, le ministre affirme qu’ «accuser les autorités algériennes de ne pas importer ou de ne pas satisfaire les besoins des malades en médicaments et prétendre que des patients sont en train de mourir est quelque chose de très grave».
«Je ne permettrais plus ce type de déclarations. C’est la justice qui tranchera», a-t-il lâché. Pour rappel, suite aux nombreux appels de détresse des familles des cancéreux, mais aussi de la part de spécialistes et chefs de service d’oncologies de différentes wilayas pour alerter sur la pénurie de médicaments d’oncologie, Ali Aoun avait affirmé, le 20 novembre dernier, que l’Algérie débourse chaque année entre 600 et 650 millions d’euros pour l’acquisition de médicaments anticancéreux, soulignant que «ce sont des sommes faramineuses. Où partent ces médicaments ?» Il avait déjà annoncé à l’époque l’ouverture d’enquêtes pour clarifier cette situation l’incombant notamment à une mauvaise gestion dans la répartition et la distribution des médicaments au niveau des hôpitaux.
Il est à noter que suite aux déclarations du ministre de l’Industrie pharmaceutique pour le moins virulentes, la polémique enfle déjà sur les réseaux sociaux où la vidéo d’Ali Aoun est largement partagée et commentée. En effet, de nombreux témoignages affluent pour dire au ministre que contrairement à ses déclarations, les malades n’ont effectivement pas accès à leur traitement et sont contraints d’interrompre et de reporter leur protocole thérapeutique pour certains depuis plusieurs mois. Parmi les produits en manque et qui sont souvent cités dans les commentaires, il s’agit notamment de la vincristine, du cyclophosphamide, du cisplatine et de la Carboplatine. <