L’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et figure marquante de la diplomatie internationale est mort hier à 80 ans après une «courte maladie», a annoncé de Genève sa fondation. Le personnage aura laissé un passage notable à la tête de l’organisation onusienne durant une période particulièrement compliquée des relations internationales. Il sera par ailleurs vivement critiqué par ses détracteurs le considérant comme l’homme des Américains.

Né le 8 avril 1938 à Kumasi, au Ghana, Kofi Annan avait été diplômé du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Après être entré à l’ONU en 1962 devenant le septième secrétaire général des Nations unies, entre 1997 et 2006, succédant à l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali. Sa caractéristique première ; il sera le premier secrétaire à émerger des rangs de l’organisation internationale même. En 2001 il sera le récipiendaire du prix Nobel de la paix pour son action humanitaire « en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique» malgré un bilan nuancé. Lui-même concédait ses échecs pour avoir d’abord échoué à empêcher le génocide rwandais en 1994 tandis qu’il était à la tête des forces de maintien de la paix de l’ONU. Dix-huit ans plus tard, il démissionnera du poste de médiateur de l’organisation onusienne et de la Ligue arabe en Syrie estimant ne pas avoir « reçu tous les soutiens que la cause méritait ». La très complexe tragédie syrienne restera comme l’une de ses dernières missions qui se solderont par un échec. Son bilan après dix ans à la tête de l’ONU était tout aussi contrasté : peu de réformes, il a été une voix inaudible contre la guerre en Irak. Les accusations de malversations contre son fils Kojo dans le fameux programme onusien « pétrole contre nourriture » l’ont particulièrement affaibli. Pour certains observateurs Kofi Annan devait sa nomination à l’ONU aux Etats-Unis, qui avaient mis leur veto à un second mandat de son prédécesseur, l’égyptien Boutros Boutros-Ghali. Il était « l’homme des américains », grâce au veto contre Boutros Ghali il a été nommé SG de l’Onu, estiment ses détracteurs.

D’autres observateurs estiment qu’il a échoué lamentablement dans la crise syrienne notamment lorsqu’il fut mandaté pour trouver une solution au début de la crise.

La Syrie, son grand échec

Les Syriens l’on carrément accusé d’être partial et jouant franchement le jeu des américains. Il avait à plusieurs reprises rencontré le président syrien Bachar Al Assad au début de la crise, sans arriver à imposer une solution. Kofi Annan a dirigé l’organisation internationale pendant la période trouble de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption. Annan s’était vite adapté à son nouveau rôle de diplomate en chef, multipliant les apparitions à la télévision et les participations aux dîners mondains à New York. Jusqu’à devenir une vedette de la diplomatie internationale, qualifié par certains médias de « rock star de la diplomatie ».

Le poste compliqué de SG de l’ONU n’aura pas été de tout repos pour lui. Considéré par certains comme faible face à Washington. Une accusation qui lui collera à la peau aux yeux notamment de certains commentateurs dans le monde arabe. Seul réaction « indépendante » à son actif lorsque, en en 2003, il avait ainsi irrité Washington en estimant « illégale » l’invasion de l’Irak parce que cette opération n’avait pas été entérinée par le Conseil de sécurité. Lorsqu’il dirigeait le département de maintien de la paix, l’ONU a connu deux des épisodes les plus sombres de son histoire : le génocide rwandais et la guerre en Bosnie. Les Casques bleus se sont retirés en 1994 du Rwanda en proie au chaos et aux violences ethniques. Et un an plus tard, l’ONU n’a pas su empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

 

QUAND KOFI ANNAN METTAIT EN GARDE CONTRE «LA DÉMISSION DES DIRIGEANTS»

Venu à Paris en décembre 2017 pour le sommet sur le climat, Kofi Annan, décédé samedi, avait alors mis en garde contre «la démission des dirigeants actuels» face aux grands défis mondiaux, dans un entretien exclusif à l’AFP. Face au terrorisme, au réchauffement climatique ou encore à l’immigration, «honnêtement, on est dans le pétrin», avait lâché l’ancien secrétaire général de l’ONU. Prix Nobel de la paix, Kofi Annan est mort samedi à 80 ans, après avoir accédé au rang de vedette de la diplomatie mondiale durant ses dix années (1997-2007) à la tête des Nations unies. M. Annan avait accordé une interview à l’AFP le 12 décembre, à l’issue d’une rencontre avec le président français Emmanuel Macron à l’occasion du sommet sur le climat. Il s’était exprimé en tant que président du Groupe de sages créé en 2007 par Nelson Mandela et qui rassemble des personnalités publiques reconnues travaillant aux problèmes mondiaux semblant insurmontables. Avec M. Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, l’ancien médiateur de l’ONU pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, l’ancienne présidente d’Irlande, Mary Robinson, et l’ancienne Première ministre norvégienne, Gro Harlem Brundtland, avaient livré leurs opinions sur différents sujets internationaux, de la lutte contre le réchauffement climatique à la crise au Proche-Orient. «Par le passé, quand nous traversions ce genre de crise, nous avions des dirigeants qui avaient le courage et la vision du monde nécessaires pour vouloir agir, pour comprendre qu’il leur fallait travailler avec les autres», avait observé M. Annan, alors que le sommet sur le climat avait été marqué par le retrait annoncé des Etats-Unis de l’Accord de Paris de 2015. «Aujourd’hui, les dirigeants vont dans la mauvaise direction (…) Les dirigeants abandonnent», ajoutait M. Annan. «Un seule méprise, une seule erreur et nous sommes tous victimes (…) Le déclenchement d’une guerre nucléaire peut ne pas découler d’une décision délibérée» mais d’un accident, avertissait-il, sans jamais citer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un ni Donald Trump, lancés à l’époque dans une escalade verbale mais qui ont apaisé leur relation depuis.

 

LE GHANA DÉCRÈTE UNE SEMAINE DE DEUIL NATIONAL

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo a décrété une semaine de deuil à partir de lundi dans son pays en hommage à Kofi Annan décédé samedi. «Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde», déclare le président dans un communiqué au sujet de l’ex-secrétaire-général de l’ONU et prix Nobel de la paix, né à Kumasi, dans la région Ashanti du Ghana. Le Ghana est «profondément attristé» par le décès de l’illustre enfant du pays, poursuit le président. «J’ai ordonné qu’en son honneur, le drapeau national soit mis en berne dans tout le pays et dans les représentations diplomatiques dans le monde, à partir de lundi 20 août, pour une semaine», annonce-t-il. Kofi Annan est mort à 80 ans après une «courte maladie», a annoncé samedi à Genève sa fondation.