Après vingt ans de règne, et 17 mois de déchéance, Abdelaziz Bouteflika a quitté ce monde. Une disparition, depuis son annonce officielle vendredi soir, qui n’a laissé personne indifférent. Dans d’autres circonstances, dans d’autres sphères, pour d’autres Hommes, l’heure serait logiquement au bilan. Toutefois, de par ce qu’il a fait, et ce qu’il n’a pas fait, Bouteflika n’aura pas ça !
Il aura été celui qui a duré le plus longtemps à son poste. Il aura été celui dont les quatre mandats étaient liés à la cagnotte de plus de 1 000 milliards de dollars. Il aura été celui qui a trituré la Constitution (en 2008) pour rester au pouvoir. Il aura été celui qui a promis de bâtir un Etat qui ne dépendra pas des recettes pétrolières et qui quittera le pouvoir sans avoir pu changer la situation. Il aura été le Président dont, durant son règne, 126 personnes sont mortes lors du Printemps noir de 2001. Il aura été celui dont le règne sera lié, entre autres, à la réalisation de l’autoroute Est-Ouest dont la facture a dépassé les 13 milliards de dollars. Il aura été le Président qui voulait laisser une grande mosquée en sa mémoire, mais dont il ne profitera ni de son vivant ni après sa disparition.
Bouteflika aura été celui qui, en 2009, affirmait que l’Algérie était capable d’organiser deux coupes du monde. Il aura été l’organisateur du coup de poker inédit qu’a été le pont aérien Alger-Oum Dourman et qui lui avait permis de perdurer encore longtemps au pouvoir. Il aura été celui qui a déclaré «tab jnani» en 2012, pour rester en poste 7 années supplémentaires. Il aura été, durant un temps, un président muet et invisible. Il aura été le président sous le règne de qui, Ould-Kaddour a été incarcéré, en 2007, pour espionnage, avant de se voir propulser, 10 ans après, à la tête de Sonatrach. Il aura été le président qui n’a jamais donné d’entretien à un journal algérien et d’être derrière les deux ans de prison de Mohamed Benchicou. Il aura été celui que le Hirak a poussé à la sortie.
Bouteflika c’est également celui qui a été cité par le journaliste français Christian Malard dans son ouvrage «Dans le secret des maîtres du monde», sorti en 2012 : «De tous les chefs d’Etat arabes que j’ai rencontrés, il est sans doute le plus intelligent et le plus cultivé de tous.» L’histoire de l’Algérie retiendra bien d’autres choses.

PS : l’image représente un tableau (intitulé « Jour & Nuit ») de l’artiste peintre chinois Gao Xingjian, qui est également écrivain (prix Nobel de littérature en 2000).