S’exprimant en marge de la rencontre, tenue lundi à Tizi Ouzou, avec des promoteurs de microentreprises, créées grâce aux financements Angem, Cnac et Ansej de la région centre, Samir Guellal, président du Groupement national d’appui à la microentreprise (Gnam), appelle les pouvoirs publics à revoir la stratégie d’octroi de crédits pour la création de microentreprises et pour la gestion des entreprises existantes et dont la plupart sont en situation d’échec et de contentieux avec les bailleurs de fonds et autres organismes de sécurité sociale. Faisant le point sur la situation socioprofessionnelle des promoteurs de microentreprises créées dans le cadre des dispositifs de soutien à l’emploi, le président du Gnam s’est exprimé sur la réalité ces entreprises dont les promoteurs font face à d’inextricables difficultés. «Faisant face à l’absence de plans de charge et soumis aux impératifs de recouvrement des banques et d’acquittement des cotisations de la Caisse de sécurité sociale des non-salariés (Casnos), plusieurs de ces entreprises sont en situation d’échec et leurs promoteurs se sont retrouvés dans l’illégalité vis-à-vis de la loi, encourant même des sanctions juridiques». Des situations, déplore notre interlocuteur, qui ont eu des conséquences dramatiques sur le plan social, poussant des promoteurs à fuir le pays (harga, ndlr), à des cas de divorces, à des traumatismes psychiques, voire même à des cas de «suicides». Appelant, une nouvelle fois, les pouvoirs publics à mettre fin à ce qui est qualifié, dans les milieux des jeunes promoteurs de projets Ansej, Cnac et Angem, de «harcèlement» et de «procédures arbitraires», le président du Gnam plaide pour une nouvelle approche qui permettrait le développement de la microentreprise et le redressement de celles déjà existantes. S’il se montre critique à l’égard des pouvoirs publics qui, selon lui, ont jusque-là adopté une approche politiquement utilitaire de la création par les jeunes des microentreprises grâce à des montages financiers impliquant les banques et les dispositifs de soutien à la l’emploi, le Gnam, par la voix de son président, se veut une force de proposition. «Il faut mettre fin au financement politique de ces projets dont la seule visée est d’acheter la paix sociale. Les pouvoirs publics doivent engager un débat sérieux avec les associations réellement représentatives des jeunes promoteurs», lance-t-il, insistant sur la dérégulation qui caractérise le marché de la microentreprise en raison d’une forte saturation de tous les secteurs d’activité. «Fort de 1 370 000 unités, le secteur de la microentreprise se caractérise par une absence totale de stratégie de développement d’où la nécessité de sa régulation et d’un accompagnement étudié», préconise le président du Gnam qui appelle les pouvoirs publics à «organiser un débat national, sérieux et constructif, sur la question afin d’étudier les moyens et solutions idoines à mettre en œuvre pour permettre à ces entreprises d’être efficaces et de contribuer à fructifier l’économie nationale et à jouer leur levier pour la création de la richesse et de l’emploi.» Il appellera, en outre, à engager un plan de sauvetage de ce potentiel.
Pour un débat national et un plan de sauvetage
«Il est urgent d’élaborer une cartographie des activités relatives à la création des microentreprises pour l’orientation des projets en fonction des besoins du marché», préconise le responsable du Gnam qui pointe la responsabilité de l’Etat dans l’échec d’une politique qu’il a initiée en 2011. Rappelant, dans ce sens que si l’objectif du dispositif de la micro entreprise «était de créer de la richesse et d’absorber le chômage (…). «L’absence d’études des besoins du marché et de coordination entre les différents dispositifs d’aide mis en place a fait que les objectifs tracés n’ont pas été atteints». La transition dans ce marché, a-t-il fait remarquer, «s’est opérée à partir de 2011 lorsque les banques ont été instruites de participer en masse dans les montages financiers des entreprises créées dans le cadre de ces dispositifs». Une politique, a-t-il soutenu, qui «a engendré une saturation du marché et des entreprises condamnées à l’avance et même de la mise en péril de celles déjà existantes». S’agissant des solutions immédiates à mettre en oeuvre, M. Guellal a préconisé, lors de la rencontre, «la mise en veilleuse de ces dispositifs jusqu’à assainissement du marché existant» et, ensuite, la «révision des conditions d’éligibilité à bénéficier des dispositifs, mais aussi l’adoption d’un régime fiscal et parafiscal propre à la microentreprise», peuvent être les solutions, qui, selon le président du Gnam permettraient au marché de la microentreprise de sortir de l’ornière. Il citera l’exemple de certains pays où la micro entreprise est exonérée de TVA. Le Gnam est disposé à «apporter son aide et son expertise au débat», indiquera Yacine Guellal, qui informe sur la poursuite de la structuration du Gnam au niveau national et qui est présent jusque-là dans 22 wilayas. Après Tizi Ouzou, où le Gnam a réuni les jeunes promoteurs des wilayas du centre, rendez-vous est donné aux promoteurs des wilayas de l’ouest et de l’est, respectivement, à Aïn Defla et Batna. n