L’info a circulé il y a 4 jours mais il fallait la prendre avec des pincettes et ne pas s’empresser à faire le procès. Elle a été confirmée par l’Agence nationale d’édition et de publicité (Anep). L’entreprise a sorti l’ardoise détaillée des 8 millions de dinars que Rabah Madjer, ancienne gloire de l’équipe nationale, allait percevoir indûment pour des encarts publicitaires de ses deux journaux « El-Balagh » et « El-Balagh Erriadhi ». Le problème n’est pas la somme mirobolante, mais le fait que les deux canards aient cessé de paraître.

Oui. Il s’agit de la délinquance fiscale tant ces insertions ont été octroyées pour une entreprise qui a mis les clés sous le paillasson. C’était entre le mois de novembre 2019 et janvier 2020 « durée où la SARL Bahia Presse était dissoute.»
«Il avait été constaté que la Sarl Bahia Presse, conventionnée avec l’ANEP-URP Oran en date du 09/08/2016 pour ses deux journaux paraîssant à l’Ouest du pays, avait procédé à la dissolution de son entreprise le 3/11/2019 sans aviser le contractant (Anep-EPE/SPA) », révélait le communiqué de l’Anep dont la Direction générale dit avoir « suspendu sur-le-champ toute attribution d’encarts publicitaires auxdits journaux tout en informant la tutelle et les services concernés de cette situation illégale.»
Avoir mis les clés sous le paillasson n’allait donc pas empêcher Madjer de percevoir ce joli pactole dans un temps où les insertions publicitaires sont vitales pour bon nombre de journaux en difficulté.
Ainsi, il s’est octroyé le droit de toucher ce bonus hors délais sans signaler qu’«El-Balagh» et «El-Balagh Erriadhi», quotidien et hebdomadaire dans l’ordre, ne paraissaient plus. Un oubli réel ou prémédité ? L’ancien sélectionneur de l’EN devra s’expliquer devant la justice prochainement puisque l’Anep a déposé plainte.

Les lois talonnées
Après avoir remonté l’historique des transactions, l’ANEP a livré les détails des chèques lors des trois derniers mois en question.
Pour «El Balagh», il y a les factures numérotées 11, 12 et 01 dont les montants respectifs sont de 1.345.295,00 DA/ TTC, 1.599.360,00 DA/TTC et 1.299.480,00 DA/TTC dans l’ordre. Concernant ceux d’«El Balagh Erriadhi», les versements sont de 1.245.335,00 DA/TTC, 1.416.100,00 DA/TTC et 1.299.480,00 DA/TTC dans l’ordre.
Cependant, la direction générale de l’Anep a tenu à assurer qu’« aucun paiement depuis octobre 2019 (soit la somme de 11 328 800,00 DA) n’a été effectué à ladite Sarl dissoute malgré moult réclamations de sa part », ajoutant que « les factures susmentionnées ont été bloquées.» Mais Madjer n’a pas avisé le contractant de l’arrêt de l’activité.
C’est en soi une infraction. Le fait de réclamer le versement peut aussi prouver une préméditation d’enfreindre la loi.
Traffic d’influence
Somme toute, cette affaire vient se greffer à des antécédents. Ces dernières années, Madjer a tiré un énorme profit de sa notoriété. Il a, notamment, était parachuté sur le banc des « Fennecs » qu’il a dirigés entre octobre et 2017 et juin 2018. Il percevait alors un salaire de 450 millions de centimes/mois pour les résultats calamiteux qu’on connaît avec des « Verts » qui avaient basculé dans le rouge footballistiquement si ce n’était l’intervention salvatrice de Djamel Belmadi.
On citera aussi le fait que la wilaya d’Alger lui avait octroyé un lot de 3400 m2 sur la côte. Il devait servir à construire un complexe sportif qui n’a jamais vu le jour.
Cette même affaire fait l’objet d’une poursuite judiciaire. Pas de quoi blanchir une réputation désormais très mauvaise aux yeux de l’opinion. L’auteur du but de la victoire du FC Porto en finale de la Coupe des clubs champions européens (actuelle Ligue des Champions UEFA) en 1987 est dans de beaux draps. n