Pour la première fois depuis un mois, Djamel Ould Abbès adopte un nouveau langage en ce qui concerne l’éventualité d’une candidature du président de la République Abdelaziz Bouteflika pour un autre mandat à la tête du pays.

Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) a précisé, hier, que le concerné ne s’est pas encore prononcé et qu’il lui revenait, «à lui seul», de trancher la question. Certes, c’est une déclaration tout à fait logique. Mais, Ould Abbès a, cette fois, insisté sur le fait que son parti n’a pas encore désigné son candidat. D’où les interrogations sur ce subit changement de discours pour quelqu’un qui criait haut et fort que le candidat du parti est connu de tous. «Le FLN n’a pas encore désigné Abdelaziz Bouteflika en tant que candidat, comme essayent de le faire croire certains», a-t-il en effet déclaré hier, affirmant que «nous avons seulement appelé le Président à poursuivre sa mission en lui réaffirmant notre soutien». Ainsi, Djamel Ould Abbès marque une rupture avec son langage habituel. Un langage dans lequel on avait l’impression que la candidature du président Bouteflika était tranchée de manière quasi certaine. En effet, depuis le 7 avril dernier, date à laquelle le secrétaire général du FLN avait appelé le chef de l’Etat «à poursuivre sa mission à la tête du pays» sur demande de l’ensemble des militants du parti, il n’a jamais cessé de répéter, à qui veut bien l’entendre, que cette question était tranchée. Samedi dernier à Oran, lors d’une rencontre avec les cadres et élus du parti à l’Ouest, Ould Abbès avait soutenu que «le candidat du FLN en 2019 est clair», allusion au président de la République dont il fait la promotion du «bilan des réalisations» depuis 1999 à nos jours. Plus encore, rappelant l’interview que Bouteflika avait accordé au groupe britannique Oxford Business Group (OBG), où il avait fixé une «feuille de route pour 2020-2030», le secrétaire général du FLN avait précisé que «son parti ne compte la mettre en œuvre qu’avec le président Abdelaziz Bouteflika».
Quelles sont donc les raisons de ce changement et pourquoi Ould Abbès se montre ainsi prudent et s’en remet à Bouteflika ? A-t-il trop parlé à la place du Président au point de nuire à son image de candidat potentiel ? Ou bien a-t-il été rappelé à l’ordre, comme le fait chaque fois la présidence avec la direction du FLN lorsqu’il s’agit de recadrer le débat sur un quelconque sujet d’actualité ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées. Les prochains jours apporteront peut-être des réponses. En tout état de cause, en adoptant ce nouveau style sur l’éventuelle candidature du chef de l’Etat pour un 5e mandat, Ould Abbès semble accorder son violon avec ceux des autres partis de la majorité, soutiens d’Abdelaziz Bouteflika depuis des années, à savoir le RND, le MPA et TAJ. Les chefs de ces formations politiques, bien qu’ils soient favorables à cette option, restent désormais prudents. Au moment où Ahmed Ouyahia affirme à demi-mot que le RND «ne peut que se réjouir si Bouteflika décide de continuer sa mission», Amara Benyounès dit que la question n’est pas encore tranchée au MPA. «La décision sera prise au moment opportun. Le Conseil national se réunira en automne prochain pour trancher», avait-il déclaré en début de semaine, ajoutant que «le Président lui-même ne s’est pas prononcé», tout en accusant Ould Abbès de faire «de la surenchère politique». Amar Ghoul, a, lui aussi, jusqu’à présent éludé la question malgré ses multiples sorties médiatiques.