PAR INES DALI
La situation épidémique liée à la pandémie du nouveau coronavirus n’est pas pour rassurer les professionnels de la santé autant que les autorités du secteur. Les cas confirmés de Covid-19 sont en train d’augmenter en repassant, par à coup, au-dessus de la centaine de cas quotidiens depuis vendredi. Selon le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, cette situation était prévisible au vu de certains facteurs, comme la faible vaccination et le relâchement des gestes barrières. «Pour être honnête, on s’attendait un peu à cette augmentation des contaminations pour les mois d’octobre et novembre et peut-être même pour décembre», a-t-il dit, tout en soulignant que pour le moment, il est «difficile de prévoir exactement comment elle va évoluer».
La question qui se pose, selon l’immunologiste, est comment se fera l’évolution de la pandémie. «On ne sait pas si cette évolution sera sous forme de petites vagues, de petits rebonds, ou bien si elle sera sous forme d’une vague un peu intense», a-t-il indiqué, dans une déclaration à Reporters. «En fin de compte, il y a un facteur qui va déterminer cela : c’est celui de la population immunisée», a-t-il ajouté. Le Pr Djenouhat explique que lorsqu’il parle de la population immunisée, il entend par là les personnes qui ont déjà été infectées au Covid-19 durant les trois ou quatre derniers mois, ainsi que celles qui ont été vaccinées.
«Actuellement, on peut dire que nous sommes dans une situation épidémique relativement stable», a estimé notre interlocuteur. Il en veut pour «preuve» le fait que «même si, ces derniers temps, il y a beaucoup de personnes qui viennent dans services de consultation Covid, les tests qu’on leur fait sont pour la plupart négatifs». Les nombreuses consultations sont dues au fait qu’il y a «des cas de grippe saisonnière, et vu que les symptômes sont semblables à ceux du Covid, il y a parfois confusion chez les gens». Mais cela ne doit nullement inciter au relâchement et la population doit rester vigilante, car le virus est toujours là, a mis en garde le spécialiste en immunologie.
Cette mise en garde est justifiée par un argument de taille car, selon le Pr Djenouhat, l’augmentation des cas de Covid-19 qui est constatée actuellement serait due à «l’apparition de quelques foyers de contaminations». Il relève que les nouveaux foyers ne sont pas répartis d’une manière homogène à travers tout le territoire national. «Apparemment, il y a quelques wilayas qui sont un peu plus touchées que d’autres par les nouveaux foyers ayant induit une hausse des cas. Pour le moment, on peut dire que cela est circonscrit dans quelques-unes seulement», a-t-il fait savoir, en citant l’exemple de la wilaya de Constantine. La circulation interwilayas étant rouverte depuis plusieurs mois déjà, l’appréhension vient du fait que le virus puisse être transmis et diffusé à grande échelle dans celles qui connaissant un nombre de cas assez bas.
Absence de culture et d’esprit préventifs
«Nous sommes donc dans une situation relativement stable, mais l’avenir est imprévisible», a relevé le président de la Société algérienne d’immunologie, tout en émettant le souhait que la population aille «se faire vacciner pour un avenir épidémiologique meilleur». C’est avec un grand regret qu’il émet le constat d’une adhésion insuffisante à la vaccination. «Ce qui regrettable, c’est qu’on ait atteint un certain degré où plusieurs vaccins sont disponibles, le chinois, l’anglais, le russe et l’américain, et à des quantités suffisantes. Mais on se retrouve face à une petite réticence de la population qui, j’espère, ne va pas durer longtemps», a souhaité le Pr Djenouhat. Dans ce sens, il a appelé la population à un fort retour à la vaccination, car il ne faut pas, selon lui, attendre de retomber dans une situation dramatique de flambée des contaminations pour se faire administrer les anti-Covid-19. «Apparemment, la population attend qu’il y ait encore une vague plus forte pour aller se faire vacciner. C’est dommage qu’il n’y ait pas cette culture et cet esprit préventifs, et d’attendre toujours que le mal arrive pour réagir», a déploré le spécialiste, tout en soutenant que «cette période est déterminante pour éviter une éventuelle flambée des cas», dans le sens où, dit-il, il faut que la population se protège par une vaccination massive, car le virus continue de circuler et la vaccination est la seule solution qui permet d’éviter des formes graves de la maladie. <