Finalement, l’ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a eu droit à des funérailles officielles. Décédé dans la soirée de vendredi, à l’âge de 84 ans, le défunt a été inhumé hier au Carré des Martyrs du cimetière d’El Alia en présence du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

Par Feriel Nourine
Etaient également présents à ces obsèques, le président du Conseil de la Nation, Salah Goudjil, le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Ibrahim Boughali, le président du Conseil constitutionnel Kamel Fenniche, le Premier ministre, ministre des Finance Aïmene Benabderrahmane, le Général de Corps d’Armée, Saïd Chanegriha, ainsi que de hauts responsables de l’Etat, des membres du gouvernement, les représentants du corps diplomatique accrédité en Algérie et des membres de la famille du défunt.
C’est le ministre des Moudjahidine et des ayants droit, Laïd Rebiga, qui a prononcé l’oraison funèbre avant que la dépouille de Abdelaziz Bouteflika ne soit mise en terre.
L’accès au cimetière a été restreint aux seuls médias publics, sans qu’il y ait toutefois une retransmission en direct de l’événement. Sur place, le cortège funèbre était attendu par une foule éparse. Celle-ci comptait, entre autres, de nombreux représentants de la zaouïa Belkaidia avec laquelle le défunt entretenait des liens très étroits.
Faut-il rappeler que c’est Abdelaziz Bouteflika qui, dans l’une de ses toutes dernières sorties sur le terrain, en mai 2018, avait inauguré le siège de cette zaouïa, située dans la localité de Tixeraine, commune de Birkhadem.
Parti de la résidence médicalisée à Zéralda, où vivait l’ex-président depuis son premier accident vasculaire en 2013, le cortège funèbre est arrivé au cimetière El Alia après une trentaine de kilomètres. La dépouille mortelle était portée sur un affût de canon tiré par un véhicule blindé recouvert de fleurs, mais loin de l’intéressement des citoyens, a-t-on constaté. Même la présence des hauts responsables du pays et d’officiels venus assister aux obsèques, qui s’étaient isolés depuis des années, semble avoir été décidée dans une démarche qui voulait éviter une réaction hostile de la rue qui avait été le théâtre, le 22 février 2019, d’une entame de Hirak populaire ayant poussé Bouteflika à abandonner son projet de cinquième mandat aux commandes du pays et à déposer sa démission un mois et demi après.
C’est visiblement aussi dans la logique de cette démarche que la dépouille du défunt n’a pas été exposée pour un dernier hommage de hauts responsables et du peuple. Le défunt président qui comptabilise quatre quinquennats à la magistrature suprême du pays est allé hier rejoindre sa dernière demeure sans que sa dépouille puisse transiter par un palais qui avait accueilli les dépouilles de tous ses prédécesseurs à ce poste.
C’est d’ailleurs plus au moudjahid qu’au président déchu que semblent avoir été consacrées ces obsèques officielles. En témoigne d’abord le choix porté sur le ministre des Moudjahidine pour la lecture de l’oraison funèbre, puis son contenu dédié quasi-exclusivement au parcours de Bouteflika dans la lutte armée livrée au colonialisme français. «L’Algérie fait ses adieux à un moudjahid que l’histoire retiendra pour son apport, aux côtés de ceux dont les noms ont été gravés en lettres d’or durant la lutte armée», a souligné M. Rebiga, ajoutant que «le défunt repose aujourd’hui aux côtés des grandes figures dont les noms ont été immortalisés par leurs rôles, missions et responsabilités qu’ils avaient assumées dans diverses périodes vécues par l’Algérie après le recouvrement de la souveraineté nationale».
L’intervenant ne manquera pas, toutefois, de citer une opération à l’actif du président Bouteflika, à savoir «la Concorde civile» que ce dernier avait initiée quelques mois seulement après son arrivée à la tête du pays, en 1999, et qui deviendra «Charte pour la paix et la réconciliation nationale» en 2005, suite à un référendum populaire. Le défunt a «instauré la concorde civile, la paix et la réconciliation nationale, suite à la tragédie nationale qui a frappé le pays, causant des plaies, destructions et ravages», dira à ce sujet le même ministre.