Dans la dignité et le respect dû à sa mémoire, Ali Yahia Abdenour a eu droit à des funérailles populaires à la mesure de son parcours jalonné de luttes pour l’indépendance du pays et la construction d’un Etat de droit.

PAR NAZIM BRAHIMI
Une foule nombreuse a accompagné hier à sa dernière demeure le doyen des avocats, militant des droits humains, Ali Yahia Abdenour, décédé dimanche dans la matinée à l’âge de 100 ans. Et c’est dans la dignité et le respect de la mémoire du défunt, Ali Yahia Abdenour a eu droit à des funérailles populaires à la mesure de son parcours jalonné de luttes pour l’indépendance du pays et pour la construction d’un Etat de droit.
Son enterrement au cimetière de Ben Aknoun a drainé la grande affluence en dépit de l’effet du carême et de la température relativement élevée de ce lundi 26 avril, qui a vu de nombreuses personnes venir rendre un ultime hommage au moudjahid et militant politique qui a consacré tout sa vie pour la défense des droits humains.
C’est sous des applaudissements et les cris « djazair houra démocratia (Algérie libre et démocratique) que le corps du défunt a été mis sous terre, alors que des voix, nombreuses, tentaient de rappeler qu’il s’agit de funérailles et non pas d’une tribune pour des idées politiques.
Une scène semblable s’est déjà produite à l’arrivée devant le cimetière de l’ambulance transportant le cercueil drapé de l’emblème national et de l’étendard berbère.
A cet instant, il était 15h45, des individus clamaient « djazair houra démocratia », suivi d’autres slogans, comme « pouvoir assassin » et « madania machi asskaria », qui ont fait réagir d’autres personnes parmi la foule, pour qui « ce n’est pas le moment ni le lieu pour des tels messages ».
Un proche de la famille du défunt a usé de toute sa pédagogique discursive pour dissuader ceux qui tenaient à faire entendre leurs voix et leur colère que le contexte n’est pas celui du langage politique, mais plutôt celui du recueillement et de la compassion.
Les funérailles d’Ali-Yahia Abdenour ont été marquées par la présence de personnes de toutes les couches de la société, du citoyen lambda à la notoriété publique. Il y avait des figures de la scène politique particulièrement celles appartenant au courant démocratique, notamment le FFS, le PT, le PST, le RCD.
Des figures du corps des avocats étaient également au rendez-vous d’adieu avec le doyen de la corporation. C’est le cas, à titre d’exemple, des deux avocats qui ont eu à présider, successivement, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) en succédant à Ali-Yahia Abdenour, à savoir Mustapha Bouchachi et Nourredine Benissad.
La communauté universitaire était également représentée à ces funérailles par la présence de plusieurs enseignants et professeurs exerçant dans les facultés d’Alger.
Il y avait aussi d’autres personnalités publiques comme le patron de Cévital, Issad Rebrab, l’ancien chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali et bien d’autres notoriétés publiques.
« L’Algérie vient de perdre un grand militant qui a tout donné pour la justice et la démocratie. Il a milité durant les moments les plus difficiles sans pour autant renoncer », a souligné Djeloul Djoudi, du PT.
De son côté, Saïd Khelil, acteur politique et détenu des événements d’avril 1980, « des militants anticolonialistes aux militants berbéristes, en passant par ceux de la démocratie politique, ils ont tous fait un bout de chemin avec le défunt ».
Il a ajouté que le défunt représente « le symbole de la lutte pour les droits de l’homme ».
Pour sa part, Mustapha Bouhadef, ancien responsable au FFS et enseignant à l’université de Bab Ezzouar, Me Ali-Yahia « mérite plus que tout ce qui lui a été rendu comme hommage ».
Il a souligné que le défunt « s’était démené dans la défense de toutes les opinions des gens qu’il a eu à défendre donnant ainsi une véritable leçon dans la lutte pour la défense des droits indivisibles ».
Côté officiel, il y avait les conseillers du président de la République, Abdelhafid Alahoum et Ahmed Rachedi, le Secrétaire général du ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit, Laid Rebika, le secrétaire général par intérim de l’Organisation nationale des Moudjahidine, Mohand Ouamar Benlhadj, ainsi que d’anciens ministres.