Jour de délivrance pour le journaliste et militant Fodil Boumala relaxé par le parquet de Dar El Beïda après une mise en détention qui aura duré cinq pénibles mois. Le journaliste et militant retrouve ainsi sa liberté à laquelle il a constamment tenu jusqu’à en faire le ciment de sa magistrale auto-plaidoirie il y a une semaine.

C’est vraisemblablement cette auto-plaidoirie qui a ouvert la voie à la relaxe de l’universitaire mis en prison le 19 septembre dernier pour un chef d’accusation qui énonce «une atteinte à l’intégrité du territoire national».
Le réquisitoire du procureur de la République qui avait requis un an de prison ferme et une amende de 100 000 DA n’annonçait pas moins un message d’espoir pour un jugement heureux pour Boumala, dont les marques de solidarité et de sympathie n’avaient pas manqué depuis son arrestation, lui qui s’est imposé comme une des figures du mouvement populaire.
Pas uniquement une figure de la mobilisation et de la présence physique dans la contestation, mais cette voix qui rappelle, avec la force de l’argument, les valeurs du sursaut populaire pour le changement.
D’où l’euphorie et la joie qui ont marqué hier sa libération devant la prison d’El Harrach ou l’attendaient des militants en fête et des membres de sa famille. La décision de relaxe a également suscité la joie et aussi l’espoir de voir l’ensemble des militants arrêtés lors des marches populaires rentrer chez eux et ceux poursuivis en état de liberté acquittés.
Ils étaient en effet des dizaines de citoyens, proches, amis et militants à avoir accueilli Boumala en véritable héros.
Toujours aussi enthousiaste, plein d’entrain et de verve malgré le poids et les méfaits du séjour carcéral, Boumala fera preuve d’inflexibilité et de détermination à poursuivre son militantisme.
«Moi je suis un être libre. C’est seulement ma liberté qui m’a été spoliée», sont les premiers mots qu’il a prononcés à sa sortie de la prison d’El Harrach. «Dire qu’on m’a rendu ma liberté, c’est comme ce voleur qui te vole ton argent et te le rend en te disant qu’il t’accorde une faveur. Personne ne m’a fait une faveur», a-t-il dit en véritable tribun clamant haut et fort son innocence.
Rendant hommage à l’ensemble des Algériens et à ses avocats, Boumala ne pouvait ne pas évoquer le mouvement populaire estimant qu’il s’agit de «l’affaire de tout un peuple» et que lui ne présente qu’une «goutte d’eau dans un océan», exprimant sa solidarité et sa reconnaissance «avec tous les détenus d’opinion et sa gratitude à l’égard des Algériens qui se sont mobilisés pour sa liberté et celle de tous les prévenus».
Il promet de poursuivre son militantisme et d’être un défenseur de la liberté
«C’est une affaire de liberté d’un peuple, de l’édification de l’État de droit et des libertés», a-t-il plaidé, ajoutant qu’il sera toujours «un défenseur de la liberté, car nous sommes des êtres libres et nous le demeurerons».
Il a ainsi rappelé qu’il «reste encore des détenus d’opinion et du Hirak ainsi que des journalistes» donnant rendez-vous lors du procès de l’autre militant Karim Tabbou prévu, faut-il le souligner, ce mercredi à Sidi M’hamed. Sur le mouvement qui a abordé cette semaine sa deuxième année, Boumala dira que «la révolution blanche va se poursuivre jusqu’à la concrétisation des principes de liberté, de justice, d’un Etat de droit où le peuple est souverain, en ayant un droit de regard sur les affaires publiques».
Pour sa part l’avocat et militant des droits de l’Homme, Nouredine Benissad, a saisi l’occasion pour appeler à la libération de tous les détenus d’opinion et à l’arrêt des poursuites judiciaires enclenchées contre eux.
Sur le cas Boumala, dans lequel l’avocat s’est constitué, il déclare : «Boumala n’a fait qu’exercer ses droits constitutionnels et fondamentaux, et aucune personne ne devrait être poursuivie en justice pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions». L’avocat a fait savoir qu’il s’attendait à ce que le tribunal prononce la relaxe, car le dossier du mis en cause est «éminemment politique», réclamant ainsi d’arrêter « les arrestations qui s’opèrent chaque vendredi et d’abandonner les poursuites judiciaires contre les manifestants et activistes du Hirak».
Quant à Samir Benlarbi, ancien détenu présent au parquet de Dar El Beida, il a félicité le magistrat qui a prononcé la relaxe, en le qualifiant «d’audacieux et courageux».
Il appelle également à ne plus interpeller ou arrêter des manifestants, vu que la manifestation est un droit constitutionnel, «sauf qu’on enregistre des atteintes aux libertés individuelle et collective», s’indigne M. Benlarbi.
Il faut rappeler que Boumala avait été jugé dimanche dernier pour «atteinte à l’unité nationale et affichage de tracts portant atteinte à l’intérêt national».
Le procureur avait requis une peine d’un an de prison ferme assortie d’une amende de 100 000 DA contre le journaliste.
Lors du procès, les avocats ont plaidé l’innocence du militant exigeant l’annulation de ladite poursuite judiciaire et la relaxe de leur client.
Ces derniers ont mis en avant et dénoncé de «nombreuses violations» de la procédure d’arrestation, de son placement en détention préventive et des chefs d’inculpation pour lesquels il a été poursuivi.<