Après 6 mois de détention préventive, le journaliste Rabah Karèche a retrouvé, hier, sa liberté à la grande joie de sa famille et de ses proches, présents à sa sortie de prison à Tamanrasset, où il a passé plus de 180 longs jours.

PAR NAZIM BRAHIMI
Cette délivrance fait suite à sa condamnation en appel, la semaine écoulée, par le tribunal de Tamanrasset à 1 an de prison dont 6 mois fermes et 6 mois avec sursis. «Je suis heureux de retrouver les miens, de serrer mes enfants dans mes bras après six mois d’absence et de privation», a déclaré le journaliste à sa sortie de prison, où il était en détention après sa mise en garde à vue le 18 avril.
Le journaliste est poursuivi pour les chefs d’inculpation d’«administration d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société», «diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public» et «usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et à l’unité nationales». «Je suis victime d’une injustice grave. Je n’ai fait qu’exercer mon métier de journaliste avec professionnalisme», a-t-il tenu à dire à sa sortie de prison, hier, à l’adresse des personnes venues lui témoigner leur solidarité et leur satisfaction à le voir, enfin, parmi les siens.
«Je salue et remercie profondément toutes celles et tous ceux qui m’ont manifesté leur soutien. Les citoyens, les journalistes et notamment le collectif de la défense. Cela m’a beaucoup aidé en prison. J’ai tenu grâce à leur soutien», a-t-il témoigné, non sans exprimer son «impatience» à retrouver son métier. «J’ai hâte de retrouver mes lecteurs, ma plume et de repartir de plus belle», promet-il.
«Sur ordre du procureur de la République près le tribunal de Tamanrasset, j’étais convoqué, aujourd’hui, lundi 1er février 2021, par le bureau de la lutte contre la cybercriminalité de la police judiciaire de Tamanrasset pour m’auditionner au sujet de trois articles de presse publiés par Liberté, puis partagés sur ma page Facebook», avait indiqué le journaliste début février. Fin avril, la demande de liberté provisoire de Rabah Karèche a été rejetée alors que son entourage familial a fait part «d’incessantes intimidations» contre le journaliste.
Aux chefs d’inculpation et au maintien en détention provisoire du journaliste, ses avocats avaient réagi de manière continue pour affirmer que «Karèche n’a fait que son travail et de manière professionnelle». Ces derniers avaient introduit une demande de liberté provisoire au lendemain de son incarcération, mais celle-ci avait été rejetée le 27 avril par la Cour de Tamanrasset.
Pour leur part, les avocats du journaliste ont rappelé, aussi bien lors des plaidoiries que dans leurs déclarations publiques que Rabah Karèche avait été convoqué par les services de police et maintenu en garde à vue au commissariat central, où il a été longuement interrogé sur un article traitant d’une manifestation citoyenne à Tamanrasset contre le nouveau découpage territorial. Il faut souligner que l’emprisonnement de Rabah Karèche a suscité la solidarité de la part de quelques segments de la presse qui se sont mobilisés dès son incarcération.
«La sentence qui est imposée à Rabah Karèche est injuste. Par cet emprisonnement, on prive Tamanrasset d’un de ses plus brillants journalistes, une épouse, de son mari, et deux enfants, de leur père», a indiqué dans un communiqué l’Organisation non gouvernementale, Amnesty International, laquelle a soutenu que «ce verdict inique doit être annulé et le journaliste libéré».