Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est emporté lors du point presse du 5 janvier aux côtés de son homologue français Emmanuel Macron au terme de leur rencontre à Paris, après la question d’un journaliste sur l’aide militaires aux terroristes.

Le journaliste a interpellé le président turc sur le « double-jeu » de la Turquie en Syrie et son éventuel «soutien à certains groupes armés salafistes». La question était directe : «regrettez-vous d’avoir fourni autant d’armes, autant de munitions aux groupes de combattants islamistes et d’avoir laissé passer autant de djihadistes en Syrie, en route vers la Syrie, par votre pays la Turquie ? […] Avez-vous oui ou non, comme des informations nous sont parvenues, fait libérer des membres de Daech en échange de la libération du personnel turc du consulat turc de Mossoul ?» Recep Tayyip Erdogan, visiblement exaspéré par la question a répliqué à plusieurs reprises au journaliste : «Qui a envoyé des armes en Syrie ?» Ce dernier répond : «Il y a les camions des services de renseignement qui ont été interceptés en 2014 et en décembre 2013 sur un poste-frontière et à l’intérieur desquels on a retrouvé des mortiers. Ces images ont été filmées et ont été immédiatement censurées…» Le président turc coupe alors le journaliste et passe au tutoiement : « Toi tu parles comme quelqu’un du FETÖ (mouvement de Fethullah Gülen, accusé d’être impliqué dans la tentative de coup d’Etat de l’été 2016), avec leurs arguments.» Le journaliste rétorque qu’il ne fait que son métier. Erdogan reste sur ses positions « Tu me poses cette question, mais les Etats-Unis ont envoyé 4 000 camions d’armes en Syrie. Pourquoi est-ce que tu ne me poses pas cette question ? 4 000 camions d’armes ont été apportés par les Etats-Unis, tu es journaliste, tu devrais le savoir. Tu devrais aussi poser des questions là-dessus. » S’ensuit un moment de silence embarrassé de plusieurs secondes, avant que le président français ne tente de détendre l’atmosphère on reprenant la parole.

Les «amis» de l’Otan
Ces révélations d’un chef d’Etat d’un pays acteur dans la crise syrienne et dont la frontières avec la Syrie a été cruciale dans la guerre viennent confirmer les soupçons d’aide indirecte de certains Etats occidentaux mais aussi arabes pour des groupes sur le terrain. Les Russes et les Iraniens ont souvent accusé les américains d’au moins protéger certains groupes extrémistes en Syrie en interdisant le survol de certaines zones. Ces accusations vont à l’encontre du discours occidental officiel selon lequel ces Etats combattent Daech en Syrie. Lors de la session de questions-réponses Erdogan a réitéré sa critique vis-à-vis des Etats-Unis. « Les Etats-Unis qui sont nos amis au sein de l’Otan–nous leur avons dit – continuent encore à envoyer des tonnes de camions d’armes, de blindés et de munitions à deux groupes armés kurdes. Ce n’est pas possible, si nous sommes alliés il faut faire le nécessaire, les Etats-Unis essaient de combattre une organisation terroriste avec l’aide de deux organisations terroristes. Cela n’est pas de la lutte contre le terrorisme», s’est indigné le dirigeant turc. Les relations entre la Turquie et les Etats-Unis se sont particulièrement dégradés après le putsch raté de 2016 visant Erdogan. Ce dernier a accusé directement le prédicateur Gülen refugié aux Etats-Unis qui ont refusé de l’extrader.
La question du journaliste faisait probablement référence aux révélations de certains médias et des vidéos diffusées montrant la découverte d’obus de mortier dissimulés sous des médicaments dans des camions, officiellement affrétés par une organisation humanitaire, qui avaient été interceptés en janvier 2014 par la gendarmerie turque, près de la frontière syrienne.