PAR NAZIM BRAHIMI
Saïd Bouteflika, frère de l’ancien Président, a retrouvé une nouvelle fois hier le Tribunal Sidi M’hamed où il a été auditionné dans l’affaire relative au financement occulte de la campagne électorale pour la présidentielle, qui devait se dérouler au mois d’avril 2019, un scénario avorté par le mouvement populaire de février de la même année.
L’audition de Saïd Bouteflika en tant qu’accusé intervient suite aux réponses et témoignages d’Ali Haddad, poursuivi lui aussi dans la même affaire, ont expliqué des avocats du frère de l’ancien président.
L’accusé avait refusé, faut-il le rappeler, de répondre aux interrogations du juge lors de précédentes auditions sans la présence du collectif de sa défense. Mais hier, il a répondu aux questions du juge en déclarant qu’il n’avait «aucun titre officiel en lien» avec le groupe d’Ali Haddad, ajoutant que les chefs d’accusation évoquant son implication dans le «financement occulte» de la campagne électorale en question «sont irrecevables». Saïd Bouteflika a défendu sa thèse en déclarant qu’il était le conseiller du Président et niant «toute responsabilité» dans ladite campagne et l’argent qui avait été recueilli en vue de l’échéance présidentielle qui était alors à l’ordre du jour.
Pour rappel, Saïd Bouteflika avait été acquitté en appel, le 2 janvier passé, par la Cour militaire de Blida dans l’affaire dite du «complot contre l’autorité de l’Etat et de l’Armée» pour laquelle il avait écopé, en première instance, de 15 ans de prison ferme, ainsi que les autres accusés dans la même affaire, à savoir les généraux Mohamed Mediène et Athmane Tartag, ainsi que la cheffe du PT, Louisa Hanoune.
«En application de la décision de la Cour d’appel militaire de Blida, prononcée lors de l’audience tenue en date du 2 janvier 2021, nous informons l’opinion publique que l’accusé Saïd Bouteflika a été transféré hier soir, le 3 janvier 2020, de l’Etablissement militaire de Prévention et de Rééducation de Blida vers l’Etablissement pénitentiaire d’El-Harrach et a été mis à la disposition du Procureur de la République, près le pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’Hamed où il est poursuivi dans d’autres affaires», avait précisé le ministère de la Défense nationale dans un communiqué.
Saïd Bouteflika est poursuivi, pour rappel, dans l’affaire de l’acquisition d’équipements par l’homme d’affaires Ali Haddad pour le lancement de la chaîne Istimraria TV, destinée à faire la promotion d’un cinquième mandat pour l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Pour sa part, Tartag se trouve lui aussi dans une situation similaire à celle de Saïd Bouteflika puisqu’il est poursuivi dans une autre affaire, traitée par une juridiction civile. Athmane Tartag dit Bachir a été placé sous mandat de dépôt pour «non-respect de la procédure lors des enquêtes effectuées par ses services dans l’affaire de Mme Maya, la prétendue fille cachée de Bouteflika, et celle d’un des enfants de l’ancien secrétaire général du parti FLN, Djamel Ould Abbès. Le nom de Tartag a été également cité dans l’audition de l’ancien député Baha Eddine Tliba, qui répondait à une accusation du fils de l’ex-secrétaire général du FLN.
«La liste des candidats aux législatives de 2017 a été faite au CIC, par la commission présidée par Abdelmalek Sellal, Premier ministre, non affilié au FLN, et constituée de Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur, qui n’est pas membre du parti, Tayeb Louh, ministre de la Justice, et Mustapha Rahiel, chef de cabinet de Sellal, en présence formelle du secrétaire générale du FLN, Djamel Ould Abbès, qui l’approuve dans les procès-verbaux», avait déclaré Ould Abbès junior. Ce à quoi Tliba avait riposté en soutenant que «la vérité est que les deux enfants de Djamel Ould Abbès m’ont demandé 70 millions de dinars pour être tête de liste à Annaba. Je suis allé informer le général Bachir Tartag, qui a ouvert une enquête. J’ai été le voir à son bureau à Dély Ibrahim, il m’a demandé de rester en contact avec les deux enfants.» n