Le taux de chômage des jeunes (16 et 24 ans) a grimpé à 26,7% en septembre 2016, contre 24,7% en avril de la même année, selon les dernières données fournies hier par l’Office national des statistiques (ONS). L’Algérie reste visiblement au-dessus de la moyenne de la région Moyent-Orient et Afrique du Nord, estimée par les institutions de Bretton Woods à 25%. Malgré les mises en garde du FMI et de la Banque mondiale qui s’alarment de la hausse du chômage chez les jeunes, l’Algérie n’a pas réussi à endiguer cette évolution.
Ces tendances ascendantes risquent de ne pas disparaître de sitôt eu égard aux mesures d’austérité et d’ajustements budgétaires, dont l’entrée en vigueur est intervenue depuis le début de l’actuel exercice. Sur la période 2017-2019, qui sera marquée par le gel des embauches et des promotions dans la Fonction publique ainsi que par une réduction drastique des dépenses d’investissement, l’aggravation du coût social de la crise est à craindre. Les économistes les plus avertis éprouvent de l’appréhension quant aux tendances qui vont marquer le terrain socioéconomique sur les trois prochaines années. Le rapport publié hier par l’Office national des statistiques dresse un bilan désastreux des embauches et de l’employabilité des jeunes d’avril à septembre 2016.
D’entrée de jeu, l’organisme officiel de l’information statistique, rattaché au ministère des Finances depuis 2009, lève le voile sur une hausse de deux points du taux de chômage chez les jeunes. Une évolution pour le moins inquiétante, dans un contexte économique empreint d’incertitudes, ne favorisant guère les créations d’emplois tant chez les secteurs publics que chez le privé. Il était évident que les arbitrages allaient être difficiles au fur et à mesure que la crise s’emballe. Ne disposant que de peu de cordes à son arc, le gouvernement s’est laissé tenter par une envie de réformes depuis fin 2015, quitte à faire grimper le chômage et l’inflation. Une envie qui s’est matérialisée par la conception de deux lois de finances 2016-2017 marquées par les tentations austères : baisse des subventions et des dépenses d’investissement. Il était clair que ces deux mesures phares des deux dernières lois budgétaires allaient favoriser le chômage, tant il est vrai que la baisse des subventions directes et/ou indirectes accordées aux entreprises, aux organismes publics, aux dispositifs de soutien à l’emploi… allaient laisser sur le banc des milliers de jeunes.
Les coupes drastiques dans le budget d’équipement (-16% en 2016 et -28% en 2017) ont fait sortir les économistes de leurs gonds, mettant en garde contre l’aggravation du coût social de la crise, notamment, en termes de chômage. Pour ainsi dire, ce sont les jeunes qui semblent avoir souffert le plus des premières mesures du gouvernement destinées à lutter contre une crise financière endémique. Les prévisions d’une crispation du marché du travail dans les années à venir fait planer un air d’inquiétude, étant donné que cette situation ne fera que chuter davantage la part des jeunes dans la population active. Depuis près d’une décennie, le FMI et la Banque mondiale n’ont cessé d’alerter les pouvoirs publics quant à l’évolution négative du chômage chez les jeunes. « La persistance du niveau élevé du chômage des jeunes a entravé la réduction de la pauvreté et des inégalités », écrit la Banque mondiale dans son dernier rapport concernant l’évolution des indicateurs de l’économie algérienne au premier semestre 2016.
« En 2015, le taux de chômage a dépassé les  2 chiffres pour atteindre 11,2 %, n’a pas changé de façon significative dans la première moitié de l’année 2016, et reste particulièrement élevé parmi les femmes (16,6 %) et les jeunes  (29,9 %) », lit-on encore dans le même rapport. Lequel conclut que l’augmentation du mécontentement social vis-à-vis des coupes budgétaires, de l’augmentation des taxes et du taux de chômage élevé chez les jeunes pose également un risque. Il est donc évident que les défis les plus vitaux auxquels est confronté le gouvernement au cours des prochaines années est la réduction du taux de chômage chez les jeunes. Autrement, ce serait une vraie bombe à retardement.n