Le grand chanteur et poète d’expression kabyle Lounis Aït Menguellat a donné, avant-hier vendredi, un grand spectacle à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh, face à un public des grands jours. Le ciseleur du mot a, en effet, drainé un public si nombreux, à tel point point que la grande salle de l’Opéra d’Alger n’a pas suffi à le contenir.

Beaucoup n’ont pu accéder à la salle, ce qui a incité les organisateurs à programmer un autre concert le lendemain pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir un billet. D’ailleurs, presque une heure avant le début du concert, une foule compacte se pressait devant les portes de l’Opéra.
Le récital a commencé vers 16 heures avec un orchestre d’une quinzaine de musiciens dirigé par le fils du maestro Djaâfar. Juste après son apparition sur scène, Lounis Aït Menguellat a porté à la connaissance de ses fans qu’il allait interpréter principalement quelques pièces de son repertoire des années d´or. «Je vais vous interpréter des morceaux de mon ancien répertoire. Si vous ne le désirez pas ou si vous n’avez pas envie de l’écouter, vous n’avez qu’à me le dire. On passera au nouveau», a-t-il dit en s’adressant à son public sous le charme.
Le pied sur une chaise et guitare posée sur le genou, Lounis entame son concert avec ses fameuses chansons des années 1970 et 1980 qui l’ont hissé, comme «Dhaghriv ur zegragh levhar (Exilé sans traverser la mer», «ach,hal i hedragh fell am (J´ai longtemps parlé de toi), ou encore, ourighas tabrat neslam ( je lui écrit une lettre).
En interprétant «telt yam (trois jours)», le public n’a pas tardé pour envahir le devant de la scène pour danser sur le rythme de ce morceau de grande renommée qui a bercé des générations de fans. D’autres jeunes, en signe de respect, de reconnaissance et de courtoisie au chanteur ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire : «Sur les traces d’Aït Menguellat, toujours fidèles à notre poète, sage et philosophe». Une banderole qui a fait plaisir le chanteur et enflammé davantage son public qui l’a applaudi longuement. Il a interprété également, l’une des premières longues chansons qu’il a composée et chantée pour la première fois à Alger à la salle Atlas, «anida tedjam mmi» (où avez-vous laissé mon fils).
Outre les chansons sentimentales et d’autres à caractère social, le maître de la chanson kabyle a enchaîné avec ses chansons engagées de la fin des années 1980. Des titres qui reflètent son engagement politique, son combat et sa défense pour la culture et l’identité berbères. Il s’agit entre autres de «abrid n temzi», une chanson qui a d’ailleurs fait réagir le public qui scandait des slogans en faveur de tamazight, ou «Aka ammi (Ainsi, mon fils)», une adaptation du «Prince» de Machiavel. C’est une sorte de dialogue entre un fils idéaliste et un père cynique, machiavélique, qui a également charmé le public qui a chanté en choeur avec Lounis tout au long du spectacle. Une communion.