Il y a six jours, la funeste nouvelle tombe comme un couperet : Idir, l’icône de la chanson algérienne, est décédé à Paris à l’âge de 70 ans, léguant au patrimoine lyrique algérien un riche répertoire à la fois ancré sur la tradition et ouvert aux nouvelles sonorités modernes et aux diverses couleurs des musiques du monde.

Par Abdelkrim Tazarout
Plusieurs personnalités du monde entier lui ont rendu hommage, le peuple algérien le pleure, ses admirateurs, et ils sont nombreux dans les quatre coins du monde, ont appris la triste nouvelle avec consternation et tristesse.
Près d’une semaine après, les hommages et les recueillements musicaux à travers le monde se poursuivent pour rendre hommage à cette grande personnalité qui a marqué le monde. Et pour cause, la chanson «Vava Inouva» a marqué les esprits là où elle est née puis partout dans le monde grâce à la magie des reprises et Idir a gravé son nom au panthéon de l’histoire avec sa poésie, ses mélodies, son humanisme et ses engagements pour la paix et la tolérance.
Tous, entre personnalités politiques, artistes, célébrités et autres fans, ici et ailleurs, ont sans doute saisi toute la dimension de ce grand artiste d’un pays, où le show n’est pas encore à la page ni, par ailleurs, admis dans les mentalités. Bref, de par le monde, on a compris le destin de cet homme singulier, venu des montagnes de Kabylie pour conquérir le monde avec la poésie et une guitare en bandoulière, lui, l’enfant de la génération de la guerre de libération nationale. A sa manière, il a été de tous les combats sans jamais fléchir, avec patience et persévérance, conceptualisant les défis et les voies menant à la liberté d’être tout simplement.
La carrière d’Idir est un ensemble de coïncidences, sans lesquelles il n’aurait pas été chanteur, mais compositeur et auteur, à l’ombre de la scène, sans doute par respect à ses parents et à la tradition ancestrale.
Quand il a composé «A Vava inouva» en 1973, il a été voir Djamel Allam, accompagné de Ben Mohamed, à Moretti, pour lui proposer de chanter sa composition. Djamel Allam a écouté Idir chanter et lui a simplement répondu qu’il chantait bien et qu’il devait l’enregistrer en dépit de l’insistance d’Idir. Ceci pour la première coïncidence. Pour la seconde, invité à la Radio nationale pour accompagner la chanteuse Nouara, celle-ci rate le rendez-vous et le producteur de l’émission lui demande de la remplacer et Hamid Cheriet devient Idir le temps de la chanson «A Vava Inouva». C’est donc dans la clandestinité avec un pseudonyme qu’Idir entame sa brillante carrière, grâce au hasard de l’histoire, lui, le géologue de formation. La suite tout le monde la connaît. Succès planétaire de «A Vava Inouva» pendant qu’il faisait son service militaire puis tournées à travers l’Algérie et, enfin, départ en France, où il s’installera définitivement en 1976. D’album en album, les succès se multiplient au grand plaisir de ses fans de plus en plus nombreux. Qui n’a pas fredonné un air de «A Vava Inouva», qui n’a pas dansé sous le rythme endiablé de «Zwit Erwit», qui n’a pas eu la nostalgie avec «Chfigh» et qui n’a pas une forte charge émotionnelle avec «Alkhir Inu».
Dans ses compositions, il y a la magie des mélodies simples et harmonieuses, de la sincérité et de l’authenticité et c’était assurément sa marque de fabrique. Repose en paix, l’artiste, la légende. Notre légende nationale.

bio-express
25 octobre 1949
Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet, naît à Aït Lahcène, à 35 km de Tizi-Ouzou, capitale de la Grande-Kabylie. Il fait des études de géologie.
1973
Remplace au pied levé la chanteuse Nouara à Radio Alger. Sa chanson en langue berbère «Vava Inouva» fait le tour du monde à son insu pendant qu’il fait son service militaire.
1975
Sollicité par la maison de disques Pathé Marconi, il rejoint Paris pour produire son premier album, également intitulé «Vava Inouva».
1981
Disparaît de la scène pendant dix ans.
1991
Sa carrière est relancée avec la sortie d’une compilation de ses chansons.
1999
Publie l’album «Identités», sur lequel il chante avec Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion, Zebda, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’Orchestre national de Barbès.
2007
Publie l’album «La France des couleurs» pendant la campagne présidentielle française.
Janvier 2018
Revient chanter à Alger pour le nouvel an berbère «Yennayer» après une absence de 38 ans.
2 mai 2020
Décès à Paris.