Quand le temps fait des siennes, le Délégué national aux risques majeurs accourt ! Il y a quelques années, les Algériens ne savaient rien ou presque de ce responsable ni de son métier au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

Aujourd’hui, il est devenu un personnage d’actualité et un marqueur malgré lui de l’emballement météorologique que vit le pays, depuis quelques semaines, avec la persistance de l’«hiver tardif», selon le jargon des spécialistes, et les fortes pluies qui se sont abattues durant ces derniers jours sur les Hauts-Plateaux. Tahar Melizi, c’est son nom, vient de la « préfectorale ». Son dernier poste en tant que wali a été de celui de Skikda. Il le quittera en 2010, à l’issue du large mouvement auquel avait procédé le président de la République à l’époque, pour rejoindre une année plus tard la présidence de la Délégation nationale aux risques majeurs en vertu d’un décret correspondant à la loi de décembre 2004 sur la prévention des risques majeurs et à la gestion de crise. On s’en souvient, cette loi a été adoptée au lendemain des catastrophes majeures subies par l’Algérie après les inondations, en novembre 2001 à Alger et le séisme de mai 2003 qui a frappé Boumerdès et une partie de l’Algérois. Dans un entretien paru en 2014, M. Melizi prévenait déjà que notre pays n’est pas menacé uniquement par les séismes – un risque naturel qui a été pendant longtemps et, historiquement, le seul à être abordé dans les débats et les rencontres publics – mais qu’il reste également vulnérable aux inondations, aux feux de forêt ainsi qu’aux accidents industriels de grande ampleur comme on l’a constaté récemment à Skikda, Sidi-Bel-Abbès et dans d’autres régions du pays où il existe une concentration d’unités industrielles.
Dans une autre déclaration, en décembre 2016, le Délégué national aux risques majeurs avait indiqué, à l’occasion d’une journée d’information organisée à Boumerdès, que ses services travaillaient à la réalisation d’une « banque nationale de données » afin de mieux connaître les risques et les anticiper en termes de prévention et de lutte. A ce jour, cette banque de données n’est pas encore disponible mais, « elle est progressivement alimentée », avait déclaré M. Melizi à partir de la création de « fichiers nationaux et locaux ». Indication intéressante fournie par ce responsable en ce qui concerne les risques d’inondation, comme on l’a observé durant ces derniers jours dans les régions de
Tiaret et d’El Bayadh, l’urgence est de mieux connaître le réseau hydrographique national dont une grande partie n’est pas visible : des cours d’eau, des oueds qu’on ne voit pas et qui, à tout moment, après de fortes précipitations, peuvent surgir, déborder et constituer un risque comme il semble s’être agi dans les régions du pays où il s’est déplacé durant ce week-end pour évaluer les dégâts.
Si les spécialistes identifient dix risques majeurs en Algérie, leur cartographie complète tarde à voir le jour mais les services du ministère de l’Intérieur, apprend-on, ont déjà une idée précise sur les zones vulnérables. Une fois achevée, cette cartographie, qui classe par exemple les régions de Constantine, Ghardaïa et Sidi Bel-Abbès parmi les plus exposées et sécurisées, affirme-t-on, permettra au pays de disposer d’un outil de prévention capital. Elle devrait permettre aux communes, dont les élus sont souvent loin de connaître les risques naturels auxquels leurs collectivités locales sont exposées, de mieux se préparer.