Par Khaled Remouche
Les prévisions du FMI et de la Banque mondiale concernant l’évolution du secteur des hydrocarbures n’ont suscité, à première vue, aucune réaction des spécialistes alors que cette question est d’une importance capitale, quand on sait que l’Algérie continue à dépendre pour ses recettes en devises à environ 90 % de ses ventes d’hydrocarbures à l’étranger. Ces deux institutions, faut-il le rappeler, anticipent un tassement progressif de la croissance économique du pays à partir de 2022 et jusqu’en 2026, selon le Fonds, à cause de la baisse qu’elles anticipent de la production du secteur des hydrocarbures. Pour le FMI, les quantités produites seront limitées notamment en gaz naturel liquéfié (GNL). La réaction tardive du pays aux évolutions liées à la transition énergétique ainsi que les mutations en matière de modèle de consommation énergétique dans le monde vont conduire à moyen terme à la baisse des cours du pétrole. La question est donc de savoir si ces prévisions sont réalistes ou, autrement dit, si l’Algérie est en position de démentir ces projections.
Il faut rappeler que l’Algérie connaît des problèmes de volumes ou de production depuis au moins 2018 pour deux raisons essentielles : la baisse des investissements directs étrangers dans le secteur depuis 2010, accentuée ces dernières années, et le déclin des gros gisements de pétrole du bassin de Berkine ainsi que la baisse de production des plus gros gisements du pays, Hassi Messaoud et Hassi R’Mel.
La hausse de production et des exportations semble un effet de la chute importante des volumes produits et exportés en 2020. Pour le FMI, la baisse des investissements dans le secteur pétrolier, ces dernières années, auront un impact sur la production durant la période 2022-26. Selon ces prévisions, l’Algérie s’achemine vers une baisse de la rente pétrolière. Cette tendance se trouve confortée par la hausse importante des besoins domestiques en produits pétroliers et gaziers à hauteur de 9% en 2021. En somme, des pressions vont s’exercer sur les volumes exportés. Toufik Hakkar, dans son message de fin
d’année 2020, a indiqué que 20 millions de tonnes équivalent pétrole supplémentaires seront destinés d’ici à 2024 pour satisfaire les besoins du marché intérieur en énergie, ce qui risque de rogner sur les volumes d’hydrocarbures exportés.
Cette tendance à la baisse de la rente pétrolière semble visible à travers la comparaison entre les résultats en termes de recettes de Sonatrach : 39 milliards de dollars avec un prix du baril de 40 dollars en 2017, 34,5 milliards de dollars en 2021 avec un prix du baril de 60 dollars.
Le problème de volume continue de se poser. Du fait du retard, également, dans la mise en service de nouveaux gisements de gaz et de pétrole. Les fruits de la nouvelle loi des hydrocarbures si l’environnement de l’entreprise est amélioré ne pourront apparaître essentiellement que dans cinq à 10 ans. Ali Hached, l’ancien vice-président de Sonatrach chargé de la commercialisation estime qu’il faudra quatre gisements de la taille d’In Salah concernant le gaz pour régler le problème de volume. En l’absence de découvertes de gisements de cette taille jusqu’à présent, il faudrait, selon lui, tabler sur le gaz et le pétrole de schiste dont le potentiel est énorme. Il faudrait adopter auparavant une campagne de communication de proximité en direction des populations du Sud pour les convaincre, en leur assurant toutes les garanties en matière d’environnement et d’exploitation raisonnable des ressources hydriques, donc sans préjudice sur l’agriculture saharienne et l’approvisionnement en eau potable.
L’équation du volume, quitte à le rappeler, se règle également par la rationalisation de la consommation énergétique, un chantier ouvert mais qui n’avance pas au rythme attendu. Ce qui pose un sérieux problème car il réduit la capacité de Sonatrach à maintenir et augmenter ses exportations et donc à maintenir ou augmenter les recettes pétrolières. Quant à celle du prix, la question est de savoir si Sonatrach profite pleinement de la hausse des prix du pétrole et du gaz actuellement ? <