Les cours ont atteint, hier, un pic record, représentant pour les pays producteurs, dont l’Algérie,
une opportunité d’engranger des revenus supplémentaires conséquents

Par Kahina Sidhoum
Les prix du baril de Brent de la mer du Nord et du West Texas Intermediate (WTI) pour le mois de novembre ont atteint hier en début de séance européenne à Londres les 83,47 dollars et 79,78 dollars. Cette embellie, indiquent les observateurs, bénéficie des incertitudes concernant les approvisionnements en énergie, en raison notamment du resserrement des réserves du brut, du gaz naturel et du charbon.
Les experts des pays consommateurs ajoutent que la réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de leurs alliés via l’accord Opep+, qui s’est soldée lundi 4 octobre par la décision de ne pas ouvrir les vannes selon la demande du marché, a contribué à cette hausse des cours. L’Opep+, rappelons-le, a fait le choix de rester sur son plan de juillet dernier et de se contenter d’augmenter sa production globale de 400 000 barils/j pour novembre.
De son côté, le marché du gaz naturel connaissait hier une nouvelle séance très active. Les cours européens des contrats à terme ont atteint des nouveaux records, atteignant lors des échanges matinaux un niveau de 1 229,1 dollars pour mille mètres cubes, un sommet historique. Cette hausse remarquable a lieu dans un contexte d’augmentation de la demande sur le gaz naturel, indispensable à la production de l’électricité, avec la baisse persistante des réserves dans la plupart des 27 pays de l’Union européenne. Selon un rapport de l’agence de presse internationale Bloomberg, paru lundi 4 octobre, les réserves européennes de gaz naturel sont tombées à leur niveau le plus bas depuis environ 10 ans, au cours de cette période de l’année. Cette baisse est due principalement à la reprise des économies des pays européens de l’impact de la pandémie de coronavirus. Elle est due également à l’augmentation de la consommation d’énergie avec le début de l’hiver, dans certains pays de l’UE.
D’autres observateurs du marché mettent aussi en avant la demande asiatique, notamment chinoise, les contraintes environnementales limitant l’exploitation du charbon dans le pays ayant en effet entraîné un report soudain de la demande sur le gaz. Des analystes d’ING ajoutent un ensemble de facteurs composés «de prix élevés de l’électricité, d’une offre limitée en provenance de Russie et la possibilité d’un hiver plus froid». Dans ce contexte, les critiques en Europe et aux Etats-Unis contre Moscou n’ont pas manqué, l’accusant de ne pas ouvrir suffisamment les robinets afin d’obtenir la mise en service au plus vite de son gazoduc controversé vers l’Allemagne, Nord Stream 2, achevé et dont le remplissage a commencé. Le Kremlin a cependant affirmé hier que la Russie n’avait «rien à voir» dans l’envolée récente des prix du gaz. Le président russe Vladimir Poutine a même jugé l’Europe responsable de la crise du gaz, car elle n’a pas conclu suffisamment de contrats de livraison à long terme avec Moscou, favorisant ainsi l’envolée des prix.
Mardi 5 octobre, dans la soirée, l’Espagne, la République Tchèque, la Grèce, la France et la Roumanie ont publié un communiqué commun, appelant à l’adoption d’une approche menant à une baisse des cours du gaz naturel, sur le marché européen. Selon le communiqué commun, les cinq pays ont souligné l’importance de créer un fonds de régulation qui répondrait à tout développement urgent sur le marché de l’énergie, entre les etats membres de l’Union européenne. Le même communiqué a ajouté : «Nous devons analyser le marché du gaz naturel pour comprendre les raisons de la hausse des cours et connaître les raisons de l’insuffisance des contrats d’achat des pays exportateurs… et fixer des règles pour le stockage du gaz».
Pour certains experts, la réponse est que la flambée des prix du gaz naturel a des chances de persister et de rester à des niveaux records au moins jusqu’au printemps 2022. Bank of America s’attend à ce que les prix du gaz restent élevés en Europe et devraient progresser d’environ 30% en septembre et de 7% en octobre prochain, tandis que les experts espagnols, cités par des médias locaux, estiment que la tendance à la hausse des prix se poursuivra jusqu’au printemps prochain au moins. Dans l’indice néerlandais du gaz TTF, considéré comme une référence pour le continent européen, le prix du mégawattheure a atteint 79 euros, un pic que les prix du gaz n’avaient jamais pu atteindre auparavant en Europe.
Une situation qui devrait constituer une belle opportunité de marché par la compagnie nationale d’hydrocarbures Sonatrach, fournisseur traditionnel de l’Europe, pour générer des revenus supplémentaires conséquents, étant donné que la plus grande partie de ses ventes est commercialisée sur le marché européen à travers des contrats de long terme.