Le plus avancé dans ses discussions avec Sonatrach, sur la voie de la conclusion de nouveaux contrats d’hydrocarbures sous l’égide de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, est incontestablement l’ENI. C’est la première compagnie étrangère présente dans l’amont algérien qui ait signé, en juillet 2020, un mémorandum d’entente qui fixe la feuille de route, et finalisé ses discussions jeudi dernier à l’occasion de la rencontre à Milan entre les responsables des deux compagnies en vue de la conclusion d’un accord ferme dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Elle vise la relance de l’exploration et le développement de gisements dans le bassin de Berkine et la constitution d’un hub pétrolier et gazier à MLE et BRN.
Il s’agit précisément de relancer l’exploration et le développement des gisements de Zemoul El Arbi, Sif Fatima et Ourhoud II, dont la production de pétrole et de gaz a débuté respectivement en 2019 et 2020, indique l’ENI. En 2020, des découvertes de gaz et de pétrole ont été réalisées à Ouhoud II. Il s’agit également de mettre en synergie les installations de MLE et les gisements qui produisent du gaz, tels que Zemoul El Akbar en vue de constituer un hub gazier à MLE et CAFCS. Les installations de traitement de brut de BRN avec une capacité de 150 000 barils/jour serviront à ériger un hub pétrolier dans le bassin de Berkine, recevant ainsi toutes les productions de brut de BRN et ses champs satellites ainsi que le brut produit dans d’autres champs opérés par l’ENI dans la région. Il est prévu à travers la relance de l’exploration et le développement dans les trois gisements d’extraire à moyen terme 60 000 barils équivalent pétrole, rappelons-le. L’ENI en partenariat avec Sonatrach a produit 90 000 barils/jour équivalent pétrole en 2019. Il escompte à court terme en produire 100 000 barils/jour.
Sonatrach et l’ENI, rappelons-le, ont conclu entre 2018 et 2021 plusieurs accords allant dans l’optique de ces développements de production dans le bassin de Berkine et l’émergence d’un hub pétrolier et gazier. Après le contrat signé pour le développement des trois gisements précités et la construction d’un gazoduc entre BRN et MLE en 2018, deux accords ont été signés pour la commercialisation par Sonatrach respectivement de 500 millions de mètres cubes de gaz/an à partir de la production de gaz naturel du champ de Zemoul El Akbar et 1,5 milliard de mètres cubes/an des champs de Zemoul El Arbi, Sif Fatima II et Ourhoud II. Imitant le même modèle de partenariat, ENI, l’américain Occidental et le français Total ont signé, le 31 janvier dernier, un accord préliminaire sur une feuille de route destinée à relancer l’exploration et la poursuite du développement de la production dans les blocs 404 et 208, c’est-à-dire HBNS et Ourhoud et El Merk, où les trois partenaires de Sonatrach détiennent des participations dans ces trois champs. L’ENI indique que des forages de puits de production d’injection d’eau ont été effectués, en 2019, afin de poursuivre la phase de développement de champ de pétrole important en vue de stimuler et d’optimiser la production.
A signaler que ces accords préliminaires interviennent dans un contexte international où de grandes compagnies internationales ont révisé leur politique d’investissement en ambitionnant de se développer dans les énergies renouvelables et autres filières liées à la transition énergétique. Ils envisagent, pour certaines parmi les plus importantes au monde, un futur moins fossile. « Les grandes compagnies pétrolières vont moins investir dans les projets hydrocarbures risqués, mais se concentrer sur des projets moins risqués où le retour sur investissement est plus rapide et où le taux de rentabilité est plus important », avertit un spécialiste pétrolier. ENI, Total et Occidental semblent procéder de cette stratégie. Mais, attendons que les contrats fermes soient signés au cours de l’année 2021, une fois les textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures entièrement finalisés, pour être fixé sur la nature de l’implication de ces compagnies internationales. Au-delà de la nature de ces intentions, le plus important est que ces accords contribuent à favoriser un accroissement des réserves d’hydrocarbures et un développement de la production de pétrole et de gaz, en attendant que d’autres compagnies internationales s’impliquent dans ce processus. Sonatrach, quant à elle, est contrainte de s’adapter. Elle aussi s’implique et doit s’impliquer dans la transition énergétique comme le prévoit la stratégie Sonatrach 2030.K. R.