Dans une déclaration à la radio Chaine III, hier, le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar a averti que les rentrées en argent de la vente de nos hydrocarbures seront de 23 milliards de dollars, soit 10 milliards de moins qu’en 2019, et la confirmation que les recettes, cette année, seront proportionnelles à la crise que connaît le marché pétrolier à l’échelle mondiale.

Le premier responsable du secteur a indiqué également que l’augmentation des tarifs de l’électricité et du gaz n’est pas à l’ordre du jour. L’audit de Sonatrach sera lancé la semaine prochaine et l’application de la loi sur les hydrocarbures est suspendue à la finalisation des textes d’application prévue en septembre prochain. Le ministre de l’Energie, qui était hier l’invité de la Rédaction, l’émission matinale de la Chaîne III, n’a pas manqué de souligner que l’Algérie connaît une situation financière difficile en raison des effets de la Covid-19 et de la chute brutale des prix du pétrole. «Le marché pétrolier a dégringolé. La production d’hydrocarbures a baissé. Il faut s’attendre à des recettes hydrocarbures de seulement 23 milliards de dollars en 2020, contre 33 milliards de dollars en 2019, soit une baisse de 10 milliards de dollars», estime Abdelmadjid Attar. Concernant la nouvelle feuille de route de la branche énergie, sur le court terme, il a insisté sur le programme urgent de raccordement au gaz et à l’électricité décidé par le Président de la République. Ce chantier constitue une priorité du secteur à brève échéance. Il a rappelé l’importance de ce programme. Achevés, ces chantiers de raccordement pourraient procurer des centaines de milliers d’emplois. C’est ce qu’attendent les jeunes. «Avec la crise économique accentuée par la Covid-19, s’impose la nécessité d’une meilleure affectation de l’énergie. Le gaz et l’électricité devront aller aux producteurs. Il y a 50 zones industrielles, seule la zone industrielle de Relizane est totalement raccordée au gaz et à l’électricité. Nous avons 8 800 demandes de raccordements en gaz et électricité, seulement 1 135 sont en cours d’étude de raccordement ou en cours de raccordement. Il s’agit notamment de petites menuiseries ou d’unités de ferronnerie ou de petites usines de fabrication de biens de consommation. Si chaque unité industrielle est raccordée, elle peut en produisant créer 10 à 20 emplois pour les jeunes. Nous avons 8 400 périmètres agricoles qui demandent à être raccordées à l’électricité, seulement 2 900 sont en cours d’étude de raccordement ou en cours de raccordement. Ces usines et hectares mis en production créeront des emplois et des richesses qui relanceront la consommation et permettront de remettre le pays sur les sentiers de la croissance, a-t-il laissé entendre. «C’est Sonelgaz qui est chargée de mettre en oeuvre ce programme», a-t-il rappelé.

«Sonelgaz est à genoux, elle vend à perte l’électricité»
Le premier responsable du secteur a abordé, en outre, la situation de la compagnie nationale d’électricité. «Sonelgaz est à genoux, elle vend à perte l’électricité. Sans le soutien de l’Etat, elle déposerait son bilan. Ce n’est la faute ni aux travailleurs de Sonelgaz ni à son encadrement. L’Etat doit continuer à soutenir Sonelgaz», a-t-il lancé. Sur ses propos déformés sur la question des primes, il a indiqué qu’il n’est pas question de supprimer une quelconque prime à Sonelgaz. «J’ai demandé par solidarité avec les Algériens touchés par la pandémie Covid-19 de baisser la prime d’encouragement des travailleurs de Sonelgaz. Il n’est pas question de supprimer cette prime d’encouragement.» Il a ajouté que son département compte revoir le plan de développement de Sonelgaz. Le programme de développement de Sonelgaz tiendra compte de la stratégie de transition énergétique, de l’efficacité énergétique. L’actuel programme prévoit 27 milliards de dollars d’investissements notamment dans la réalisation de nouvelles centrales électriques pour faire face à la demande en forte évolution. Mais il a cependant relevé une situation paradoxale évoquée par plusieurs spécialistes de l’énergie : «La capacité de production, actuellement de 16 000 MW, et qui sera portée à 29 000 MW à l’horizon 2030, fera face au pic de la demande au cours de l’été, soit pendant un mois. Pendant les 11 autres mois, cette capacité est inutilisée.» En termes simples, les centrales électriques ne tournent pas à plein régime pendant 11 mois. Ce qui constitue une aberration économique. Pour remédier à cette situation anti-économique, le ministre de l’Energie compte revoir la politique du tout-électrique. A l’avenir, Sonelgaz fera face au pic de la demande par l’intégration des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Il a également indiqué que la hausse des tarifs de l’électricité et du gaz n’est pas à l’ordre du jour. Le Président de la République ne veut pas d’une augmentation des prix de l’électricité et du gaz, a-t-il ajouté. Mais le ministre de l’Energie n’a pas exclu une hausse des prix des carburants à l’avenir.
«1,2 milliard de tonnes de réserves de pétrole supplémentaires sont récupérables à court et moyen termes, soit autant que les réserves actuelles de brut». Sur l’audit profond de Sonatrach, il a annoncé qu’il sera lancé la semaine prochaine et portera sur l’organisation de Sonatrach. La finalité est de réduire les coûts à Sonatrach, de réduire le prix de revient du baril de pétrole produit par la compagnie pétrolière nationale, source de sa compétitivité, de supprimer les postes à l’étranger qui ne sont pas indispensables et qu’on peut assurer à partir de bureaux à Alger. «Il s’agit de centrer ses activités sur ses métiers de base (l’exploration et la production). Sonatrach s’occupe actuellement de choses qui ne relèvent pas de son périmètre d’activité».
Sur la loi sur les hydrocarbures, son constat a été que l’élaboration de ses textes d’application connaît un retard. «J’ai donné un délai jusqu’à fin août pour que ce chantier soit terminé et que les textes d’application de la loi sur les hydrocarbures soient prêts en septembre prochain. Les partenaires étrangers attendent les textes d’application pour pouvoir investir en Algérie. Il a souligné que les investisseurs étrangers dans le secteur pétrolier algérien doivent avoir confiance en l’Etat algérien, en Sonatrach et ses capacités pour pouvoir s’engager en Algérie. Ils ont besoin de stabilité juridique, de stabilité managériale. En ce sens, le ministre de l’Energie a indiqué qu’il existe 50 petits gisements découverts et non développés. «Nous comptons développer à court terme ces gisements en partenariat avec les compagnies étrangères et mettre en service les nouveaux gisements qui connaissent un retard dans leur mise en service. Il a cité le gisement de gaz de l’Ahnet qui devait être développé en 2014 et qui, à ce jour, n’a pas été mis en service. Cela devrait permettre d’inverser la tendance, à savoir atteindre une croissance de la production d’hydrocarbures. Il a indiqué que les réserves probables et possibles sont de l’ordre de 2,4 milliards de tonnes de pétrole, 1,2 milliard de tonnes de réserves récupérables, si on parvenait à prouver ces réserves, c’est autant que les réserves actuelles de pétrole non consommées. Il a ajouté que ces réserves de pétrole et de gaz à confirmer permettront d’assurer la sécurité énergétique de l’Algérie jusqu’en 2050, si on intègre les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique dans le bilan énergétique. Sur le gaz de schiste, il a répondu qu’il sera développé et exploité si nous n’avons pas d’autre solution. Avec la transition énergétique qui prévoit le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’adoption d’un modèle de consommation énergétique plus rationnel, nous n’aurons pas besoin d’exploiter le gaz de schiste, a-til ajouté.

«Développer le gaz de schiste, si nous n’avons pas d’autre solution»
Concernant les prix du gaz à l’international, il a affirmé qu’il faut oublier les contrats long terme prédominants dans les exportations de gaz de l’Algérie. Il faut les adapter à l’évolution des marchés gaziers internationaux qui connaissent une mutation. «Le GNL américain est en train de détruire le marché européen. En proposant le prix de 2 dollars le million de BTU, des clients ont acheté le gaz américain au détriment du gaz algérien qui se vend à 6 dollars le million de BTU. Face à cette situation, il va falloir prévoir des formules de révision des prix adaptés et conclure des contrats de vente moyen terme. Il s’agit également de défendre le prix du gaz algérien, ne pas le brader». Comme suggéré par le Président de la République, Sonatrach devra également produire du gaz et du pétrole à l’étranger. «L’Algérie n’a produit jusqu’ici aucun baril de pétrole à l’étranger. Il y a des opportunités pour développer des gisements d’hydrocarbures, notamment en Afrique. Il convient de les saisir à l’avenir».<