L’acquisition de ce complexe fait l’objet d’une instruction judiciaire.

Dans son interview accordée, la semaine dernière, à l’agence russe Spoutnik, le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, a évoqué le cas de la raffinerie italienne Augusta, rachetée en 2018 par Sonatrach auprès d’ExxonMobil, en confirmant qu’une instruction judiciaire est en cours, dont le but était de tirer au clair les conditions dans lesquelles a été conclue la transaction, ainsi que les tenants et aboutissants de cette affaire. Il y a eu tromperie sur la marchandise, à en croire le ministre de l’Energie. Abdelmadjid Attar a expliqué à Spoutnik qu’à «l’époque, on disait que c’était un investissement à l’international qui devait permettre à l’Algérie de diminuer ses importations de gasoil. Malheureusement, il s’est avéré qu’Augusta ne pouvait pas raffiner de pétrole algérien, mais du brut saoudien et azerbaïdjanais». Une phrase lourde de sens et qui rompt avec les promesses faites par les précédents responsables du groupe Sonatrach qui, peu avant l’acquisition de la raffinerie, alors qu’une polémique enflait sur le coût et la viabilité économique d’Augusta, promettaient monts et merveilles, assurant que la structure allait affranchir l’Algérie de l’importation des carburants. En effet, les anciens responsables de Sonatrach ont assuré que la raffinerie d’Augusta était capable de traiter à la fois le Sahara Blend algérien, ainsi que le fuel résiduel issu de la raffinerie de Skikda et devait ainsi s’intégrer directement dans le système de raffinage de Sonatrach. Ils ont également expliqué que cette structure pétrochimique, qui a coûté à Sonatrach un investissement de 1 milliards de dollars, à en croire son ex-PDG Abdelmoumen Ould Kadour, pourra également traiter directement des produits qui sont excédentaires en Algérie en vue de réimporter des produits aujourd’hui en déficit comme le gasoil et l’essence. Près de trois années plus tard, force est de constater que le groupe Sonatrach est loin du compte en matière de retour sur investissement, à savoir l’arrêt des importations des produits pétroliers raffinés, dont le pays semble dépendre toujours de ses fournisseurs étrangers auxquels Augusta devait substituer. «Je préfère ne pas m’étaler sur la question, car ce dossier est entre les mains de la justice. Je peux seulement dire que cela confirme qu’il y a eu préjudice vis-à-vis de l’Algérie», a estimé le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, lors de son interview accordée à l’agence russe. En tout cas, en matière de retour sur investissement, nous sommes bien loin des objectifs initialement annoncés par les anciens responsables du groupe Sonatrach. Un rapport de conjoncture pour l’année 2019, diffusé par les services des Douanes, fait état d’une hausse de 33,22% des importations de carburants ; celles-ci se chiffrant à 1,4 milliards de dollars, contre 1 milliards de dollars en 2018, année durant laquelle le contrat d’acquisition d’Augusta a été signé. En 2020, la tendance à la hausse ne s’est pas inversée, puisqu’au 1er trimestre de l’année dernière, les importations des carburants ont bondi de 181,14 % comparativement à la même période de 2019. L’impact de l’acquisition de la raffinerie d’Augusta sur le commerce de carburants est resté pour le moins nul. Pis, le dernier rapport financier de Sonatrach pour 2019 dévoile un bilan plutôt mitigé, voire maigre d’une année de Sonatrach Raffineria Italiana (SRI). Le rapport fait état d’une érosion de la valeur et la rentabilité de la raffinerie, dont le chiffre d’affaires n’a pu atteindre que 488,462 milliards de dinars à l’issue d’une année d’activité, soit un peu mieux que le chiffre d’affaires réalisé par Naftal.
En revanche, les créances de la raffinerie évoluaient en hausse, tout comme les charges du personnel qui sont passées de 673 millions de dinars en 2018 à 10,140 milliards de dinars en 2019, alors que les charges financières ont totalisé 659 millions de dinars durant le même exercice. Pour ne citer que ces indicateurs, Sonatrach Raffineria Italiana (SRI) ne semble pas être «l’affaire du siècle» qui allait projeter le groupe Sonatrach sur le marché international des produits raffinés et affranchir, par la même, le pays des importations couteuses des carburants.