Par Khaled Remouche
Il est fort probable que les réserves en devises du pays se maintiennent à leur niveau, voire enregistrent une progression importante en 2022.
Les recettes hydrocarbures de l’Algérie seront sans doute en forte hausse l’année en cours. Un expert pétrolier, qui a requis l’anonymat, les estime à 55 milliards de dollars. Le FMI prévoit des recettes hydrocarbures de l’ordre de 58 milliards de dollars en 2022. A comparer avec les recettes d’exportations d’hydrocarbures de 34,5 milliards de dollars en 2021, la hausse est importante : plus de 20 milliards de dollars américains.
Tout cela bien sûr sera atteint si les prix se maintiennent à la hausse jusqu’à la fin de l’année et si les volumes d’hydrocarbures exportés sont au même niveau qu’en 2021. Ce qui est d’ores et déjà certain, c’est que le prix moyen du baril algérien a atteint les 100 dollars environ le premier semestre 2022, estiment des experts. L’Algérie pourrait engranger un minimum de 27 milliards de dollars les six premiers mois de l’année en cours, ce qui n’est pas loin du niveau de recette d’exportation d’hydrocarbures attendu en 2022. Ce qui rend probable cette prévision est l’augmentation de la production de pétrole en 2022 : 897 000 barils/jour en 2020, 911 000 barils/jour en 2021 et plus de 1 million de barils/jour l’année en cours, selon les niveaux communiqués par l’Opep. Cependant, l’inconnue reste l’évolution des exportations de gaz. Seront-elles en croissance, du moins au même niveau en termes de volumes ?
Pour rester sur le pétrole, les perspectives de hausse de production, voire le maintien de ce niveau de 1 million de barils/jour sont prometteuses, d’autant que sont prévus la mise en service du gisement de Hassi Bir Rekaiz, qui peut produire 60 000 barils/jour à moyen terme, le développement du gisement de Zarzaïtine, les gisements du pourtour de Hassi Messaoud, le champ d’El Mzaïd. Mais n’occultons pas que cette hausse de production pourrait être freinée par le déclin du champ de Hassi Messaoud qui, selon notre source, produit à moins de 400 000 barils/jour. Même topo pour les champs de HBNS, d’Ourhoud situés dans le bassin de Berkine, et des problèmes de production dans d’autres gisements, selon une source proche de Sonatrach.
En tout état de cause, la recette tirée des exportations d’hydrocarbures, en 2022, serait bien meilleure que celle de 2019, soit avant la crise sanitaire. Elle pourrait se rapprocher ou dépasser la recette de 2010, 56 milliards de dollars, mais elle serait inférieure à celles réalisées en 2011, 2012 ou en 2013 et 2014. Le prix moyen du baril algérien en 2022 sera, également, plus important que celui établi en 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020. Le prix moyen du baril algérien en 2021 a atteint 70 dollars. Cet ensemble de signaux positifs, notamment un pic du prix du baril algérien Sahara Blend, atteint le 31 mai dernier, 123 dollars, augure un impact positif sur la balance des paiements : les réserves de change pourraient se stabiliser, en 2022, à 42 milliards de dollars, voire augmenter de manière importante. Il faudra attendre la fin de l’année pour s’assurer de cette progression positive. Bémol, la facture d’importations pourrait augmenter de manière importante eu égard à la flambée des prix des produits de base et du fret sur les marchés internationaux, ce qui pourrait avoir un impact sur la hausse des réserves en devises.
Mais la question qui se pose de nouveau est l’utilisation à bon escient de ses entrées en devises ainsi que la répartition de la rente. Le bon sens indique qu’il faudra profiter de cette conjoncture favorable pour améliorer la gouvernance du pays et celle de Sonatrach, l’efficacité des dépenses publiques et mettre fin au gaspillage de l’argent public engendré par les retards dans la mise en service, la mauvaise qualité des études, le manque de suivi des projets, l’insuffisant management des projets et les retards dans les paiements des situations de travaux à l’origine, en partie, des glissements dans le planning des travaux.
Le bon sens indique, également, qu’il faudra profiter de cette conjoncture favorable pour lancer et parachever les réformes : de l’administration, du système bancaire et financier, fiscales, de la fiscalité locale, du budget. n