« La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes », est une des citations les plus connues de l’ex-Premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965). Elle est, ces jours-ci, d’une actualité criante. Les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’élection présidentielle américaine de ce mois de novembre sont au centre de tous les débats politiques à travers le monde.
Le duel Biden-Trump a été une occasion de dévoiler les dysfonctionnements, et parfois les incohérences, du système démocratique américain. Son exemplarité brandie par certains – et ils sont nombreux – est plus que remise en cause.
Plusieurs jours après le déroulement de l’élection, aucun résultat officiel n’est venu confirmer la victoire proclamée de l’ex-vice-Président. C’est que le rappel s’impose. A l’heure où nous bouclons ce numéro, Joe Biden n’est désigné comme le 46e locataire de la Maison-Blanche que par les médias. L’officialisation de la sentence des urnes n’est toujours pas connue. Certes, une remise en cause de la victoire de l’ex-colistier de Barak Obama semble des plus improbables, mais tant que quelques dysfonctionnements ont été dévoilés au grand jour, d’autres peuvent survenir.
Le quotidien américain Chicago Daily Tribune ne titrait-il pas, en 1948, « Dewey defeats Truman » pour annoncer la défaite du Président sortant (Harry Truman), devant le candidat des républicains (Thomas Dewey) ? Ce qui était déjà, à l’époque, une fake news. Truman avait finalement été réélu, et l’histoire n’aura pas retenu le nom de son adversaire. Un « exemple » que Donald Trump veut faire revivre à ses adversaires comme à ses partisans.
Aussi, l’éventuelle officialisation de l’élection de Joe Biden ne devrait pas enthousiasmer autant les pays de l’hémisphère Sud. La défaite de Trump ne signifiera pas indéniablement un changement radical de la politique étrangère étasunienne. C’est qu’il ne faut pas chercher de compassion, ou de « bons rapports » là où il n’y en a pas. Les nations qui se considèrent grandes ont d’autres repères. Un homme d’Etat, un autre ancien Premier britannique, Lord Palmerston (1784-1865), l’a si bien formulé dans une citation restée célèbre : « L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents. Elle n’a que des intérêts permanents».