Baisser la garde et croire que la pandémie de coronavirus est passée sont une grande erreur, s’accordent à dire les professionnels de la santé. Preuve en est, les chiffres qui restent au-dessus de la barre des 300 cas depuis plusieurs semaines.

PAR INES DALI
Pire encore, ces chiffres semblent se diriger résolument vers les 400 cas par jour. Du 5 au 18 juin, l’Algérie a enregistré un total de 4.858 cas quotidiens, soit une moyenne de près de 350 cas journaliers, avec un pic de 387 cas le 9 juin. Ce sont les grandes villes qui sont le plus touchées, avec Alger en tête suivie d’Oran.
Réagissant à la situation épidémique qui ne connait pas d’amélioration, le professeur Mohamed Belhocine, responsable de la cellule d’investigation et des enquêtes épidémiologiques, a déclaré que «le nombre de cas confirmés en hospitalisation a augmenté tout autant que le nombre de malades en réanimation», ajoutant que, de ce fait, il y a «une pression sur les services de réanimation». Certains jours, le nombre de malades en soins intensifs dépasse même la trentaine de cas. Ces déclarations confirment, si besoin est, que «le coronavirus est toujours actif et continue de se propager», selon le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), le professeur Fawzi Derrar, qui n’a pas manqué de mettre en garde, encore une fois, contre les conséquences fâcheuses du relâchement en matière de respect des gestes barrières. Apportant son analyse quant au nombre de cas diagnostiqués – soit hospitalisés soit en réanimation – et qui ne cesse d’augmenter, le Pr Belocine, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, a estimé que ces chiffres sont révélateurs du nombre de cas réels qui est bien au-dessus. «L’augmentation des cas dans les services Covid et de réanimation sous-entend que les nouveaux cas d’infection ont augmenté encore beaucoup plus», a-t-il indiqué. Il a expliqué cela par le fait que «ce qui se passe au niveau des hôpitaux et des services de réanimation n’est que la toute petite partie visible de l’iceberg de la pandémie dans notre pays, puisqu’on sait que la majorité des cas sont relativement bénins, voire même sans aucun symptôme et qui échappent, donc, aux statistiques du nombre de cas» annoncés quotidiennement par le ministère de la Santé. Croire donc à un ralentissement de la transmission du Covid-19 est tout à fait erroné.» «Le coronavirus est toujours présent, actif et se transmet. Son danger est toujours là. L’Algérie compte quotidiennement un certain nombre de décès et d’infections, notamment avec l’émergence de nouvelles souches mutantes», a révélé le Pr Derrar à la télévision nationale, même s’il a estimé que «la situation épidémique en Algérie s’améliore par rapport aux mois passés». Pour lui, les citoyens doivent comprendre que le seul moyen de s’en prémunir est de ne pas céder à la négligence et d’appliquer rigoureusement les mesures préventives à la portée de tous et que tout le monde connait. Quant à la campagne nationale de vaccination de masse entamée il y a quelques jours, le directeur général de l’IPA a affirmé qu’elle se déroule dans «de bonnes conditions» et qu’elle permettra de «freiner la dynamique de la propagation du coronavirus», appelant les citoyens à se diriger vers les structures supplémentaires (chapiteaux dans les espaces publics) mises en place en dehors des espaces traditionnels de vaccination.

Seuls 20% des cas Covid ont des symptômes
Commentant la situation, le Dr Mohamed Zeroual, spécialisé en épidémiologie à l’hôpital El Hadi-Flici, n’a pas caché son inquiétude, argumentant que les cas qui arrivent dans les hôpitaux ne sont que les cas symptomatiques ayant besoin d’oxygène. «La situation est inquiétante car seuls 20% des cas ont des symptômes de Covid-19, alors que le reste est dans la nature et c’est ce qui représente un danger», a-t-il révélé. Ce qui lui a fait dire que «nous sommes au cœur d’une troisième vague», après le passage de cette dernière dans les pays européens et américains qui, actuellement, «sont en train de reprendre une vie normale».
Pour lui, la situation préoccupante est visible à travers «le fort taux d’occupation des lits d’hospitalisation, mais aussi et surtout à travers la saturation des services de réanimation notamment au niveau de la capitale, ce qui constitue un véritable problème». L’autre révélation du Dr Zeroual est qu’il existe «des variants algériens du coronavirus, ce qui est normal et prévisible», selon lui, car c’est dans «la nature-même d’un virus de muter et de s’adapter à l’environnement dans lequel il évolue». «Cela contribue à la stabilisation de la situation épidémique», a-t-il dit, ajoutant que «les souches mutantes découvertes en Algérie ne sont pas dangereuses».
Cela n’empêche pas que les citoyens doivent rester vigilants, surtout à l’approche de l’été, synonyme de fêtes, de vacances, etc. Il recommande, surtout, d’éviter les endroits confinés et la climatisation, en privilégiant le grand air et l’aération naturelle. Ainsi, il a estimé qu’«aller à la plage ne fait pas peur», soulignant que «la propagation du virus est faible dans les espaces ouverts» et que «le danger vient des endroits clos, comme les salles de fêtes». Pour lui, si les gens ne prennent pas les précautions qu’il faut, le respect ce gestes barrières notamment, «le virus pourrait encore vivre parmi nous pendant plus de cinq ans».
«En dépit de la maîtrise de la situation épidémique, il faut se rendre compte que les conditions économiques et sociales ne peuvent plus continuer à évoluer dans cette situation de pandémie. Nous devons contribuer à stopper la propagation de ce virus et ne pas permettre sa longévité par inaction, avec la nécessité, bien sûr, d’accélérer le rythme de la vaccination», a conclu Dr Zeroual. n