Soulagement chez les patients et le personnel soignant. La baisse de la courbe des contaminations au coronavirus conduit les structures hospitalières à rouvrir progressivement les services de soins réquisitionnés au nom de l’urgence
anti-Covid.

PAR INES DALI
L’accalmie de la pandémie de Covid-19 se confirme. Les contaminations sont en baisse à un seuil de moins de 200 cas par jour ainsi que des décès à moins de vingt cas. Ce constat ne doit cependant pas conduire à un relâchement mais inciter à un comportement qui puisse maintenir l’accalmie après les dures épreuves vécues cet été, notamment le manque d’oxygène. C’est également une occasion idoine pour poursuivre la vaccination maintenant que les doses de vaccins sont disponibles.
«Il y a une amélioration manifeste de la situation épidémiologique dans le pays», a affirmé, hier, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, dans une déclaration à Reporters, tout en relevant que le nombre de cas annoncés quotidiennement n’est pas un nombre exact, car il y a des cas qui «échappent au décompte officiel», les chiffres communiqués étant ceux qui représentent «les cas déclarés et testés positifs par RT/PCR». Il reste, cependant, «un certain nombre de cas graves et de décès qu’on ne peut pas occulter, même si leur nombre a diminué conséquemment à la diminution des cas d’infections», a-t-il dit pour sensibiliser sur le fait que des gens continuent de souffrir de cette maladie et que d’autres y laissent leur vie.
Mais dans l’ensemble, «les infections ont diminué, les cas graves et les décès également, sans oublier que la pression dans les hôpitaux a, elle aussi, baissé et n’est plus aussi tendue qu’avant», selon notre interlocuteur. «La situation épidémiologique s’améliore. Elle est à peu près convenable», a-t-il encore estimé.
La baisse de la pression est perceptible dans les établissements hospitaliers qui ont repris, progressivement, les différentes activités médicales après avoir mené une large opération de désinfection et de stérilisation suite au recul des contaminations ces dernières semaines, selon les responsables de ces structures. Les services d’urgence médico-chirurgicale, de pédiatrie et de chirurgie pédiatrique, de gynécologie, de chirurgie générale, d’oncologie et d’hémodialyse figurent parmi les activités médicales maintenues au niveau des secteurs public et privé.
A titre d’exemple, dans le plus grand hôpital de la capitale, le CHU Mustapha-Bacha, décision a été prise de la reprise de toutes les activités médicales suspendues au plus haut de la pandémie, et ce après avoir constaté une stabilisation des infections au coronavirus, selon son directeur des activités médicales et paramédicales, le Pr Rachid Belhadj. A l’hôpital Nafissa-Hammoud (ex-Parnet), la même détente est observée. Moins de 10 cas confirmés et un seul cas en réanimation y sont actuellement hospitalisés, ce qui a permis d’accorder des congés et des jours de récupération aux staffs médicaux qui ont travaillé d’arrache-pied lors des pics de contamination, selon le Pr Djamal Eddine Nibouche, chef de service des cardiologie. Il a, par ailleurs, fait savoir que le service avait repris son activité fin août dernier, avoir été soulagé de la pression qui avait prévalue.
Le directeur général de l’EHS de rééducation fonctionnelle d’Azur Plage (Alger), Zidane Hafsa, a précisé que les activités de l’hôpital «n’ont pas été complètement suspendues même durant le pic des contaminations où plusieurs salles ont été affectées aux cas Covid. Avec l’amélioration de la situation épidémiologique, l’heure est à la reprise progressive de toutes autres activités. Idem à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Zéralda où «toutes les activités assurées d’ordinaire ont repris, à l’instar de la médecine interne, la chirurgie maxillo-faciale», selon le DG de cet établissement, Moussa Zeghdoudi, qui a relevé que les services de gynécologie obstétrique, de pédiatrie et de chirurgie générale étaient opérationnels durant le pic des contaminations.

Profiter de l’accalmie pour vacciner au maximum
Peut-on se fier à cette baisse et penser que l’amélioration de la situation pourrait se poursuivre ? «Non. On ne peut pas se fier à cette baisse, car elle reste fonction de plusieurs facteurs», répond le Dr Bekkat Berkani, qui a rappelé que celle-ci n’a été possible qu’après satisfaction de certains de ces facteurs. La baisse des cas est venue, a-t-il expliqué, après les efforts conjugués, dont ceux de la population qui, aux mois d’août et septembre, a réappris à mettre la bavette de façon plus fréquente. «On a vu qu’il y avait de plus en plus de personnes qui ont commencé à se protéger, à porter la bavette, y compris les enfants», et ce, «même s’il reste certains qui continuent de ne pas vouloir porter le masque». En deuxième lieu, l’amélioration de la situation s’explique aussi par «la vaccination qui avance difficilement, mais qui avance quand même» et c’est certain que «nous sommes actuellement un peu plus de vaccinés que comparativement au mois de juillet», a admis le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, tout en soutenant que le pays n’en a pas encore fini avec cette épidémie.
C’est ainsi qu’il met en garde qu’on pourrait avoir un rebond de la pandémie à n’importe quel moment, surtout avec la rentrée sociale. «Le pays étant dans une période d’embellie de la situation épidémiologique, les confinements ne sont plus ce qu’ils étaient, beaucoup d’activités ont été rouvertes, comme les stades et les salles de sport où il est exigé le pass sanitaire bien sûr, les écoles ont repris, etc., ce sont donc des situations ou des lieux, entre autres, qui peuvent être propices à la propagation du virus», a indiqué le Dr Bekkat Berkani, pour conclure que tout cela doit conduire à la poursuite de la vaccination, évoquant, au passage, la vaccination des enfants à propos de laquelle des réponses sont attendues.
Dans ce cadre, il met en exergue qu’il faudra agir sur la vitesse de la vaccination, comme il faudra remotiver les citoyens, trouver les arguments à même de les convaincre. ou encore passer, après l’échec de toutes ces tentatives auprès d’une partie de la population comme les fonctionnaires de l’éducation ou encore du secteur sanitaire, à la «contrainte administrative pour raison de santé».
A propos d’une éventuelle quatrième vague, le Dr Bekkat Berkani a tenu à souligner que nous ne sommes, certes par l’abri, mais que cela dépend des facteurs susmentionnés. «En augmentant aussi la vaccination maximale, on pourrait aussi amortir cette éventuelle quatrième vague», a-t-il souligné, en citant des pays où «la vie normale a repris, sans masque et en ouvrant tout». Dans ces pays, «les contaminations n’ont pas tendance à augmenter car ils ont réalisé un fort taux de vaccination.» La vaccination reste, pour le moment, le seul moyen de contrer cette crise sanitaire due au Covid-19, selon notre interlocuteur, qui a rappelé la possibilité de vacciner un grand nombre de personnes maintenant que les doses de vaccins sont disponibles partout. «Il fut un moment où les gens allaient attendre dans des files interminables pour pouvoir faire le vaccin, ce qui n’est plus le cas actuellement. Alors il faut trouver les moyens de convaincre les réticents.» <