En grève depuis cinq mois, les médecins résidents ont annoncé, vendredi, la poursuite de leur mouvement. Dans un point de presse, le collectif chargé de les représenter et de défendre leurs intérêts face au gouvernement, a estimé que les propositions avancées jusqu’ici par la tutelle demeurent «insuffisantes».

Le Camra a également annoncé la poursuite de la protestation tout en continuant les négociations avec le ministère de la Santé.
Pour ses représentants déjà connus à travers les médias tout comme ses militants anonymes, la nouvelle semaine qui débute sera, encore une fois, marquée par le même rythme, «assurer le service minimum et continuer le travail de coordination pour l’action», nous dira un médecin résident rencontré à l’hôpital Lamine-Debaghine (ex-Maillot) de Bab El Oued. Ce grand centre hospitalo-universitaire de la capitale est devenu un des QG des médecins résidents engagés dans le bras de fer avec la tutelle. Il est devenu également un des centres d’aiguillage des actions menées par le Camra à travers l’ensemble du pays.
«Ici, nous sommes en travail permanent. Nous assurons le service minimum, la nuit en particulier, mais nous continuons aussi nos actions de militants pour nos droits», dira à Reporters Hamza Boutaleb, médecin résident et l’une des chevilles ouvrières du mouvement. Après la suppression du service minimum, leur présence à l’hôpital se fait de plus en plus rare durant la journée. «Ils viennent pour les gardes de nuit, les gardes de jour sont moins assurées depuis que la tutelle a pris la décision de ponctionner nos salaires», ajoutera le jeune médecin militant.
Quand ils ne sont pas en service, les «résidents», comme ils s’appellent eux-mêmes, font le déplacement au CHU Lamine-Debaghine et dans les autres centres hospitalo-universitaires «pour les actions», poursuit-il. Il explique que ceux qui n’habitent pas Alger «n’ont plus les moyens de se déplacer». « Ils viennent quand il y a des rassemblements et des sit-in», indique-t-il, par ailleurs, en faisant observer qu’un grand rassemblement est prévu prochainement après que le Camra ait terminé de rédiger de nouveaux textes.
L’ordre du jour depuis mardi dernier, relève M. Boutaleb, consiste en l’élaboration de «contre-propositions» à soumettre au ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, dans les prochains jours. Ces «contre-propositions» seront inscrites dans la nouvelle plateforme qui sera soumise à la tutelle «selon les aspirations des médecins résidents», précise-t-il.  Si les discussions du projet peuvent avoir lieu en différents endroits du CHU Lamine-Debaghine et même à l’extérieur de l’enceinte hospitalière, la rédaction des textes de résolutions et de recommandations se fait en partie aussi en plein air pratiquement. La quinzaine de délégués du Camra régulièrement présents au CHU Lamine-Debaghine ont improvisé un bureau à ciel ouvert. Dans un espace vert de l’hôpital, ils ont installé deux tables autour desquelles ils ont appris à se relayer pour «se passer l’information» de terrain, «se concerter» sur la mouture de la plateforme à proposer à la tutelle. Les médecins résidents profitent ainsi du beau temps et ont établi une sorte de forum d’où fuse un débat vigoureux, le tout sous le regard de policiers en civil.
Ceux-là sont présents depuis que le mouvement a commencé et leur présence, faussement discrète, s’est renforcée depuis quelques semaines. Ces policiers, apprend-on sur place, ne surveillent pas que les médecins résidents grévistes mais toutes les allées et venues à l’intérieur du centre hospitalo-universitaire. Sur la préparation de la plateforme, «c’est la participation de tous qui compte», nous éclaire Hamza Boutaleb. «Les médecins résidents se sont constitués en groupes de travail propre à chaque hôpital dans le pays. Les propositions de ces groupes de travail sont soumises à l’appréciation de tous à l’échelle nationale. Sur chaque point, l’avis de la majorité est pris en compte par les délégués qui le soumettent à la tutelle», expliqué le délégué du Camra. Le débat, fait remarquer ce médecin résident, s’accompagne de discussions et d’observations ainsi que d’informations que ses confrères et consœurs font circuler à travers les réseaux sociaux.
Pour eux, Facebook est devenu un véritable bulletin d’information et un baromètre de l’état d’esprit et de la combativité syndicale de la corporation, nous dira un autre médecin. «Le contact entre nous est permanent. Beaucoup vivent la grève comme une épreuve et le stress qu’ils subissent les obligent d’être en contact permanent avec leurs représentants.»