Un titre qui en dit long et qui sonne comme un ancien adage puisé dans l’histoire ancienne et populaire, écrit avec justesse par Yamina Khodri, militante associative engagée dans l’action culturelle et l’aide humanitaire.

Par JACKY NAIDJA
Un ouvrage dans lequel l’auteure replonge ses lecteurs dans les profondeurs de cette Algérie des années 1990, où elle était encore attachée au cabinet du Wali d’Alger chargée plus particulièrement de la vie associative et de diverses actions sociales liées aux personnes handicapées, aux femmes isolées et démunies et au logement social. C’est au travers d’une association «Loisirs et culture pour tous», qu’elle a créée, qu’elle décrit méticuleusement tout son parcours de militante aux côtés de l’Ecole des jeunes aveugles à Hydra. Un projet dont elle a pris la responsabilité et qu’elle va défendre jusqu’au bout des ongles. Les locaux qui abritent, en effet, cette association sont convoités par les plus hautes instances de l’Etat, au risque de voir à la longue cette association et leurs élèves dépossédés de leur bien et de ce lieu acquis légalement par décret. Ces jeunes non-voyants sont suivis par des éducateurs et des bénévoles dans un riche programme de formation.
Rattrapée par la mémoire de cette question, dont la teneur ravageuse n’empêche ni la subtilité de la vérité ni l’émotion qui la caractérise, Yamina Khodri raconte avec une grande pertinence le calvaire de cette petite institution grâce au courage de tout l’entourage des parents et des élèves qui vont s’opposer avec acharnement pour conserver l’école en fonction. Un récit fort sensible qui témoigne de tout une lutte vécue au quotidien au profit du handicap contre l’imposture et la corruption légitimée à outrance à cette époque, soutenue par une bureaucratie largement installée dans les rouages de l’Administration. Elle persiste et dénonce l’impuissance vécue durant des décennies face à des manœuvres usurpatrices, ne pouvant profiter qu’à un système au détriment des gens déjà défavorisés comme ces aveugles sans défense face à l’autorité administrative. Une histoire véridique qui reflète les réalités obscures et les manigances du pouvoir de l’époque mis à mal par la contestation courageuse des élèves, leurs parents et tous ceux nombreux qui ont apporté leur soutien au maintien en fonction de cette école qui, à terme, est devenue un établissement public avec une nouvelle vie. Un livre bouleversant d’humilité qui retrace la mémoire de cette école face à certaines injustices du système en place qui se révèle comme un réquisitoire que l’auteure dresse de cette époque en guise de témoignage contre l’oubli.
Yamina Khodri, en regagnant la France avec sa famille, va surmonter le passé encore récent pour anticiper le meilleur. Elle préside actuellement une association à Clermont-Ferrand «Algérie Come Event», qui maintient le lien entre la région de l’Auvergne et l’Algérie dans des échanges interculturels et touristiques, notamment avec un salon du livre annuel qui, depuis 4 ans, remporte un succès retentissant. Elle reste toutefois «une passeuse de projets culturels» entre sa région et l’Algérie.
A noter que les revenus provenant de la vente des livres seront directement reversés à l’association des jeunes aveugles d’Hydra.

NB : Honte à ceux qui séparent les épines des roses est publié aux éditions Rafar
(septembre 2020-184 pages)