Synthèse Lyes Sakhi
Le nouveau dirigeant de Hong Kong, John Lee, sera désigné aujourd’hui après une campagne sans adversaire. Il hérite d’un centre d’affaires international autrefois dynamique mais, aujourd’hui, embourbé dans une troisième année d’isolement imposé par la Covid-19. S’il est pressenti comme un responsable préoccupé avant tout par les questions sécuritaires, les milieux d’affaires attendent de lui qu’il mette l’accent sur la relance économique du territoire.
John Lee, un ancien ministre de la Sécurité, sera désigné aujourd’hui, dimanche, à la tête de l’exécutif de Hong Kong. La désignation se fera par un comité de 1 463 membres à la suite d’une campagne sans adversaire et avec la bénédiction de Pékin. Ce candidat unique a promis un gouvernement «tourné vers les résultats» et un nouveau chapitre pour l’ancienne colonie britannique jusqu’en 1997 ; aujourd’hui territoire chinois à l’administration autonome. M. Lee faisait partie des onze hauts responsables de Hong Kong et de Pékin, sanctionnés par le Trésor américain en 2020, après l’imposition par le gouvernement central chinois d’une loi sur la sécurité nationale afin d’éradiquer toute dissidence. Ayant assumé son rôle dans la répression des manifestations pro-démocratie de 2019, il a récemment assuré que son gouvernement donnerait la priorité aux questions de niveau de vie plutôt qu’à la démocratisation. «Il est déterminé (…) à exclure les démocrates, à faire pression sur la société civile et à, simplement, tuer toute la question de la réforme démocratique dans les cinq prochaines années», estime pour l’AFP Kenneth Chan, professeur de sciences politiques à la Baptist University. «Le choix de John Lee illustre les priorités que Pékin met sur la sécurité et le contrôle à Hong Kong», estime Tara Joseph, ancienne présidente de la Chambre de commerce américaine à Hong Kong. Exclusivement consacré à la sécurité, le passé du nouveau chef de l’exécutif hongkongais soulève ainsi des questions sur son sens des affaires dans une ville qui se positionne elle-même comme une passerelle financière entre la Chine et le reste du monde. Le membre du Conseil législatif Michael Tien assure que John Lee «n’écoutera pas en matière de sécurité, mais dans les autres domaines, il n’a pas le choix, il doit écouter les avis et les prendre en considération». Mais les chefs d’entreprise s’inquiètent du manque de détails sur le programme qu’il a présenté pour relancer son économie après deux années de crise politique et sanitaire aiguë. Ces opérateurs espèrent notamment un assouplissement des restrictions sur les voyages qui, sur le modèle chinois, ont isolé la ville et provoqué un exode des travailleurs les plus qualifiés, indiquent des observateurs. «Nous avons besoin d’un plan de sortie Covid» pour «redorer la réputation de Hong Kong en tant que centre d’affaires mondial», a déclaré aux agences de presse le président de la Chambre de commerce suédoise à Hong Kong, Kristian Odebjer. La reprise des lignes aériennes est une étape importante dans la reconquête d’une stature internationale après «tant de dégâts pour la réputation» de Hong Kong, ajoute Tara Joseph Homme d’affaires et membre du Conseil législatif local, Michael Tien estime que le coronavirus a placé Hong Kong entre le marteau et l’enclume, peu importe qui la dirige. «Notre pays opte pour le zéro Covid pendant que le reste du monde vit avec le virus», souligne M. Tien auprès de l’AFP. «Hong Kong est coincé au milieu». Aux médias locaux, le nouveau chef de l’exécutif hongkongais a plusieurs fois assuré vouloir à la fois rouvrir l’île à la Chine continentale et au reste du monde. Mais il n’a pas clairement dit comment il comptait s’y prendre, alors que Pékin privilégie une frontière quasi-hermétique avec les territoires enregistrant des cas de coronavirus.
John Lee a précisé, la semaine dernière, qu’il donnerait la priorité à la réouverture de la frontière avec la Chine continentale, rendant improbable un changement complet de politique. La région administrative spéciale de la République populaire de Chine a été frappée de plein fouet par le variant Omicron qui a fait plus de 9 000 morts depuis le début de l’année et contribué à la chute de 4% de l’activité au premier trimestre. Ces dernières semaines, la dirigeante sortante Carrie Lam a envoyé des signaux positifs, réduisant notamment la quarantaine à l’arrivée sur le territoire à sept jours et autorisant l’entrée des non-résidents pour la première fois en deux ans. M. Lee a assuré qu’il poursuivrait un «bon exercice d’équilibre» entre l’élimination du virus et le maintien à flot de l’économie.n