Les stéréotypes de genre sont-ils source de sexisme et de discrimination entre les femmes et les hommes ? Ce qui peut paraître comme une chose banale, voire futile sur laquelle on peut passer en souriant quand on parle d’hommes et de femmes peut dissimuler des «barrières», souvent «invisibles», à la mixité et à l’égalité des sexes, notamment en milieu professionnel, estime la représentante résidente du programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) en Algérie.

Berta Aliko, en poste dans notre pays depuis l’automne dernier, qui s’exprimait hier à Alger à l’occasion de la commémoration de la «déclaration du programme d’action Beijing +25 sur l’égalité des sexes et les droits des femmes», considère également que la lutte contre les clichés sexistes est aussi importante que de militer pour l’égalité en droits politiques, économiques et socio-économiques. Tout part de l’enfance et de la jeunesse, juge-t-elle. Car c’est à cet âge-là, confirment de nombreuses enquêtes et rapports, notamment ceux établis par des agences onusiennes, que se mettent en place les schémas qui, chargés des pesanteurs culturelles, religieuses, anthropologiques pour faire court, vont amener à ce que les femmes et les hommes ne participent pas de la même manière aux sphères politiques, professionnelles, associatives ; et qu’ils ne s’impliquent pas de la même façon dans la parentalité et les relations privées… Des différences qui posent des problèmes de justice sociale et des clivages contre lesquels – tout dépend du contexte socioculturel dans lequel on évolue – les lois peuvent s’avérer inefficaces et n’épuisent pas les inégalités et les discriminations.
En somme, les stéréotypes qui pèsent sur les garçons et les filles, spécifiquement dans les classes populaires, assignent ces garçons et ces filles, ces hommes et ces femmes plus tard, à des tâches et à des fonctions sociales clivées, à une division sexuée des rôles et les condamnent à des destins sociaux divergents. Ils limitent leur champ des possibles en matière d’égalité, de parité et de trajectoire socio-professionnelle. Il s’agit, donc, de les combattre au sein de la famille, à l’école et dans les grands lieux de socialisation de l’enfance et de la jeunesse. Ce qui représente dans un pays comme l’Algérie, «qui a accompli d’énormes progrès dans le cadre juridique par rapport aux droits des femmes» (dixit Berta Aliko), mais où un sénateur demandait récemment au ministre de l’Enseignement, M. Chitour, de fermer les universités à la mixité parce qu’elle empêche les étudiants et étudiantes de bien travailler (sic), un immense chantier.
Il s’avère titanesque même quand on apprend, suivant l’«indice des normes sociales relatif à l’égalité des sexes», une enquête du PNUD rendue publique ces jours derniers et évoquée hier par sa représentante résidente en Algérie, que près de 90% des hommes et des femmes dans le monde ont des préjugés envers les femmes. Cette analyse porte sur la manière dont les opinions de la société portent atteinte à l’égalité des sexes dans des domaines tels que la politique, le travail et l’éducation. Elle concerne 75 pays couvrant
plus de 80% de la population mondiale et met en avant les «barrières invisibles» qui sont construites autour de préjugés généralisés envers les femmes et qui entravent tous les aspects de leur vie des femmes.

Préjugés, grand écart hommes-femmes
Ainsi, environ la moitié des hommes et des femmes dans le monde estime que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques. Plus de 40% pensent que les hommes sont de meilleurs dirigeants d’entreprises et que les hommes devraient être prioritaires lorsque les emplois sont rares. Enfin, 28% pensent qu’il est normal qu’un homme batte sa femme. Dans une trentaine de pays, les informations disponibles sur l’évolution des préjugés indiquent que si des améliorations ont été enregistrées dans certains pays, dans d’autres les attitudes semblent s’être détériorées ces dernières années, signalant que les progrès réalisés ne vont pas de soi. «Au cours des dernières décennies, nos avancées visant à garantir que les femmes aient le même accès aux besoins essentiels de la vie que les hommes sont notables.
Nous avons atteint la parité dans la scolarisation primaire et réduit la mortalité maternelle de 45% depuis 1990. Mais les inégalités entre les sexes sont encore trop évidentes dans d’autres domaines, en particulier dans ceux qui mettent en jeu des relations de pouvoir et qui ont une incidence importante sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Aujourd’hui, la lutte pour l’égalité des sexes passe par l’élimination des préjugés», a déclaré selon les agences de presse Pedro Conceiçao, chef du Bureau du rapport sur le développement humain du PNUD.<